Lut­ter contre les plantes en­va­his­santes

Re­nouée du Ja­pon et my­rio­phylle à épi

L'Informateur - - LA UNE - AMÉ­LIE GA­MACHE ame­lie.ga­mache@tc.tc

EN­VI­RON­NE­MENT Alors que Qué­bec an­nonce consa­crer 8 M$ à la lutte contre les es­pèces en­va­his­santes, la re­nouée du Ja­pon et le my­rio­phylle à épi sont tou­jours bien pré­sents dans Ri­vière-des-Prai­riesPointe-aux-Trembles et font l’ob­jet de haute sur­veillance de la part du co­mi­té ZIP Jacques-Car­tier.

L’an der­nier, deux sites de l’ar­ron­dis­se­ment avaient été iden­ti­fiés comme « sites de contrôle » de la re­nouée du Ja­pon, puisque con­si­dé­rés comme des mi­lieux à risque de pro­pa­ga­tion de cette plante no­cive. Sans com­pé­ti­teur ni pré­da­teur au Qué­bec, où elle est ar­ri­vée il y a une cen­taine d’an­nées, cette peste vé­gé­tale s’est ra­pi­de­ment ré­pan­due sur le ter­ri­toire et me­nace la bio­di­ver­si­té des mi­lieux en­va­his.

Le Parc Clé­men­tine-De La Rous­se­lière, à Pointe-aux-Trembles, où une co­lo­nie d’une su­per­fi­cie de 50 m² avait été lo­ca­li­sée, et le Parc Er­nest-Rou­leau, à Ri­vière-des-Prai­ries, où se trou­vaient deux co­lo­nies, dont l’une at­tei­gnait 120 m², avaient fait l’ob­jet d’in­tenses opé­ra­tions d’ex­ca­va­tion des ra­cines. Les sites ont en­suite été re­cou­verts d’une toile géo­tex­tile, afin de li­mi­ter l’ex­po­si­tion au so­leil et ré­duire la pho­to­syn­thèse.

UN COM­BAT QUI N’EST PAS GA­GNÉ

« Les plantes sont re­ve­nues au prin­temps, ex­plique Ariane Mar­chand, char­gée de projet au ZIP Jacques-Car­tier. Toutes les deux se­maines, nous fai­sons le suivi des re­pousses dans ces deux sites, et nous al­lons conti­nuer de le faire jus­qu’en 2022 ».

Lors du suivi, les nou­velles re­pousses sont re­ti­rées, en ar­ra­chant le plus pos­sible les ra­cines. « L’étape du suivi, c’est vrai­ment de la ri­gueur, in­siste Mme Mar­chand. Il ne faut pas lais­ser les tiges re­pous­ser ; c’est es­sen­tiel à la réus­site de la res­tau­ra­tion du site. »

L’or­ga­nisme pro­cé­de­ra éga­le­ment à la plan­ta­tion d’es­pèces in­di­gènes, telles le su­mac vi­nai­grier, le saule de l’in­té­rieur, ou l’aulne ru­gueux, afin de faire com­pé­ti­tion à la re­nouée du Ja­pon et créer de l’om­brage.

En plus des zones où le Co­mi­té ZIP Jacques-Car­tier in­ter­vient, « en­vi­ron quatre» autres sites de l’ar­ron­dis­se­ment sont les hôtes de co­lo­nies de re­nouée ja­po­naise, se­lon Diane La­brecque, chef de di­vi­sion,hor­ti­cul­ture et parcs de Ri­vière-des-Prai­ries Pointes-aux-Trembles .« Nous in­ter­ve­nons à ces en­droits en cou­pant les tiges de re­nouée, une à deux fois par an­née, et en les dis­po­sant de fa­çon à ne pas conta­mi­ner d’autres en­droits. »

Un suivi, beau­coup moins fré­quent que ce­lui de l’or­ga­nisme en­vi­ron­ne­men­tal, qui « per­met d’as­su­rer le contrôle, mais n’est pas suf­fi­sant pour une éra­di­ca­tion com­plète», se­lon Élise Mer­cure, res­pon­sable des com­mu­ni­ca­tions au ZIP Jacques-Car­tier.

UNE AUTRE ME­NACE

Aper­çu pour la pre­mière fois au Qué­bec dans les an­nées 1960, le my­rio­phylle à épi pro­vient d’Eu­ra­sie et d’Afrique du Nord. Il at­tire de plus en plus l’at­ten­tion vu sa grande vi­tesse de pro­pa­ga­tion. L’es­pèce qui pose pro­blème se trouve à être un hy­bride entre l’es­pèce in­tro­duite et l’es­pèce in­di­gène.

Ce nou­vel ar­ri­vant aqua­tique forme des « co­lo­nies très denses » qui bloquent les rayons du so­leil et l’oxy­gène de l’eau. « Il y en a dans le fleuve Saint-Laurent, af­firme Ariane Mar­chand, mais il va sur­tout cau­ser des dom­mages im­por­tants dans les pe­tits lacs, des éco­sys­tèmes fer­més. » Elle in­vite tou­te­fois à la pru­dence. « Cette plante, qui se trouve par­tout, est trans­por­tée par pe­tits frag­ments, donc si les gens en ont sur leur re­morque, ils peuvent la pro­pa­ger d’un en­droit à l’autre. Et ça en­va­hit et tue les lacs, les co­lo­nies sont très in­tenses. »

On es­time à 180 les lacs qué­bé­cois, dont deux à Mon­tréal, qui sont aux prises avec l’en­va­his­seur que l’on ap­pelle « plante zom­bie. »

Le my­rio­phylle à épi est une es­pèce vi­sée dans le cadre du Projet St-Laurent, au­quel col­la­bore le ZIP Jacques-Car­tier. «Nous al­lons donc no­ter la pré­sence de cette plante, et trans­mettre les don­nées au programme, as­sure Ariane Mar­chand. On va la voir sor­tir beau­coup plus d’ici la fin de l’été »

UN IN­VES­TIS­SE­MENT AT­TEN­DU

Le 18 juillet, Qué­bec a at­tri­bué une sub­ven­tion to­tale de 6,25 M$ sur cinq ans à la Fon­da­tion de la faune du Qué­bec, afin qu’elle mette sur pied et as­sume la ges­tion du Programme pour la lutte contre les plantes exo­tiques en­va­his­santes.

«Les fonds ser­vi­ront à sou­te­nir des or­ga­nismes qui mettent de l’avant des pro­jets de lutte contre les plantes exo­tiques en­va­his­santes», ex­plique An­na­belle Ave­ry, res­pon­sable du nou­veau programme de la Fon­da­tion de la Faune du Qué­bec.

Les or­ga­nismes tels les Co­mi­tés ZIP pour­ront donc sou­mettre des pro­jets pour les­quels ils sou­haitent ob­te­nir du fi­nan­ce­ment.

« Nous au­rons deux grands vo­lets au Programme, l’un vi­sant le contrôle de la plante et la res­tau­ra­tion des sites, y com­pris des études d’avant-projet, même si l’on ne dé­ve­lop­pe­ra pas de nou­velles tech­niques, dé­taille Mme Ave­ry. L’autre se­ra voué au trans­fert de connais­sances, par la dif­fu­sion de connais­sances tech­niques et pratiques. »

Le mi­nis­tère du Dé­ve­lop­pe­ment du­rable, de l’En­vi­ron­ne­ment et de la Lutte contre les chan­ge­ments cli­ma­tiques (MDDELCC) ajou­te­ra 1,75 M$ pour l’ac­qui­si­tion de connais­sances, et éla­bo­re­ra des ou­tils d’ac­com­pa­gne­ment pour les dif­fé­rents in­ter­ve­nants.

Les ci­toyens qui constatent la pré­sence de toute es­pèce en­va­his­sante sont priés de le si­gna­ler à Sen­ti­nelle, l’ou­til de dé­tec­tion du MDDELCC, dis­po­nible en ligne ou sur ap­pli­ca­tion mo­bile.

Lors des opé­ra­tions d’ex­ca­va­tion me­nées en juillet 2017, un plan d’une di­zaine de mètres et une ra­cine de 70cm ont été ar­ra­chés. Ni­co­las Le­dain

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