43 ans de mé­tier

L'Hebdo Journal - Cités Nouvelles - - LA UNE - FRAN­ÇOIS LEMIEUX fle­mieux@me­tro­me­dia.ca

Re­né Jo­ly a pris, il y a deux se­maines, sa re­traite après 43 ans de ser­vice comme col bleu à L’Île-Bi­zard. Au cours de cette pé­riode, il a eu l’oc­ca­sion d’as­sis­ter au dé­ve­lop­pe­ment de sa com­mu­nau­té et de sa pro­fes­sion. Il s’est ré­cem­ment confié aux Ci­tés Nou­velles sur sa car­rière, ses sou­ve­nirs et les ami­tiés qu’il a for­mées.

« Bien des gens croient que tout ce qu’on fait, c’est de s’ac­co­ter sur une pelle. Mais il faut être fier parce que si on ne fai­sait pas le dé­blayage des rues, per­sonne ne pour­rait cir­cu­ler. Si on n’en­tre­te­nait pas les ré­seaux d’aque­duc et d’égouts, les lu­mières de rue, de cir­cu­la­tion et les trot­toirs, rien ne fonc­tion­ne­rait », in­dique le nou­veau re­trai­té âgé de 64 ans.

En­ga­gé comme « homme à tout faire » à l’âge de 21 ans, en 1975, M. Jo­ly se rap­pelle qu’à l’époque, on pou­vait comp­ter sur les doigts de la main le nombre de cols bleus à L’Île-Bi­zard. Comme le nombre d’em­ployés était limité, les tâches étaient très va­riées.

« C’était tout le temps du tra­vail d’équipe. Si on fai­sait des trot­toirs, l’as­phalte ou en­le­ver la neige, tous nos gens par­ti­ci­paient. Un jour, le pa­tron pou­vait te faire tra­vailler sur une ex­ca­va­trice et le len­de­main, avec une brouette. De nos jours, tout est ré­par­ti entre les dif­fé­rents ser­vices comme le ser­vice de l’eau et la voi­rie. C’est beau­coup plus struc­tu­ré », sou­ligne-t-il.

CRISE DU VERGLAS

En 1998, la crise du verglas frappe du­re­ment cer­taines par­ties du Qué­bec et L’Île-Bi­zard ne fait pas ex­cep­tion. M. Jo­ly se rap­pelle no­tam­ment avoir trans­por­té des per­sonnes âgées au centre De­nis-Ben­ja­min-Vi­ger en plus de faire des tour­nées, la nuit ve­nue, dans les nou­veaux dé­ve­lop­pe­ments pour évi­ter tout van­da­lisme.

«Des gens, la plu­part du temps des contrac­teurs, nous ap­por­taient des pa­lettes de bois, qu’on cou­pait en mor­ceaux pour que les ré­si­dents puissent chauf­fer parce qu’il man­quait d’élec­tri­ci­té. Les ci­toyens ap­por­taient aus­si des vivres pour ceux qui tra­vaillaient de nuit », se sou­vient-il.

Tout en conser­vant le titre de col bleu, M. Jo­ly est de­ve­nu contre­maître rem­pla­çant, il y a une di­zaine d’an­nées. À la suite de cette nou­velle af­fec­ta­tion, il ré­pon­dait aux plaintes des ci­toyens quant aux or­dures, le re­cy­clage, les lu­mières de rue, la voi­rie et le mar­quage des rues.

INON­DA­TIONS

Lors des inon­da­tions de 2017, on lui de­man­dait d’ac­cueillir les ci­toyens qui fai­saient des re­quêtes au ser­vice des tra­vaux pu­blics. M. Jo­ly de­vait entre autres éva­luer les prio­ri­tés et or­ga­ni­ser la ré­par­ti­tion de l’aide et des poches de sable.

S’il dit avoir été té­moin de beau­coup d’en­traide de la part du pu­blic et d’en­tre­pre­neurs de la ré­gion, il se rap­pelle que ce fut une pé­riode éprou­vante.

«J’ai trou­vé dif­fi­cile de voir les gens en dé­tresse, d’autres d’un cer­tain âge ar­ri­ver au bu­reau en pleu­rant et en tem­pê­tant parce qu’ils ne sa­vaient plus quoi faire. Je les com­pre­nais. Je leur di­sais de s’as­seoir et qu’on n’al­lait pas les lais­ser tom­ber. Cer­tains nous de­man­daient des pompes, mais on n’en avait pas. Tu te sens im­puis­sant à ce mo­ment-là », se sou­vient-il.

S’il dit avoir ado­ré son tra­vail, la nais­sance de son pe­tit-fils, en no­vembre der­nier, lui a fait consi­dé­rer la re­traite.

« Je crois avoir été très ap­pré­cié de bien du monde et c’est le plus beau ca­deau qu’on puisse re­ce­voir. Il faut lais­ser la chance aux autres. La vie m’a choyé. J’ai eu une bonne épouse, des beaux en­fants et un pe­tit-fils. J’ai aus­si eu un bon em­ploi, une bonne san­té et je me suis fait beau­coup d’amis », ex­plique-t-il.

M. Jo­ly a of­fi­ciel­le­ment pris sa re­traite le 23 août.

(Pho­to : Ci­tés Nou­velles – Fran­çois Lemieux)

« J’ai ado­ré mon em­ploi. C’était ma vie. Je me suis tou­jours dit que si un ma­tin, je n’avais pas en­vie d’al­ler tra­vailler, je lâ­che­rais tout. Mais ce n’est ja­mais ar­ri­vé. Tous les gens avec qui j’ai tra­vaillé ont été de bons com­pa­gnons. On était comme une fa­mille », fait va­loir Re­né Jo­ly.

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