Gloire à Eva!

L'Express Ottawa - - OPINION - Gé­rald POU­LIN Ré­flexions

J’ ai en­fin fait le saut! J’avais dé­jà un or­di­na­teur por­table qui, en termes de mo­der­ni­té, était presque fos­sile. Il était épais, gros et lourd et je n’osais pas le trans­por­ter où je vou­lais. Je m’en ser­vais seule­ment pour jouer au Free­cell, un jeu de cartes qui m’oc­cupe pen­dant des heures.

Il fal­lait donc que je m’en pro­cure un nou­veau, plus à la carte pour ain­si dire, qui mon­tre­rait que son pro­prié­taire est à la mode, ou in comme di­raient les jeunes.

Avant de vous en dire plus long, je veux me faire un peu re­ven­di­ca­teur. Se­lon mes vieilles ha­bi­tudes, j’ai un peu fait le tour des bou­tiques in­for­ma­tiques pour es­sayer de trou­ver le meilleur prix en te­nant bien sûr compte de la qua­li­té. C’est donc chez Fu­ture Shop que j’ai trou­vé l’ins­tru­ment à mon goût.

Mais hé­las! À Or­léans, Mon­sieur Fu­ture Shop ne vend pas d’ap­pa­reils fran­çais. Il m’a donc fal­lu me rendre au Qué­bec, sec­teur Gatineau, pour y ache­ter l’or­di­na­teur en ques­tion. Pas tel­le­ment content d’avoir à cou­rir si loin, mais je te­nais au fran­çais, donc il a fal­lu que je m’exé­cute.

Me voi­là avec une belle pe­tite ma­chine que je vais ap­pe­ler Eva. Il n’y a pas que Denis Grat­ton qui peut don­ner des noms à ses bé­belles.

Mais là, d’ha­bi­tude, je tra­vaille tou­jours en Mi­cro­soft Word, et ce pro­gramme n’est pas là.

Je re­tourne chez Fu­ture Shop, tou­jours à Or­léans, et je de­mande le lo­gi­ciel dont j’ai be­soin, en fran­çais na­tu­rel­le­ment. « Non, à Gatineau, eux ils ont tout en fran­çais et en an­glais. »

Là, j’en ai as­sez. « Dites donc, l’ami, M. Fu­ture Shop ne sait donc pas qu’à Or­léans, il y a 30% de fran­co­phones, qui parlent fran­çais, qui vivent en fran­çais et veulent tra­vailler en fran­çais? N’est-ce pas là un nombre suf­fi­sant pour leur of­frir votre mar­chan­dise dans leur langue? J’ai presque en­vie d’al­ler ailleurs faire mes achats. »

« C’est votre choix, me dit-il, pe­tit sou­rire en coin. Bonne chance! » J’ai presque en­vie de lui lan­cer un gros ju­ron à la fi­gure, mais lui, il me parle en fran­çais. Alors je me re­tiens. Je re­tra­verse la ri­vière et j’y trouve mon lo­gi­ciel. Reste que je suis en mau­dit et me pro­met d’écrire un mot à Fu­ture Shop pour leur don­ner ma fa­çon de pen­ser.

C’est un peu beau­coup d’ar­ro­gance de leur part de croire que les fran­co­phones vont se rendre de l’autre cô­té pour leurs achats de ma­chins en fran­çais. Bon, je re­viens à mon nou­vel or­di. La grosse tâche com­mence. Il faut tout prendre ce que ren­ferme ja­lou­se­ment mon vieux PC et tout in­sé­rer dans ce nou­vel ap­pa­reil. N’al­lez pas pen­ser que j’ai tout fait ça moi­même! Je me pense as­sez « bon » dans l’uti­li­sa­tion de l’or­di, mais il y a des li­mites, beau­coup de li­mites. Ces sa­crées ma­chines ont des se­crets que seuls les dieux mo­dernes de l’in­for­ma­tique connaissent.

Mon fils Ri­chard est un de ceux-là et même avec ses grandes ca­pa­ci­tés, il a pas­sé presque deux jours à ef­fec­tuer le trans­fert. Et en­core, je ne suis pas sûr que toutes mes don­nées sont ren­dues chez Eva.

Mais là! At­ten­tion, je tape cette chro­nique avec Eva. J’ai presque honte de lui avoir don­né un nom de femme! Je tape un mot et je dé­couvre qu’au lieu de cinq lettres, j’en ai six. Les es­paces sont aux mau­vais en­droits, j’y trouve toute sorte de signes que je n’ai pas de­man­dé et je passe mon temps à me re­lire. Pauvre Eva, elle en en­tend une sé­rie de ju­rons!

Mais en­fin, Dieu mer­ci, j’ar­rive au bout de cette chro­nique et c’est à peu près li­sible. Je vais ten­ter d’ac­ti­ver le cor­rec­teur, si­non, vous al­lez me lire et ac­cep­ter des z, w et y un peu par­tout, mais ce n’est pas ma faute. C’est comme dans le ma­riage, je n’ai pas en­core maî­tri­sé Eva.

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