La plus an­cienne mai­son de la rue Sé­ra­phin-ma­rion

Mai­son Gas­ton-héon

L'Express Ottawa - - CHRONIQUE - Ben­ja­min Va­chet

Sau­vée de la dé­mo­li­tion

L’ex­press pré­sente des chro­niques his­to­riques écrites en col­la­bo­ra­tion avec l’ar­chi­viste en chef de l’uni­ver­si­té d’ot­ta­wa, Mi­chel Pré­vost, dans l’es­prit des États gé­né­raux de la fran­co­pho­nie, afin de tra­cer un por­trait de la fran­co­pho­nie de la ca­pi­tale à tra­vers le temps et les em­preintes qu’elle a lais­sées et laisse en­core dans le pay­sage ot­ta­vien. Au tour­nant du 20e siècle, la Côte-de-sable de­vient le quar­tier de la bour­geoi­sie d’ot­ta­wa. L’élite et les pro­fes­sion­nels an­glo­phones et fran­co­phones y font construire de ma­gni­fiques mai­sons en brique.

« La Mai­son Gas­ton-héon, au 155, rue Sé­ra­phin-ma­rion, au­tre­fois rue Wil­brod, est un très bel exemple de ces ré­si­dences bâ­ties en brique », re­marque l’ar­chi­viste en chef de l’uni­ver­si­té d’ot­ta­wa, Mi­chel Pré­vost.

Éri­gée en 1875, elle s’avère être la plus an­cienne mai­son de la rue Sé­ra­phin-ma­rion. De­puis 1920, elle ap­par­tient à l’uni­ver­si­té d’ot­ta­wa et loge le Dé­par­te­ment d’his­toire de­puis 1968.

« Cette mai­son me rap­pelle de beaux sou­ve­nirs, se sou­vient M. Pré­vost. J’y avais mon bu­reau en 1980, au 3e étage, lorsque j’étais étu­diant à la maî­trise en his­toire et pré­sident du Club des voyages his­to­riques de l’uni­ver­si­té d’ot­ta­wa ». La mai­son ju­me­lée de style Se­cond Em­pire se dis­tingue par son ma­gni­fique toit en man­sarde, sa belle brique rouge, ses im­postes et ses vi­traux.

« Il faut tou­te­fois se rap­pe­ler qu’elle n’a pas tou­jours eu aus­si fière al­lure, re­marque l’ar­chi­viste en chef de l’uni­ver­si­té d’ot­ta­wa. Dans les an­nées 60, on peint la mai­son en gris, l’une des cou­leurs of­fi­cielles de la mai­son d’en­sei­gne­ment avec le gre­nat. La pein­ture a pour ef­fet d’em­pê­cher la brique et le mor­tier de res­pi­rer. Au fil des ans, l’édi­fice se dé­té­riore et perd son pa­nache d’au­tre­fois ».

En 1981, suite à un im­po­sant dé­gât d’eau, la mai­son est éva­cuée d’ur­gence et on de­mande à la Ville d’ot­ta­wa un per­mis de dé­mo­li­tion.

« Heu­reu­se­ment, la Ville d’ot­ta­wa re­fuse la re­quête, se ré­jouit M. Pré­vost. Dans les an­nées 1990, on restaure l’édi­fice, sauf la grande ga­le­rie de la fa­çade. La mai­son Héon fait main­te­nant par­tie in­té­grante du qua­dri­la­tère his­to­rique de l’uni­ver­si­té et elle s’avère un élé­ment de grande fier­té pour notre patrimoine ».

Par ailleurs, la mai­son Gas­ton-héon est l’une des rares de­meures pa­tri­mo­niales qui a pré­ser­vé son patrimoine in­té­rieur, en par­ti­cu­lier ses por­tiques, ses boi­se­ries, son ma­gni­fique es­ca­lier en bois et ses lu­mi­naires.

« Il ne fait pas de doute que tous ces at­tri­buts donnent un ca­chet bien par­ti­cu­lier au Dé­par­te­ment d’his­toire, note l’ar­chi­viste en chef de l’uni­ver­si­té d’ot­ta­wa. Une belle pho­to de M. Héon trône d’ailleurs dans l’une des pièces du pre­mier étage. Si vous pas­sez de­vant le bâ­ti­ment, n’hé­si­tez pas à en­trer afin de dé­cou­vrir ce riche patrimoine ».

En l’hon­neur d’un an­cien étu­diant

De­puis 1998, le 155, rue Sé­ra­phine-ma­rion porte le nom de Mai­son Gas­ton-héon en l’hon­neur d’un gé­né­reux do­na­teur et an­cien étu­diant de l’uni­ver­si­té d’ot­ta­wa.

M. Héon en­tre­prend des études en mé­de­cine à l’uni­ver­si­té dans les an­nées 60, mais faute d’ar­gent, il est contraint de les aban­don­ner. Il de­vient alors ad­mi­nis­tra­teur de ré­si­dences pour per­sonnes âgées, dans le nord de l’on­ta­rio, et un homme d’af­faires pros­père. En 1991, il re­vient à l’uni­ver­si­té d’ot­ta­wa pour ob­te­nir un bac­ca­lau­réat avec spé­cia­li­sa­tion en his­toire. Mal­heu­reu­se­ment, M. Héon meurt su­bi­te­ment d’une crise car­diaque en 1993, sans avoir pu com­plé­ter ses études.

Re­con­nais­sant à l’égard de l’uni­ver­si­té, il laisse deux mil­lions de dol­lars à son al­ma ma­ter, ce qui consti­tue le plus im­por­tant don d’un in­di­vi­du à l’époque.

« Une pe­tite par­tie du don sert à res­tau­rer le bâ­ti­ment cen­te­naire si­tué à l’angle de la rue Sé­ra­phinMa­rion et de la rue Cum­ber­land ; l’autre par­tie va pour des bourses aux étu­diants », pré­cise M. Pré­vost.

En guise de re­con­nais­sance, le Sé­nat lui dé­cerne à titre post­hume un Bac­ca­lau­réat avec spé­cia­li­sa­tion en his­toire. De plus, le bâ­ti­ment du Dé­par­te­ment d’his­toire est bap­ti­sé en son nom. Une plaque com­mé­mo­ra­tive sur la fa­çade rap­pelle, au­jourd’hui, l’his­toire de la mai­son et la contri­bu­tion ex­cep­tion­nelle de M. Héon à l’ins­ti­tu­tion.

L’ar­chi­viste en chef de l’uni­ver­si­té d’ot­ta­wa, Mi­chel Pré­vost, rap­pelle qu’il offre des vi­sites gui­dées du qua­dri­la­tère his­to­rique de l’uni­ver­si­té pour les groupes de 10 per­sonnes et plus. Pour ré­ser­ver une vi­site, com­po­sez le 613-562-5825 ou en­voyez un cour­riel à mi­chel. pre­vost@ uot­ta­wa.ca.

Pho­to : Ben­ja­min Va­chet

La Mai­son Gas­ton-héon au 155, rue Sé­ra­phin-ma­rion.

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