Cap­ter les pe­tits bon­heurs, pour mieux vivre avec l’alz­hei­mer

L'Express Montcalm - - LA UNE - ÉLISE BROUILLETTE

ALZ­HEI­MER. Gé­rald Drain­ville et Ma­rie-paule Ayotte, de Saint-al­phon­seRo­dri­guez, sont âgés de 80 ans et en juillet, ils vont cé­lé­brer 60 ans d’amour. La ten­dresse entre eux est évi­dente. Gé­rald ap­pelle son épouse « sa prin­cesse » et celle-ci confie qu’elle est bien avec lui.

La par­ti­cu­la­ri­té de leur his­toire ? Ma­rie-paule est at­teinte d’alz­hei­mer, ce qui n’em­pêche pas le couple de vivre, mal­gré les grandes dif­fi­cul­tés, des bon­heurs quo­ti­diens.

« Elle me re­garde de la même fa­çon qu’au pre­mier jour », s’émeut Gé­rald, en en­tre­vue avec L’ex­press Mont­calm. Ce der­nier a ac­cep­té de se faire porte-pa­role ré­gio­nal et de le­ver le voile sur sa réa­li­té et l’im­por­tance de la to­lé­rance à l’oc­ca­sion du mois de la sen­si­bi­li­sa­tion à la ma­la­die d’alz­hei­mer.

« Il faut dé­ci­der qu’on ac­cepte, prendre notre vie en main, et si on compte tous les pe­tits bon­heurs, on vit bien avec l’alz­hei­mer », ré­con­forte-t-il.

Gé­rald Drain­ville sou­haite lan­cer le mes­sage que les per­sonnes at­teintes d’alz­hei­mer de­meurent les mêmes, avec des be­soins af­fec­tifs en­core plus grands.

« La per­sonne at­teinte reste une per­sonne, ce n’est pas une ma­la­die sur deux jambes, c’est une per­sonne avec des goûts et des émo­tions, qui peut avoir des loi­sirs. Il n’y a pas de gêne à y avoir. C’est im­por­tant de s’adres­ser di­rec­te­ment à elles, elles ont be­soin d’amour et d’ami­tié. »

AC­CEP­TER LA MA­LA­DIE

Ma­rie-paule Ayotte a re­çu le diag­nos­tic de la ma­la­die d’alz­hei­mer en 2004. « Ça nous a pris un pe­tit bout avant de nous en aper­ce­voir, elle avait des pertes de mé­moire. Les 10 pre­mières an­nées, j’ai re­fu­sé l’aide du CLSC. J’étais or­gueilleux et je vou­lais m’ar­ran­ger seul. Je me di­sais qu’avoir un in­con­nu qui vient chez vous, c’est fa­ti­guant. »

Il a vé­cu, pen­dant plu­sieurs an­nées, une dé­so­la­tion et un dé­cou­ra­ge­ment.

C’est en 2014 que M. Drain­ville prend contact avec la So­cié­té Alz­hei­mer de La­nau­dière. Il suit une for­ma­tion, qui lui per­met d’en ap­prendre plus au su­jet de la ma­la­die et du fonc­tion­ne­ment du cer­veau.

« J’ai ap­pris à vivre avec la ma­la­die, ça m’a fait ré­flé­chir. J’ai ap­pris à dire oui, à être d’ac­cord avec elle, parce qu’il n’y a rien à ga­gner à s’obs­ti­ner, à es­sayer de faire chan­ger l’autre d’idée. Dire oui en­lève tout le stress. »

L’ai­dant a aus­si ap­pris les étapes du deuil blanc, soit le deuil d’une per­sonne vi­vante. Avec l’aide de la So­cié­té, il s’en­gage dans une thé­ra­pie. « J’ai ap­pris à cap­ter tous les pe­tits plai­sirs et le bon­heur qui passe dans une jour­née. Ac­cep­ter la ma­la­die aide à mieux vivre. »

C’est dans cette pé­riode que Gé­rald Drain­ville a l’idée de re­mon­ter le mé­tier à tis­ser de Ma­rie-paule, un passe-temps qu’elle a ap­pris étant toute jeune, avec sa mère. « Elle tisse tous les jours un pe­tit peu, par­fois il faut juste que je fasse les pre­miers mou­ve­ments [il a ap­pris en 2015]. La sti­mu­la­tion cog­ni­tive est tel­le­ment im­por­tante, elle aide à gar­der l’es­prit plus pré­sent. »

Ma­rie-paule Ayotte tisse des pièces d’artisanat que son époux se fait un plai­sir d’ex­po­ser.

Pour sti­mu­ler son épouse, Gé­rald ne se met au­cune li­mite. « Je l’amène par­tout avec moi, je l’ai ame­née voir des ex­po­si­tions, je l’ai ame­née à L’OSM. Elle n’est peut-être plus au­to­nome pour les soins per­son­nels, mais son es­prit reste pré­sent. »

En cas de be­soin, lors d’une sor­tie, il entre dans la salle de bain des femmes puisque Ma­rie-paule ne peut y al­ler seule. Il pos­sède une carte in­di­quant qu’il est un ai­dant d’une per­sonne at­teinte d’alz­hei­mer qu’il montre s’il ob­serve des ré­ac­tions né­ga­tives.

Ma­ryse Bou­cher, co­or­don­na­trice aux évé­ne­ments et aux com­mu­ni­ca­tions à la So­cié­té Alz­hei­mer, com­plète en in­sis­tant sur le fait que la per­sonne doit sor­tir de son mi­lieu et avoir des con­tacts dif­fé­rents.

RÉ­AP­PRENDRE LA VIE

L’alz­hei­mer bou­le­verse tout sur son pas­sage, tant la vie de la per­sonne at­teinte que celle de l’ai­dant. Gé­rald Drain­ville a per­son­nel­le­ment dû ap­prendre tout un pan de l’exis­tence qui lui était in­con­nu, les tâches do­mes­tiques.

« J’étais ma­chi­niste et je connais­sais chaque com­po­sante des cen­taines de sortes d’acier, mais quand j’ar­ri­vais à la mai­son, la nour­ri­ture était dans mon as­siette. Je met­tais mes vê­te­ments souillés dans le pa­nier et ils re­ve­naient propres, re­pas­sés et pliés dans mon ti­roir. »

Leur grande mai­son de Saint-al­phon­seRo­dri­guez a été ven­due pour une plus pe­tite. M. Drain­ville s’oc­cupe de tous les soins de son épouse, al­lant de l’ha­bille­ment à la coif­fure et au ma­quillage.

Les nuits sont courtes, par­fois. La veille de l’en­tre­vue, M. Drain­ville n’avait eu droit qu’à quelques heures de som­meil. « L’épui­se­ment nous suit de près. Il faut de­man­der de l’aide. »

Au­jourd’hui, Gé­rald et Ma­rie-paule re­çoivent des vi­sites du CLSC et ont un ser­vice d’ac­com­pa­gne­ment de la So­cié­té Alz­hei­mer de La­nau­dière.

Pour re­joindre la So­cié­té Alz­hei­mer de La­nau­dière, com­po­sez le 450 759-3057.

(Pho­to L’ex­press Mont­calm – Élise Brouillette)

Gé­rald Drain­ville et Ma­rie-paule Ayotte par­tagent en­core les pe­tits bon­heurs du quo­ti­dien.

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