La route en dé­route

Métro Montréal - - OPINIONS - ALAIN BRAINE, PRO­FES­SEUR, MON­TRÉAL

L’époque pas si loin­taine où la conduite au­to­mo­bile à Mon­tréal était em­preinte de pru­dence, de cour­toi­sie, de ci­vi­li­té est hé­las ré­vo­lue.

Dé­sor­mais, les heures de pointe, qui rem­plissent d’ailleurs la qua­si-to­ta­li­té de la jour­née, sont le théâtre de la sau­va­ge­rie d’une quan­ti­té non né­gli­geable de «conduc­teurs» qui se croient in­vin­cibles au vo­lant de voi­tures sou­vent plus puis­santes que leur ca­pa­ci­té de ré­flexion et qui trans­gressent les règles les plus élé­men­taires de la sé­cu­ri­té : graves ex­cès de vi­tesse dans les zones de tra­vaux et les quar­tiers ré­si­den­tiels – et ce, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige –, feux rouges brû­lés sans ver­gogne, re­fus de plus en plus fré­quents de lais­ser le pas­sage aux pié­tons (même aux per­sonnes âgées), queues de pois­son (par la droite, par la gauche, peu im­porte), ac­cé­lé­ra­tions pour être sûr de ne pas lais­ser pas­ser quel­qu’un, ap­pels de phares et ap­proches ar­rière à haut risque des conduc­teurs qui res­pectent les li­mites de vi­tesse; bref, j’en passe et des plus dan­ge­reuses. Les ter­rains de pré­di­lec­tion sont connus : toutes les au­to­routes et les voies ex­press, y com­pris l’échan­geur Tur­cot où rou­ler re­lève de l’in­cons­cience ou du pen­chant sui­ci­daire, et les grands axes comme le bou­le­vard Saint-Laurent, vé­ri­table piste de course dans la Pe­ti­teI­ta­lie après Beau­bien.

L’état chao­tique de la voie pu­blique, les tra­vaux à ré­pé­ti­tion dans tous les quar­tiers, le chan­tier du pont Cham­plain, tout est là pour rendre les gens ner­veux, voire agres­sifs. Est-ce une rai­son pour ris­quer quo­ti­dien­ne­ment sa vie et celle des autres? La ré­ponse est évi­dente. Non! Même si cer­taines pu­bli­ci­tés vous font croire que la route est un ter­rain de jeu (sic) et que vous êtes in­vin­cibles.

Que faire sans plus at­tendre? Prendre les trans­ports en com­mun si on n’est pas ca­pable de contrô­ler son agres­si­vi­té au vo­lant. Mais on peut aus­si re­trou­ver l’es­prit col­lec­tif qui nous ani­mait dans les an­nées 1980; vous vous sou­ve­nez? On vi­vait dans le par­tage et, par consé­quent, dans le bie­nêtre et la quié­tude? Es­sayez, ça vaut la peine!

Si au­cune de ces deux so­lu­tions ne convient, on vous im­po­se­ra la troi­sième so­lu­tion, comme on l’a fait en France : des ra­dars fixes tous les ki­lo­mètres, une ré­duc­tion bru­tale de la vi­tesse, de la po­lice par­tout et des amendes à faire pâ­lir un épar­gnant. Tout est une ques­tion de choix!

/ ISTOCK

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