Chas­ser le ca­fard

Ci­né­ma. Quatre ans après avoir di­ri­gé Mo­ni­ca Bel­luc­ci dans Ville-Ma­rie, Guy Édoin est de re­tour avec Ma­lek, un ré­cit d’une sen­sua­li­té sombre.

Métro Montréal - - WEEK-END - MAR­TIN GIGNAC in­[email protected]­nal­me­tro.com

«Je sais que je suis tou­jours en sé­cu­ri­té, que je suis tou­jours entre de bonnes mains quand je tra­vaille avec des Qué­bé­cois.» Tew­fik Jal­lab, ac­teur fran­çais et pro­ta­go­niste de Ma­lek, qui est éga­le­ment ap­pa­ru dans plu­sieurs pièces de Wa­j­di Moua­wad.

De­puis ses courts mé­trages re­mar­qués et son trou­blant Ma­ré­cages, Guy Édoin ex­plore des uni­vers ten­dus et am­bi­gus, près de la tra­gé­die grecque.

C’est tou­te­fois la pre­mière fois qu’il em­barque dans une odys­sée ci­né­ma­to­gra­phique sans avoir si­gné le scé­na­rio. Il a d’ailleurs rem­pla­cé au pied le­vé un réa­li­sa­teur qui s’était dé­sis­té.

«Je me suis dis : “Qu’est-ce que je peux ap­por­ter comme ci­néaste à cette his­toire-là? Comment gar­der ma si­gna­ture et comment le si­gner, en fait?’’», se rap­pelle le met­teur en scène en en­tre­vue.

Se dé­rou­lant dans un Mon­tréal en­nei­gé où un Ma­lek sui­ci­daire (Tew­fik Jal­lab) cherche à échap­per à son pas­sé li­ba­nais, le long mé­trage en est un de so­li­tude, de culpa­bi­li­té, de vio­lence, mais aus­si de re­nais­sance.

«Ce qui m’a vrai­ment sé­duit dans le ro­man (de Ra­wi Hage) et le scé­na­rio de Claude La­londe, c’est le rap­port de ce per­son­nage-là aux femmes», ad­met ce­lui qui tra­vaille éga­le­ment à la té­lé­vi­sion.

Ce sont d’ailleurs des ren­contres avec une trou­blante Ira­nienne (Hi­ba Abouk) et une psy­cho­logue qué­bé­coise (Ka­rine Va­nasse) qui for­ge­ront sa des­ti­née.

Ja­mais au­pa­ra­vant Guy Édoin n’avait mis au coeur de son oeuvre un hé­ros mas­cu­lin. Un être dé­chu fil­mé de près dans une cha­leur char­nelle par le ré­pu­té di­rec­teur pho­to Mi­chel La Veaux.

«C’est peut-être là où se trouve ma si­gna­ture, dans ces rap­ports très sen­suels, concède le réa­li­sa­teur. C’était là de­puis le pre­mier jour et ce se­ra tou­jours là, de fil­mer le corps. Pour moi, c’est juste na­tu­rel.»

«Je n’ai ja­mais été fil­mé de cette ma­nière-là», avoue de son cô­té Tew­fik Jal­lab, qui cé­lé­brait le jour de notre ren­contre son 37e an­ni­ver­saire.

Ama­teur de films d’ac­teurs, ce co­mé­dien fran­çais né d’une mère ma­ro­caine et d’un père al­gé­ro-tu­ni­sien n’a pu ré­sis­ter à ce rôle d’une in­ten­si­té peu com­mune.

«J’ai per­du 14 ki­los en 6 se­maines, évoque ce­lui qu’on a pu voir dans Lo­la Pa­ter et Ce qui nous lie. Ça m’a ai­dé à me sor­tir de mon vrai moi, c’est-à-dire de mon confort d’homme qui fait beau­coup de sport, qui mange à sa faim. Ça m’a ai­dé à ren­trer en Ma­lek d’une ma­nière beau­coup plus phy­sique qu’in­tel­lec­tuelle.

Mal­gré les dé­mons qui hantent cet in­di­vi­du et ses hal­lu­ci­na­tions, son in­ter­prète in­siste sur sa fa­cul­té à se re­tour­ner vers lu­mière. Le thème de l’im­mi­gra­tion de­vient ain­si un simple pré­texte.

«C’est un per­son­nage qui est vic­time du monde dans le­quel il vit, du monde dans le­quel il a gran­di, de l’exil, du froid et du pays dans le­quel il ar­rive, des pré­ju­gés, pré­cise Tew­fik Jal­lab. Quand il sort de sa vic­ti­mi­sa­tion, il re­de­vient un homme.»

Ma­lek À l’af­fiche le 18 jan­vier

/ FILMS SÉ­VILLE

Tew­fik Jal­lab et Hi­ba Abouk dans Ma­lek

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