Être à l’écoute

L'Hebdo Journal - Cités Nouvelles - - ACTUALITÉS - SO­PHIE POIS­SON so­phie.pois­son@tc.tc POUR PLUS D'IN­FOS

Comment dis­tin­guer une crise d’ado­les­cente d’une dé­pres­sion? C’est le su­jet de re­cherche sur le­quel s’est pen­ché le chef mé­di­cal du Pro­gramme de pé­do­psy­chia­trie à l’Ins­ti­tut Dou­glas, Jo­hanne Re­naud, qui a ob­te­nu une bourse du Centre Ma­nu­vie.

Dif­fé­rents symp­tômes de dé­pres­sion peuvent être re­pé­rés chez les ado­les­cents, comme l’iso­le­ment, la di­mi­nu­tion d’éner­gie, ou en­core l’ir­ri­ta­bi­li­té.

«C’est le ni­veau d’in­ten­si­té de dys­fonc­tion­ne­ment qui va dé­ter­mi­ner si c’est une dé­pres­sion ma­jeure, ou plus une dif­fi­cul­té d’adap­ta­tion tem­po­raire, aver­tie Jo­hanne Re­naud. Si la per­sonne pleure toute la jour­née, tous les jours, on n’at­ten­dra pas plus de deux ou trois se­maines parce que si­non il risque d’y avoir un mal­heur. Je dis souvent, com­men­çons par éva­luer la si­tua­tion.»

Il existe dif­fé­rents types: la dé­pres­sion ma­jeure comme ex­pli­quée ci-des­sus, le trouble dis­rup­tif ca­rac­té­ri­sé par un mau­vais contrôle des émo­tions, la dé­pres­sion post-par­tum, la dé­pres­sion sai­son­nière, la dys­thy­mie qui se re­marque par une hu­meur ir­ri­table pen­dant au moins un an, les troubles bi­po­laires avec des sautes d’hu­meur.

Plu­sieurs fac­teurs peuvent en être à l’ori­gine. Il peut être hé­ré­di­taire puisque si un pa­rent souffre de cette ma­la­die, un ado­les­cent a deux à quatre fois plus de risque d’en être at­teint. Il peut être psy­cho­lo­gique et être lié à des évé­ne­ments ex­té­rieurs, ou être en­vi­ron­ne­men­tal avec l’éloi­gne­ment d’un proche par exemple.

TRAI­TE­MENT

«Les troubles de l’hu­meur sont fré­quents chez les ado­les­cents, rap­pelle Jo­hanne Re­naud. Il est tou­te­fois pos­sible de pro­cé­der à une éva­lua­tion ri­gou­reuse et les pa­rents de­vraient y par­ti­ci­per. Le trai­te­ment dé­bute par la psy­choé­du­ca­tion.»

La dé­pres­sion lé­gère peut ré­pondre à des ap­proches de sou­tien qui ne de­mandent pas né­ces­sai­re­ment d’être aus­si spé­cia­li­sées que la psy­cho­thé­ra­pie. Chez l’adulte, si la dé­pres­sion est mo­dé­rée alors on de­vrait ra­pi­de­ment mettre en place la psy­cho­thé­ra­pie et pos­si­ble­ment la com­bi­ner à de la mé­di­ca­tion an­ti­dé­pres­sive. La dé­pres­sion sé­vère re­quiert les deux et par­fois même l’hos­pi­ta­li­sa­tion en pé­do­psy­chia­trie. Il existe des hô­pi­taux de jour, mais il en existe peu, même à Mon­tréal.

AC­COM­PA­GNE­MENT

«Ce qu’il peut ai­der en at­ten­dant une consul­ta­tion ou en pé­riode de sou­tien, avec un mé­de­cin de fa­mille, un pé­diatre ou un psy­cho­logue, c’est réa­li­ser un jour­nal de bord, or­ga­ni­ser des ac­ti­vi­tés plai­santes et user de tech­niques de re­laxa­tion», sou­ligne la chef mé­di­cale.

Le jour­nal de bord per­met d’ex­pri­mer ces émo­tions et de les nuan­cer. Par exemple, «Je suis nul» pour­rait se trans­for­mer en «Je suis nul en ma­thé­ma­tiques, mais j’ai des qua­li­tés en fran­çais». Les ac­ti­vi­tés peuvent être une sé­rie amu­sante qui per­met de se chan­ger les idées, faire du yo­ga ou lire.

Jo­hanne Re­naud rap­pelle que les mé­di­ca­ments peuvent avoir des ef­fets se­con­daires qu’il faut ex­pli­quer aux jeunes afin qu’ils n’ar­rêtent pas de les prendre sans le dire. Elle pré­vient que le mé­lange avec des drogues, comme la co­caïne, peut en­traî­ner des ré­ac­tions non dé­si­rées.

Le risque sui­ci­daire est tou­jours à prendre au sé­rieux. Les pro­pos tels que «Je se­rai mieux si je n’étais plus là» mé­ritent une conver­sa­tion avec l’ado­les­cent pour com­prendre l’ori­gine de sa phrase, sans ju­ge­ment.

(Pho­to : De­po­sit)

Se­lon les Ins­ti­tuts de re­cherche en san­té du Ca­na­da, en­vi­ron 70 % des pro­blèmes de san­té men­tale ap­pa­raissent au cours de l’en­fance ou de l’ado­les­cence.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.