Un road­trip sans une goutte d’es­sence

L'Hebdo Journal - - ACTUALITÉS - MA­RIANNE CÔ­TÉ ma­rianne.cote@tc.tc

AU­TO­MO­BILE. Sans iti­né­raire fixe, Éloïse Boies a quit­té Trois-Ri­vières pour em­prun­ter les routes val­lon­nées de Char­le­voix au vo­lant d’une voi­ture élec­trique. Un voyage de 2000 ki­lo­mètres en une se­maine sans brû­ler la moindre goutte d’es­sence.

Le 7 août, la Ni­co­lé­taine et son co­pain Jé­rôme Hof ont grim­pé à bord d’une Volt prê­tée par Trois-Ri­vières Che­vro­let di­rec­tion Baie-Saint-Paul. Mais, ils n’ont pas seule­ment pro­fi­té de leur « road trip» pour dé­cou­vrir les pay­sages qué­bé­cois. Celle qui a long­temps tra­vaillé pour des com­pa­gnies au­to­mo­biles spé­cia­li­sées en voi­tures élec­triques par­tait avec un ob­jec­tif bien pré­cis en tête : dé­bou­lon­ner les mythes te­naces qui freinent l’ap­pa­ri­tion de ces vé­hi­cules sur nos routes.

Mis­sion ac­com­plie? C’est ce que l’Heb­do Jour­nal a ten­té de sa­voir en dis­cu­tant avec Éloïse Boies à son re­tour de voyage.

Une voi­ture de ville Ou­bliez donc cette idée vou­lant que les vé­hi­cules élec­triques ne soient bons que pour la ville. Rou­ler sur une longue dis­tance, « c’est pos­sible », af­firme Éloïse Boies qui ten­tait l’ex­pé­rience pour la pre­mière fois. « Mon beau-père nous avait dit à la blague qu’on al­lait se re­trou­ver à pé­da­ler, pour­tant, ce sont des voi­tures per­for­mantes. » D’ailleurs, le pre­mier jour, le couple a par­cou­ru 230 ki­lo­mètres en uti­li­sant seule­ment la moi­tié de la charge. «C’était ex­ci­tant, on se sen­tait comme dans le fu­tur », a-t-elle lan­cé. « Mais ce­la de­mande cer­taines adap­tions», concède la Ni­co­lé­taine. Par exemple, rou­ler moins vite amé­liore la du­rée de la charge, alors que l’uti­li­sa­tion de la cli­ma­ti­sa­tion ré­duit l’au­to­no­mie.

2000 ki­lo­mètres Le coup de la bat­te­rie à plat est sur­ement la contrainte ma­jeure aux yeux du grand pu­blic. Mais non, le duo d’aven­tu­rier ne s’est pas re­trou­vé dé­mu­ni en bor­dure d’une route de cam­pagne, sans au­cune source d’éner­gie. Il y a en­core quelques an­nées, les gros blocs lu­mi­neux se fai­saient plus tôt rares dans le pay­sage qué­bé­cois. Dé­sor­mais, il est fa­cile de lo­ca­li­ser une borne de re­charge à proxi­mi­té avec une simple ap­pli­ca­tion. Au mo­ment d’écrire ces lignes, le ré­seau Cir­cuit élec­trique ré­per­to­riait 996 bornes de re­charge en ser­vice dans la pro­vince, y com­pris 84 bornes ra­pides.

Et en ré­gion éloi­gnée ? Il peut ar­ri­ver tou­te­fois qu’on ne trouve au­cune borne de re­charge dans cer­taines mu­ni­ci­pa­li­tés éloi­gnées des grands centres. À cer­tains en­droits, elles brillent même par leur ab­sence. C’est ain­si que le duo s’est re­trou­vé sur le tra­ver­sier pour se rendre à Ta­dous­sac. C’est là que se trouve la seule borne à des ki­lo­mètres à la ronde. Manque de bol : « elle était dé­jà prise ». « On ne s’était pas in­for­mé avant de par­tir puis­qu’on vou­lait que mon­sieur et ma­dame tout le monde ap­prennent avec nous sur la route», ex­plique-t-elle. Le couple est donc ren­tré bre­douille.

Mais ce que beau­coup de gens ne semblent pas sa­voir, c’est qu’il est pos­sible de bran­cher son vé­hi­cule dans une prise ré­gu­lière. Ils ont donc pu faire le plein d’éner­gie dans le pe­tit ca­fé d’un cha­leu­reux couple. «Ça nous amène à créer des contacts », ra­conte Éloïse. Elle est d’ailleurs convain­cue qu’avec la po­pu­la­ri­té gran­dis­sante des bo­lides élec­triques, il y au­ra da­van­tage de bornes dans les coins tou­ris­tiques les plus re­cu­lés. En at­ten­dant, il suf­fit de faire preuve d’un peu de créa­ti­vi­té.

10 $ Au to­tal, Éloïse et Jé­rôme ont dé­bour­sé de leur poche un seul billet de 10$ pour 2000 ki­lo­mètres par­cou­rus. Le couple a ce­pen­dant pro­fi­té de deux re­charges gra­tuites sur son che­min. C’est donc ça le prix à payer pour par­tir à la dé­cou­verte du Qué­bec sans au­cune émis­sion de CO2. « C’est très abor­dable », sou­ligne l’aven­tu­rière. En ef­fet, dif­fi­cile de faire mieux avec le même mon­tant en es­sence dans une voi­ture ré­gu­lière. «Et ce qui est en­core mieux, c’est qu’une borne de re­charge t’évite d’avoir à cher­cher du sta­tion­ne­ment et de payer un par­co­mètre », ajoute-t-elle. Bien sûr, le temps d’at­tente est plus long que pour un plein d’es­sence, mais cette pause per­met de vi­si­ter les alen­tours.

Mis­sion réus­sie ? « Après sept ans pas­sés dans ce do­maine, je connais bien les pré­ju­gés et les idées pré­con­çues que les gens ont à pro­pos des voi­tures élec­triques », sou­tient Éloïse. Le but du pé­riple était jus­te­ment de mon­trer qu’il était pos­sible d’al­ler par­tout avec l’un de ces bo­lides. Au cours de son pé­riple que les in­ter­nautes pou­vaient suivre en di­rect sur les ré­seaux so­ciaux, elle es­time avoir été en me­sure de pi­quer la cu­rio­si­té de cer­taines per­sonnes ré­ti­centes à es­sayer la tech­no­lo­gie élec­trique. « De plus, la plu­part des gens que nous avons ren­con­trés étaient très in­té­res­sés par notre voi­ture. Ils avaient plu­sieurs ques­tions », s’est-elle ré­jouie.

Bien qu’elle au­rait ai­mé re­joindre da­van­tage de consom­ma­teurs, ce n’est que par­tie re­mise.

(Pho­to gra­cieu­se­té – Jé­rôme Hof )

Éloïse Boies s’est lan­cée dans un road­trip de 2000 km…sans avoir be­soin d’une seule goutte d’es­sence !

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