La pri­son pour Car­lo Mal­tais

L'Express - - ACTUALITÉS - JOSYANE CLOU­TIER josyane.clou­tier@jour­na­lex­press.ca

JUS­TICE. Car­lo Mal­tais, 44 ans, de Drum­mond­ville, a éco­pé de 20 mois d’em­pri­son­ne­ment pour une ac­cu­sa­tion d’agression sexuelle.

La dé­ci­sion a été ren­due le 6 dé­cembre au pa­lais de jus­tice de Drum­mond­ville par le juge Gilles La­fre­nière.

Il s’agit d’une sug­ges­tion com­mune entre la dé­fense, re­pré­sen­tée par Me Frank Pap­pas, et la pro­cu­reure de la Cou­ronne Me Jus­tine De­nis-giard. La peine d’em­pri­son­ne­ment s’ac­com­pagne d’une pro­ba­tion de trois ans, pen­dant la­quelle Car­lo Mal­tais de­vra no­tam­ment s’abs­te­nir de con­som­mer de l’al­cool ou de la drogue et d’en­trer en contact de quelque fa­çon que ce soit avec la vic­time au dos­sier. Une or­don­nance de non-pu­bli­ca­tion in­ter­dit d’ailleurs la pu­bli­ca­tion de l’iden­ti­té de cette der­nière. Car­lo Mal­tais de­vra éga­le­ment pour­suivre ses dé­marches avec les Al­coo­liques ano­nymes. Il se­ra ins­crit au re­gistre des dé­lin­quants sexuels pour une pé­riode de vingt ans, et de­vra s’abs­te­nir de pos­sé­der des armes pour la pro­chaine dé­cen­nie.

Rap­pe­lons que l’ac­cu­sé a été ac­quit­té du chef d’ac­cu­sa­tion d’agression sexuelle cau­sant des lé­sions.

Les faits se sont dé­rou­lés en no­vembre 2012. La vic­time, alors âgée d’une ving­taine d’an­nées, se trou­vait au bar le Bo­town, au centre-ville de Drum­mond­ville, pour fes­toyer avec des amis. Elle au­rait été in­toxi­quée, au point d’être à peine consciente, lors­qu’elle a quit­té l’éta­blis­se­ment en com­pa­gnie de M. Mal­tais. D’après son té­moi­gnage en en­quête pré­li­mi­naire, elle n’a au­cun sou­ve­nir de sa soi­rée.

D’après Me De­nis-giard, c’est d’ailleurs un fac­teur ag­gra­vant. « L’ac­cu­sé a abu­sé de la vul­né­ra­bi­li­té de la vic­time. Elle était in­cons­ciente, et n’était pas ca­pable de consen­tir à quoi que ce soit. Il a as­sou­vi ses be­soins sexuels au dé­tri­ment de la san­té phy­sique, puisque l’agression n’était pas pro­té­gée, et de la san­té psy­cho­lo­gique de la vic­time », a ex­pri­mé la pro­cu­reure. À ses mots, l’ac­cu­sé a lais­sé échap­per des san­glots.

La jeune femme, qui n’était pas pré­sente à la Cour, a pré­sen­té une dé­cla­ra­tion fai­sant état des consé­quences psy­cho­lo­giques avec les­quelles elle doit com­po­ser de­puis l’agression. « Elle n’était pas consciente, donc elle se fait des scé­na­rios. Ce­la lui cause beau­coup d’an­xié­té », a ré­su­mé Me De­nis-giard. « Je suis ren­du à l’étape d’as­su­mer plei­ne­ment les consé­quences de mes actes ». - Car­lo Mal­tais

Me Frank Pap­pas a, quant à lui, fait état des re­mords de son client. « Il a ac­com­pli une thé­ra­pie fer­mée pour ses pro­blèmes de consom­ma­tion. Mais l’in­toxi­ca­tion n’est pas une ex­cuse: les gestes qui ont été po­sés sont in­ex­cu­sables, il le sait. Ses re­grets sont sin­cères. » L’avo­cat a aus­si sou­li­gné le fait que le rap­port pré­sen­ten­ciel est, somme toute, po­si­tif : les risques de ré­ci­dive sont faibles, et au­cune dé­viance sexuelle n’a été mise en lu­mière par les pro­fes­sion­nels.

« Je suis cons­cient des torts que j’ai pu cau­ser. Je suis vrai­ment dé­so­lé. Je suis ren­du à l’étape d’as­su­mer plei­ne­ment les consé­quences de mes actes, et je tiens à faire des ex­cuses sin­cères à la vic­time et à sa fa­mille », a ex­pri­mé d’un ton émo­tif Car­lo Mal­tais, avant de prendre le che­min de la dé­ten­tion.

UNE PAGE EST TOUR­NÉE

Des membres de la fa­mille de la vic­time, pré­sents au pa­lais de jus­tice, ont af­fir­mé être sou­la­gés que les pro­cé­dures soient en­fin ter­mi­nées. « Je suis sa­tis­faite qu’il aille en pri­son, même si 20 mois, ce n’est pas suf­fi­sant en re­gard des consé­quences que ça a eu sur ma fille », a com­men­té la mère de la vic­time, après que la sen­tence ait été ren­due. Elle ajoute aus­si qu’elle est contente de sa­voir que Car­lo Mal­tais se­ra iden­ti­fié comme dé­lin­quant sexuel pour les vingt pro­chaines an­nées.

« C’est bien qu’il ait des consé­quences à long terme. Il faut qu’il se rap­pelle ce qu’il a fait. Je crois que ses ex­cuses sont sin­cères, il n’a pas été froid ou ar­ro­gant et j’ai ai­mé qu’il s’ex­cuse à la fa­mille, mais ça s’ar­rête là », es­time-t-elle, le men­ton haut, sous le re­gard ap­pro­ba­teur de ses proches.

La vic­time pour­ra main­te­nant tour­ner dé­fi­ni­ti­ve­ment la page, et sa fa­mille aus­si. « Il faut dé­non­cer, et se rendre jus­qu’au bout. Si­non, qu’est-ce qui dit que les agres­seurs ne fe­ront pas d’autres vic­times ? »

(Pho­to Josyane Clou­tier)

Car­lo Mal­tais La dé­ci­sion a été ren­due au pa­lais de jus­tice de Drum­mond­ville, mer­cre­di.

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