Ba­vures po­li­cières

Ci­né­ma. Lorsque Quen­tin Du­pieux ne fait pas de mu­sique sous le nom de Mr. Oi­zo, il tourne des films com­plè­te­ment dé­li­rants comme Au poste!.

Métro Montréal - - WEEK-END - MAR­TIN GIGNAC in­fo@jour­nal­me­tro.com

«Au ci­né­ma, on tente de tout ra­tio­na­li­ser, les mé­chants, par exemple. Or, la vie contient de l’ab­surde tous les jours, de l’im­pré­vi­sible. Le ci­né­ma est sou­vent une sim­pli­fi­ca­tion de la vie; la vie est beau­coup plus com­plexe.»

Quen­tin Du­pieux, réa­li­sa­teur du film Au poste!

De­puis le dé­but du mil­lé­naire, Quen­tin Du­pieux est de­ve­nu l’hé­ri­tier de Luis Buñuel et de Ber­trand Blier. Un ci­néaste of­frant des co­mé­dies étranges et dis­jonc­tées qui mys­ti­fient à la fois le pu­blic et les cri­tiques.

«Dans mes films, j’aime bien que tout ne soit pas clair, ex­pli­qué ou ex­pli­cable, ra­con­tait le met­teur en scène lors de son ré­cent pas­sage à Mon­tréal. Ça en­traîne tou­jours des ques­tions, parce que les gens sont en quête de sens. Je me per­mets des choix ir­ra­tion­nels et, for­cé­ment, ça fait tra­vailler leur ima­gi­na­tion ou leur cer­veau et ils in­tel­lec­tua­lisent.»

Pour son nou­veau long mé­trage, le créa­teur du pneu tueur Rub­ber offre non seule­ment une pa­ro­die du film po­li­cier à la Garde à vue (où un com­mis­saire in­car­né par Be­noît Poel­voorde tente de sou­ti­rer les vers du nez d’un suspect), mais éga­le­ment une sa­tire du ci­né­ma fran­çais en gé­né­ral avec cette horde de dia­logues hi­la­rants et de des­crip­tions du quo­ti­dien.

«Après quatre films en an­glais, j’avais en­vie de re­trou­ver mon sens du dia­logue en fran­çais», avoue le réa­li­sa­teur et scé­na­riste.

Pas ques­tion pour au­tant de re­tom­ber les deux pieds sur terre. Alors que les per­son­nages passent leur temps à par­ler sans s’écou­ter et que le pu­blic doit constam­ment gar­der l’oeil ou­vert, le maître de l’ab­surde s’amuse de nou­veau à jouer avec les no­tions de vrai et de faux, à jon­gler avec cette tem­po­ra­li­té et ces mises en abyme dont il est seul à connaître le se­cret.

«Il y a un truc qui ne m’in­té­resse pas au ci­né­ma : c’est la vraie vie, ad­met Quen­tin Du­pieux. Les films qui me plaisent sont ceux qui me dé­collent de la réa­li­té. Je m’ins­pire di­rec­te­ment de mon vé­cu im­mé­diat et je fi­nis par le trans­for­mer.»

Et qu’est-ce qui peut le faire rire? «Le duo d’hu­mo­ristes Tim and Eric, ré­pondt-il du tac au tac. C’est à peu près tout à notre époque. Je me marre très peu au ci­né­ma.

Et je ne re­garde pas de sé­ries, car ça m’em­bête.»

/ COL­LA­BO­RA­TION SPÉ­CIALE

Be­noît Poel­voorde in­carne le com­mis­saire Bu­ron dans Au poste!.

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