«Le fran­çais, je care pas!»

L'Express Ottawa - - VIE COMMUNAUTAIRE - Sa­bri­na Abud- La­pierre Sa­muel-Ge­nest

Vous me par­don­ne­rez de comw­men­cer cet ar­ticle par une ci­ta­tion d’un jeune Fran­co-On­ta­rien dont la mère est uni­lingue an­glo­phone et le père un «ayant droit». Dans cette fa­mille, le fran­çais, c’est à l’école que ça se passe. À l’ex­cep­tion des de­voirs, ils n’uti­lisent pas le fran­çais à la mai­son.

Mon frère et moi étions dans les mêmes classes que deux en­fants d’une autre fa­mille dont les cir­cons­tances étaient sem­blables. Des quatre en­fants de cette fa­mille, une seule a fi­ni son se­con­daire en fran­çais, un a fi­ni son pri­maire en fran­çais et les deux autres ont aban­don­né l’école fran­çaise, l’une en 5e an­née et l’autre en 4e an­née.

À notre école nour­ri­cière, une an­née, la classe de ma­ter­nelle comp­tait dix sept élèves à la ren­trée. Seule­ment quatre de ces élèves étaient fran­co­phones, c’est-à-dire que ces en­fants com­pre­naient et par­laient dé­jà le fran­çais en com­men­çant l’école.

Ce ne sont que quelques exemples des im­menses et nom­breux dé­fis aux­quels fait face la com­mu­nau­té fran­co-on­ta­rienne à Ottawa. Dé­fis que nous de­vons à tout prix sur­mon­ter.

En tant que membre du Gou­ver­ne­ment des élèves (GDE) de mon école, j’ai eu l’oc­ca­sion et la chance d’as­sis­ter avec les membres de tous les GDE du Conseil des écoles ca­tho­liques du Centre-Est (CECCE), à une con­fé­rence don­née par Ma­dame Lise Paie­ment. Mme Paie­ment, qui est main­te­nant à la re­traite, a long­temps en­sei­gné dans le mi­lieu fran­co-on­ta­rien.

Ce que élèves qui ont as­sis­té à cette con­fé­rence ont re­ti­ré fut que cha­cun et cha­cune doit faire sa part afin d’as­su­rer la sur­vie de la langue fran­çaise en On­ta­rio.

Mais com­ment faire ce­la de fa­çon concrète? D’abord et avant tout, comme étu­diant(e) d’une école fran­çaise, il est pos­sible de po­ser un geste tout simple comme faire l’ef­fort de par­ler en fran­çais à l’école, une fois à l’ex­té­rieur de la salle de classe. Mais ce­la prend un ef­fort car sou­vent, il faut al­ler à contre-cou­rant pour le faire. En ef­fet, les étu­diant(e)s des écoles fran­çaises pré­fèrent par­ler an­glais ou une autre langue par­lée à la mai­son.

Mme Paie­ment nous a ra­con­té qu’en ar­ri­vant à une nou­velle école en tant qu’en­sei­gnante, le pre­mier élève qui lui a adres­sé la pa­role lui a dit: «Lais­sez-moi vous ai­der avec vos boîtes. Je peux vous in­di­quer où se trouve votre lo­cal».

Cet unique élève ve­nait de lui don­ner l’im­pres­sion que cette école se­rait la meilleure de toutes. Ce que ces jeunes ont re­ti­ré de cette anec­dote c’est qu’en po­sant un geste à la fois, une jour­née à la fois, on peut faire une dif­fé­rence. En fait, cette ap­proche peut s’ap­pli­quer à n’im­porte quel chan­ge­ment qu’on veut faire et pas seule­ment à des chan­ge­ments re­liés à la langue.

Pen­dant la con­fé­rence, Mme Paie­ment nous a ci­té quelques pas­sages de la chan­son de Pau­line Ju­lien, ar­tiste qué­bé­coise main­te­nant dé­cé­dée, « Mom­my ».

Plu­sieurs étu­diant(e)s, ain­si que Mme Paie­ment elle-même, en avaient les larmes aux yeux en en­ten­dant les pa­roles sui­vantes: «Mom­my [...] Please tell me how in french my friends used to call me. [...] Mom­my, how come it’s not the same? [...] What hap­pe­ned to my name? [...] Mom­my, Mom­my, how come we lost the game? Oh Mom­my, Mom­my, are you the one to blame? Oh Mom­my, tell me why it’s too late, too late, much too late».

Se­lon Mme Paie­ment, la par­tie n’est pas en­core per­due et c’est à nous de nous as­su­rer, comme le dit le titre de son livre, «Une goutte à la fois», qu’il n’est pas trop tard pour chan­ger les choses. Une goutte à la fois, de plus en plus de per­sonnes se di­ront: «Mon fran­çais, je care beau­coup!».

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