Un duo de Mont­réa­lais veut dé­fier le géant Uber

Tran­sport. Un nou­veau joueur se pointe dans l’in­dus­trie du co­voi­tu­rage com­mer­cial à Mon­tréal, et il en­tend bien concur­ren­cer le géant Uber dès son lan­ce­ment, le 29 oc­tobre pro­chain.

Métro Montréal - - ACTUALITÉ - HEN­RI OUEL­LETTE-VÉ­ZI­NA hen­ri.ouel­lette@jour­nal­me­tro.com

«Les don­nées de­vraient ap­par­te­nir à [la per­sonne] qui les four­nit. [Ain­si], les dé­ve­lop­peurs d’Eva n’au­ront pas ac­cès aux in­for­ma­tions ou aux dé­pla­ce­ments des usa­gers.»

Dar­dan Isu­fi, co­fon­da­teur d’Eva

Fon­dée par Dar­dan Isu­fi et Ra­phaël Gau­dreault, Eva – une jeune ap­pli­ca­tion co­opé­ra­tive de co­voi­tu­rage ba­sée sur le blo­ck­chain (une base de don­nées qui fonc­tionne sans in­ter­mé­diaire, comme un ser­veur) – es­père per­cer un mar­ché dif­fi­cile d’ac­cès dans la mé­tro­pole.

À la dif­fé­rence de la mul­ti­na­tio­nale amé­ri­caine, Eva sou­haite d’abord et avant tout «lo­ca­li­ser l’éco­no­mie». «Le pro­blème avec Uber, à l’ins­tar d’Airbnb, c’est que ça vient agré­ger l’éco­no­mie, dé­plore le co­fon­da­teur de l’or­ga­nisme qué­bé­cois, Dar­dan Isu­fi. La mai­son mère prend 25 % des courses et trans­fère son ar­gent dans des pays où elle a des avan­tages fis­caux.»

Dans chaque ville où elle opère, Eva pro­met plu­tôt d’im­plan­ter une co­opé­ra­tive dé­te­nue par ses membres qui pour­ra gé­rer sa ta­ri­fi­ca­tion, son offre de ser­vices et ses propres va­leurs d’en­tre­prise. «On veut ain­si in­no­ver sur le plan tech­no­lo­gique et so­cial avec un ré­seau pair-à-pair de co­opé­ra­tives lo­cales», ajoute l’an­cien étu­diant en sciences po­li­tiques de l’Uni­ver­si­té McGill.

De plus, à l’op­po­sé d’Uber, Eva n’au­ra pas de ser­veur cen­tral puis­qu’elle uti­lise un blo­ck­chain, une tech­no­lo­gie de sto­ckage et de trans­mis­sion d’in­for­ma­tions sans or­gane de contrôle. C’est donc dire que la jeune en­tre­prise ne col­lec­te­ra au­cune don­née per­son­nelle de l’uti­li­sa­teur.

«Les don­nées valent de l’or au­jourd’hui, c’est de­ve­nu le pé­trole du XXIe siècle, dit Dar­dan Isu­fi. En tech­no­lo­gie, les en­tre­prises font leur ar­gent là-des­sus parce que le mo­dèle est pen­sé tel quel.»

Comme Dar­dan Isu­fi et son col­lègue Ra­phaël Gou­dreault veulent «créer une en­tre­prise dé­mo­cra­tique qui re­dé­fi­nit l’éco­no­mie col­la­bo­ra­tive», ils se disent ou­verts à dis­cu­ter avec l’in­dus­trie du taxi.

Com­ment ça marche?

Le sys­tème tech­nique d’Eva res­semble à ce­lui d’Uber : l’usa­ger ins­talle l’ap­pli­ca­tion, y ins­crit ses co­or­don­nées de carte de cré­dit, com­mande une course et paie en ar­gent ca­na­dien. Con­crè­te­ment, lorsque le consom­ma­teur paie sur l’ap­pli­ca­tion, il se voit at­tri­buer des je­tons – l’équi­valent d’une mon­naie propre à l’ap­pli­ca­tion – qui sont en­suite uti­li­sés pour ré­mu­né­rer le chauf­feur. À la fin de ses tra­jets, ce der­nier peut échan­ger ses je­tons contre de l’ar­gent ca­na­dien. L’usa­ger ne de­vrait pas avoir à trans­fé­rer ma­nuel­le­ment des je­tons ou à ma­ni­pu­ler ceux-ci; l’ap­pli­ca­tion de­vrait s’en char­ger.

Une ou­ver­ture po­li­ti­co-éco­no­mique?

Le pro­jet pi­lote spé­cial en­ca­drant les ac­ti­vi­tés d’Uber en sol qué­bé­cois vien­dra à échéance le 14 oc­tobre pro­chain, à peine 13 jours après la prise du pou­voir par la Coa­li­tion ave­nir Qué­bec (CAQ). Cette zone grise pour­rait re­pré­sen­ter un bon mo­ment pour Eva, aux yeux du co­fon­da­teur, qui af­firme avoir ren­con­tré le mi­nis­tère des Tran­sports à plu­sieurs re­prises sans ja­mais avoir re­çu «un re­fus for­mel» de son en­trée sur le mar­ché.

«Le gou­ver­ne­ment de Phi­lippe Couillard pré­voyait peut-être un chan­ge­ment avec Uber, mais chose cer­taine, il com­men­çait à com­pen­ser l’in­dus­trie du taxi, di­til. On es­saie de dis­cu­ter avec Fran­cois Bon­nar­del [le por­te­pa­role ca­quiste en éco­no­mie col­la­bo­ra­tive] parce qu’on sait que la CAQ est fa­vo­rable à une li­bé­ra­li­sa­tion des mar­chés.»

L’ex­pert en mar­ke­ting des in­no­va­tions et de la tech­no­lo­gie à HEC Mon­tréal Jean-Fran­çois Ouel­let abonde dans le même sens. «Les ca­quistes ne sont pas des gens qui aiment la ré­gu­la­tion dont on peut mettre l’uti­li­té en doute, ex­plique-t-il en en­tre­vue avec Mé­tro. Si quel­qu’un dans le mar­ché po­li­tique peut lais­ser en­trer des joueurs comme Eva, sur­tout avec une fibre na­tio­na­liste qué­bé­coise et des joueurs d’ici, c’est la CAQ. Leurs chances sont bonnes, d’au­tant plus qu’au Qué­bec, on raf­fole des mo­dèles co­opé­ra­tifs puisque ça nous conforte dans l’idée que c’est va­lable.»

/ JOSIE DES­MA­RAIS/MÉ­TRO

L’ap­pli­ca­tion Eva fonc­tion­ne­ra avec l’ar­gent ca­na­dien et sa propre mon­naie vir­tuelle.

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