Ça fait mal

L'Express Ottawa - - VIE COMMUNAUTAIRE - Fan­ny Matte L’Es­cale

T’es laide!” », « T’es donc ben cave! » , « Tu mé­rites pas de vivre » . .. Ne me dites pas que vous n’avez ja­mais en­ten­du ces mots ou que vous ne savez tout sim­ple­ment pas de quoi je parle. Lais­sez-moi vous éclai­rer; ce­la im­plique de ra­bais­ser à ré­pé­ti­tion une per­sonne, ver­ba­le­ment, phy­si­que­ment ou par Internet. La per­sonne fi­nit sou­vent ne plus avoir d’es­time de soi, et à se de­man­der si les autres n’ont pas un peu rai­son de la trai­ter ain­si. C’est évi­dem­ment notre chère in­ti­mi­da­tion.

Comme vous le savez sans doute, c’est l’un des pro­blèmes ma­jeurs dans les écoles pré­sen­te­ment. Tout le monde en parle... Tout le monde sou­haite que ça dis­pa­raisse du globe... Mais tout le monde a dé­jà fait par­tie du pro­blème. Il y en a ab­so­lu­ment par­tout, on ne peut s’en ca­cher. Que ce soit en étant l’in­ti­mi­da­teur, le té­moin ou en­core la vic­time, on en a tous dé­jà vé­cu. Le plus ter­rible dans tout ça, c’est que main­te­nant, grâce

« à internet, on n’a même plus be­soin de se voir pour faire tout un ra­vage.

Pour­quoi cette hor­reur est-elle en­core et tou­jours par­mi nous? Cer­taines per­sonnes pensent que ça les fait pa­raître plus fortes, plus im­por­tantes, ce qui est faux; la seule chose que ça ap­porte, c’est la peur des autres. Pour­tant, chaque in­ti­mi­da­teur cherche à ca­cher ses fai­blesses. Cer­tains ont dé­jà été la vic­time et es­pèrent ne plus ja­mais l’être en ayant l’air im­po­sant. D’autres veulent être ac­cep­tés ou en­core, sim­ple­ment ai­més.

L’in­ti­mi­da­tion, il faut que ça cesse. Dom­mage, par contre, que seule­ment 35 pays se battent pour cette cause. C’est d’ailleurs l’une des rai­sons pour­quoi nous sommes aus­si chan­ceux de vivre au Ca­na­da puis­qu’il fait par­tie de ces 35 pays. De plus en plus de nos écoles tentent de sen­si­bi­li­ser les jeunes face aux consé­quences de l’in­ti­mi­da­tion. Pour vous le prou­ver, ce mois d’oc­tobre était le mois de la sen­si­bi­li­sa­tion à l’in­ti­mi­da­tion faite en­vers les jeunes. Nous avons eu une jour­née pour por­ter du mauve, et quelques fois, nous par­lions des fa­çons de bri­ser le si­lence.

Nous avons beau dire qu’en par­ler aux adultes de notre en­tou­rage ne ser­vi­ra à rien, mais ça ne peut pas faire de tort. Plu­sieurs en­sei­gnants n’at­tendent que ça. Il a été prou­vé qu’il y avait plus d’in­ti­mi­da­tion au se­con­daire qu’au pri­maire parce que nous en par­lons moins, de peur d’être ju­gés. Ce n’est pas parce qu’on est main­te­nant des ado­les­cents qu’on n’a plus be­soin d’aide de nos aînés, c’est en fait tout le contraire; nous dé­cou­vrons qui nous sommes, nous en­trons dans le monde adulte à pe­tits pas, et ce, pas tou­jours de la fa­çon la plus fa­cile.

Quand nous se­rons adultes, ne sou­hai­te­rons-nous pas être la fier­té de nos en­fants lors­qu’ils par­le­ront de leurs pa­rents ado­rés, et ne leur sou­hai­te­rons-nous pas de vivre tout le bon­heur du monde? Mais com­ment est-ce pos­sible si nous ne fai­sons rien pour amé­lio­rer la vie en gé­né­ral? Ima­gi­nez, votre en­fant qui re­vient de l’école en pleurs. Il se fait in­ti­mi­der de­puis des mois et il ne sait pas quoi faire, et quand vous lui dites d’en par­ler, il vous de­mande ce que vous avez fait pour dé­non­cer l’in­ti­mi­da­tion à son âge... Ouf... Al­lez-vous lui dire fiè­re­ment que vous avez tout fait pour que ça ar­rête ou al­lez-vous ca­cher votre si­lence constant?

L’in­ti­mi­da­tion, ça fait mal à tout le monde. Soyons fiers de qui nous sommes, et bri­sons le si­lence. Pré­pa­rons un monde meilleur pour nos pro­chains, un monde sans in­ti­mi­da­tion.

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