Des sou­ve­nirs pour le vé­té­ran Nor­mand Bé­dard

L'Express Ottawa - - ACTUALITÉS - Sé­bas­tien Pier­roz se­bas­tien.pier­roz@tc.tc

Il est un des der­niers vé­té­rans ca­na­diens de la Guerre du Viet­man. Ceux dont les mé­moires et les ré­cits des conflits de­viennent plus pré­cieux au fil des an­nées et des cé­ré­mo­nies du Jour du Sou­ve­nir.

Des nom­breux conflits aux­quels il a par­ti­ci­pé, No­mand Bé­dard, 74 ans, garde des images in­tactes et im­pé­ris­sables. «Le plus dif­fi­cile fut à coup sûr le Viet­nam, confie le ré­sident de Cas­sel­man dans l’Est on­ta­rien, la voix un peu bri­sée. Des atro­ci­tés, des hor­reurs…des choses que seuls nous pou­vons com­prendre entre vé­té­rans...»

Tou­ché par la dé­tresse de la po­pu­la­tion du pays d’Asie du Sud-Est de­ve­nu un sym­bole de la Guerre froide, M. Bé­dard dé­cide même d’adop­ter une jeune viet­na­mienne dont la mère est tom­bée sous les balles. « Elle est mal­heu­reu­se­ment dé­cé­dée lors de son trans­fert dé­fi­ni­tif au Ca­na­da dans les an­nées 70», évoque l’an­cien com­bat­tant dans un ré­cit ponc­tué de si­lences.

Des épreuves de vie qui ne le dé­cou­ra­ge­ront pas à conti­nuer sur le che­min qu’il avait choi­si en 1958: la car­rière mi­li­taire. «Mon oncle avait été frap­pé par des éclats d’obus lors de la Se­conde Guerre mon­diale. J’ai tou­jours dit à ma mère que je vou­lais savoir qui lui avait fait du mal.»

Le re­tour du Ca­po­ral Bé­dard au Ca­na­da en 1970 n’est fi­na­le­ment que de courte du­rée. Trois ans plus tard, il s’en­vole pour l’Al­le­magne où il res­te­ra quatre ans. De même dans les an­nées 80 où, pro­mu au grade de ser­gent, il passe deux ans en Is­raël. «C’était es­sen­tiel­le­ment des mis­sions de pa­ci­fi­ca­tion, mais tou­jours avec la Guerre froide en ar­rière-plan. Ce n’était ja­mais de tout re­pos.»

Dif­fi­cul­té à par­ler

Sou­riant, af­fable, calme, presque phi­lo­sophe, le Ser­gent Bé­dard avoue sans dé­tour «avoir été à la ren­contre du monde et avoir dé­ve­lop­pé une bonne oreille pour savoir écou­ter deux points de vue contra­dic­toires».

Ré­gu­liè­re­ment sol­li­ci­té par les écoles lo­cales pour par­ler des dif­fé­rents conflits de­puis sa re­traite en 1992, le vé­té­ran com­mence dé­sor­mais à trou­ver les mots dif­fi­ciles: «Le pas­sé re­vient avec l’âge. Par­ler des atro­ci­tés de­vant 500 élèves, ça de­vient un vrai exer­cice.».

Fon­da­teur du Corps de Ca­dets de l’ar­mée à Cas­sel­man, très ac­tif éga­le­ment dans l’em­bel­lis­se­ment du cé­no­taphe de son vil­lage, le ser­gent garde un lien in­ef­fa­çable avec les guerres. Une re­con­nais­sance peut-être aus­si. En té­moigne la men­tion élo­gieuse du Gou­ver­neur gé­né­ral qu’il a re­çu en 2007.

(Photo: Sé­bas­tien Pier­roz)

Le ser­gent Bé­dard ré­side ac­tuel­le­ment à Cas­sel­man.

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