COURRIER du lec­teur

L'Express Ottawa - - OPINION -

LAIS­SEZ-MOI RÊVER...

Le pre­mier mi­nistre canadien Ste­phen Har­per s’est en­ga­gé à faire de la ré­so­lu­tion de la crise mon­diale de l’as­sai­nis­se­ment l’une de ses prio­ri­tés lors de la ren­contre du G8 qui se tien­dra dans moins d’un mois, à Mus­ku­ka, en On­ta­rio.

Cette volte-face du Ca­na­da en a sur­pris plu­sieurs à la veille de cette ren­contre des huit grandes puis­sances du globe avec la Chine. Seuls le Ja­pon, l’Al­le­magne et la Rus­sie se sont jus­qu’ici mon­trés ré­cep­tifs à cette ini­tia­tive in­at­ten­due.

M. Har­per a ex­pli­qué à la Chambre des com­munes que le manque d’ac­cès à l’eau po­table et à des sys­tèmes d’as­sai­nis­se­ment de base, comme des la­trines, étaient au coeur des pro­blèmes d’édu­ca­tion et de dé­ve­lop­pe­ment dans de très nom­breuses ré­gions du monde.

«L’édu­ca­tion de base est un élé­ment es­sen­tiel du dé­ve­lop­pe­ment, a-t-il ex­pli­qué. C’est un des ou­tils les plus puis­sants pour ré­duire la pau­vre­té et les in­éga­li­tés et po­ser les as­sises du dé­ve­lop­pe­ment hu­main. Nous de­vons donc ab­so­lu­ment com­bler ces be­soins es­sen­tiels que sont l’ac­cès à l’eau po­table et à des sys­tèmes d’as­sai­nis­se­ment de base.»

« Plus de 1,2 mil­liard de per­sonnes vivent ac­tuel­le­ment avec moins d’un dol­lar par jour, a pour­sui­vi le pre­mier mi­nistre lors d’un point de presse. C’est un cin­quième de l’hu­ma­ni­té et nous de­vons mettre un terme à cette mi­sère. En tant que re­grou­pe­ment des pays les plus riches du monde, le G8 doit mon­trer l’exemple en pla­çant l’as­sai­nis­se­ment là où il doit être – avec l’en­vi­ron­ne­ment, l’alimentation et la dé­mo­cra­tie – c’est-àdire au pre­mier plan!»

Pour ce qui est des moyens concrets de s’at­ta­quer à ces pro­blèmes, le pre­mier mi­nistre a ex­pli­qué qu’il comp­tait convaincre ses ho­mo­logues du G8 d’in­ves­tir les sommes né­ces­saires à cette fin dans le Fonds mon­dial pour l’as­sai­nis­se­ment gé­ré par l’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té. Il s’est tou­te­fois re­fu­sé à don­ner plus de dé­tails.

M. Har­per s’est aus­si en­ga­gé à tout faire pour sous­traire l’ac­cès à l’eau po­table des in­té­rêts pri­vés afin d’en faire, comme il se doit, une res­pon­sa­bi­li­té pu­blique. «L’eau po­table est un bien com­mun né­ces­saire à la sur­vie de l’hu­ma­ni­té, a af­fir­mé le pre­mier mi­nistre, et non un vul­gaire bien mar­chand.»

Son gou­ver­ne­ment comp­te­rait éga­le­ment oeu­vrer en fa­veur de l’an­nu­la­tion de la dette des pays du tiers-monde. Il a rap­pe­lé que «chaque an­née, plus d’ar­gent s’en va vers les pays du Nord pour payer la dette que vers les pays du Sud par le tru­che­ment de l’aide et du com­merce com­bi­nés».

«Au­cun plan sé­rieux pour ré­soudre la crise de l’eau ne peut igno­rer la pau­vre­té des pays du Sud et le rôle qu’y joue le rem­bour­se­ment de la dette», a-t-il ra­jou­té.

In­ter­ro­gé sur ce qu’il ad­vien­drait dans ce contexte des dis­cus­sions qui de­vaient por­ter sur l’aide aux en­tre­prises pri­vées, la lutte au ter­ro­risme et de pos­sibles in­ter­ven­tions mi­li­taires dans dif­fé­rents conflits mon­diaux, le pre­mier mi­nistre a ré­pon­du que «la meilleure fa­çon de lut­ter contre le ter­ro­risme et de pro­mou­voir la dé­mo­cra­tie, ce n’est pas de dé­fendre fi­nan­ciè­re­ment et mi­li­tai­re­ment les in­té­rêts des grandes en­tre­prises, mais de ré­pondre aux be­soins fon­da­men­taux des po­pu­la­tions».

Les trois par­tis d’op­po­si­tion, que ce chan­ge­ment de prio­ri­tés semble avoir pris au dé­pour­vu, ont ap­plau­di la dé­ci­sion du pre­mier mi­nistre.

(La ren­contre du G8 à Mus­ko­ka, en On­ta­rio, n’au­ra lieu que du 25 au 27 juin 2010. Rien de tout ce­la n’a donc en­core eu lieu. Mais pour ce que ça coûte de rêver...)

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