Bi­lin­guisme of­fi­ciel: quatre conseillers fran­co­phones ou fran­co­philes contre

L'Express Ottawa - - ACTUALITÉS - Sé­bas­tien Pier­roz se­bas­tien.pier­roz@tc.tc

Le bi­lin­guisme of­fi­ciel à la Ville d’Ottawa, re­com­man­da­tion prin­ci­pale des États gé­né­raux de la fran­co­pho­nie, ne sé­duit pas les conseillers fran­co­phones et fran­co­philes de la Ville d’Ottawa.

In­ter­ro­gés cha­cun leur tour par L’Ex­press d’Ottawa sur la via­bi­li­té d’un tel pro­jet, les six conseillers ré­pondent dans l’en­semble par la né­ga­tive. Rai­ner Bloess, Ste­phen Blais, Bob Mo­nette et Da­vid Cher­nu­shen­ko se dé­clarent «op­po­sés» à l’idée, tan­dis que Tim Tier­ney adopte une po­si­tion plus neutre. Seul, le conseiller de Ri­deau-Va­nier Ma­thieu Fleu­ry voit cette in­ten­tion d’un bon oeil.

Re­lan­cée en­core der­niè­re­ment par le com­mis­saire aux langues of­fi­cielles Gra­ham Fra­ser au mo­ment du dé­pôt de son rap­port, l’idée du bi­lin­guisme of­fi­ciel n’est pas une so­lu­tion, se­lon les élus fran­co­phones. «La po­li­tique ac­tuelle du maire fonc­tionne bien», af­firme le conseiller du quar­tier de Cum­ber­land Ste­phen Blais. «Je ne pense pas que nous ayons be­soin d’em­ployés bi­lingues à la Ville, ré­sume Rai­ner Bloess, conseiller du quar­tier d’Innes. Nous de­vons nous concen­trer à four­nir un ser­vice en fran­çais de ma­nière pratique.»

Plus en­core, les conseillers louent les ré­sul­tats de la po­li­tique de «bi­lin­guisme pratique» dé­fen­due à maintes re­prises par le maire d’Ottawa Jim Wat­son. «Jim est très proche de la com­mu­nau­té fran­co­phone. Il a le fran­çais à coeur. C’est beau­coup mieux qu’avec son pré­dé­ces­seur Lar­ry O’Brien», sou­ligne le conseiller du quar­tier d’Or­léans Bob Mo­nette. Bien que se dé­cla­rant comme un «fier fran­co­phile» et mai­tri­sant bien la langue de Mo­lière, le pre­mier ma­gis­trat n’a ja­mais vou­lu ou­vrir la porte au bi­lin­guisme of­fi­ciel au cours de son man­dat.

Rai­son in­vo­quée le plus sou­vent pour s’op­po­ser au bi­lin­guisme of­fi­ciel? Les coûts. «Dans un monde idéal, le bi­lin­guisme of­fi­ciel n’est pas si mal, mais nous de­vons res­pec­ter une réa­li­té, croit le conseiller d’Ottawa-Centre Da­vid Cher­nu­shen­ko. Je crains qu’une po­li­tique de ce type coûte beau­coup trop cher à la Ville d’Ottawa.» Le conseiller du quar­tier Bea­con HillCyr­ville Tim Tier­ney re­con­nait aus­si que «les coûts» re­pré­sentent le frein prin­ci­pal. .

Ma­thieu Fleu­ry iso­lé

Si les élus ne sont pas char­més par le bi­lin­guisme of­fi­ciel, seul le conseiller de Ri­deau-Va­nier Ma­thieu Fleu­ry fait ex­cep­tion. Seul élu mu­ni­ci­pal dont le fran­çais est sa langue ma­ter­nelle et seul élu éga­le­ment à s’ex­pri­mer par­fois en fran­çais lors des réunions du conseil, M. Fleu­ry ne sur­prend per­sonne en se dé­cla­rant fa­vo­rable à l’idée. «Nous de­vons vrai­ment nous af­fir­mer à ce ni­veau-là.»

Mais le conseiller de Ri­deau-Va­nier ap­pelle la com­mu­nau­té fran­co­phone d’Ottawa à dé­fi­nir elle-même ce qu’est le bi­lin­guisme of­fi­ciel. «Qu’est-ce que le bi­lin­guisme of­fi­ciel? Le veu­ton au ni­veau des ser­vices, du site web? Nous de­vons savoir ce que la com­mu­nau­té veut.» Tou­jours se­lon M. Fleu­ry, le conseil mu­ni­ci­pal n’est pas l’unique ins­tru­ment pour mettre en place un tel pro­jet. «Il faut que nous tra­vail­lions en par­te­na­riat avec le pa­lier fé­dé­ral et aus­si pro­vin­cial à ce su­jet.»

Autre conseiller à n’être pas tout à fait dé­fa­vo­rable au bi­lin­guisme of­fi­ciel: Tim Tier­ney. À la sur­prise gé­né­rale, cet élu an­glo­phone, mais fran­co­phile au fran­çais très sommaire – il est le seul à s’être ex­pri­mé en an­glais pour l’en­tre­vue – ne se dit pas op­po­sé «dans le long terme» au pro­jet. «Grâce au tra­vail des conseillers du bloc de l’Est comme MM. Mo­nette, Bloess et Blais, nous avons amé­lio­ré la re­pré­sen­ta­tion du fran­çais dans les dif­fé­rentes réunions (...) En ce mo­ment, notre po­li­tique ac­tuelle est un test éven­tuel­le­ment pour un bi­lin­guisme of­fi­ciel dans l’ave­nir.»

Quelques pistes

Op­po­sés au bi­lin­guisme of­fi­ciel, les conseillers re­con­naissent mal­gré tout que la pré­sence de la langue de Mo­lière n’est pas par­faite dans les bu­reaux de l’hô­tel de Ville. «Quel­que­fois, le fran­çais n’est pas au ni­veau qu’il de­vrait être, re­con­nait Ste­phen Blais. Il fau­drait une meilleure qua­li­té des pré­sen­ta­tions orales. Nous de­vons tra­vailler sur cet exer­cice.»

Faire pri­mer la qua­li­té du fran­çais avant autre chose. C’est aus­si le cre­do du conseiller Cher­nu­shen­ko pour jus­ti­fier son op­po­si­tion au bi­lin­guisme of­fi­ciel. «Nous de­vons res­ter vi­gi­lants pour que tous les ser­vices, par exemple ceux des cours dans une pis­cine mu­ni­ci­pale, soient pro­po­sés dans un fran­çais impeccable. Si on se fo­ca­lise sur un bi­lin­guisme of­fi­ciel plus que sur la qua­li­té des ser­vices pro­po­sés, alors je crains une sorte de dilution de la qua­li­té.»

Si les conseillers res­tent peu lo­quaces sur les moyens d’éva­lua­tion de la qua­li­té, Bob Mo­nette vou­drait quant à lui of­frir da­van­tage de dis­cus­sion entre la com­mu­nau­té et la Ville. «Je ne se­rais pas contre voir le «cau­cus fran­co­phone» se réunir deux fois par an­née au lieu d’une. Ce se­rait peu­têtre plus lo­gique.»

(Photo: ar­chives)

Peu de conseillers en fa­veur du bi­lin­guisme of­fi­ciel à Ottawa.

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