Métro Montréal

Autopsie du cas Trump

Entrevue. Dans Dire non ne suffit plus (Lux Éditeur), la célèbre journalist­e altermondi­aliste Naomi Klein décrypte la recette du désastre qui se cache derrière l’élection du président américain, Donald Trump.

- MATHIAS MARCHAL mathias.marchal@journalmet­ro.com

Métro s’est entretenu avec la journalist­e Naomi Klein au sujet de son livre Dire non ne suffit plus.

Entre l’éloge du vide, le coup d’État des multinatio­nales et la théorie des chocs, on en apprend plus sur l’état du monde et sur la manière éviter le précipice dans ce nouveau livre. En juin, les ouvrages qui sortaient s’intéressai­ent généraleme­nt à sa campagne ou à sa personnali­té. Moi, je veux surtout comprendre comment on en est arrivé là, dans un contexte plus global de montée de l’extrême droite en France et ailleurs ou alors du Brexit en Grande-Bretagne.

«Si on ne fait que s’opposer durant quatre ans, au mieux on finira au même point qu’au début de son mandat, et tous les ingrédient­s qui ont mené à l’élection de Trump seront encore là.» Naomi Klein

En quoi votre livre No Logo trouve-t-il un écho dans le cas de Trump?

Trump personnifi­e le nouveau modèle commercial dont je parlais dans No Logo en 1999. Un modèle où le produit lui-même n’est plus aussi important que la marque ou le logo, et l’expérience qui va avec. Trump ne construit plus vraiment d’immeubles, il vend son nom à des immeubles contre de l’argent et il a développé plein de produits dérivés reliés à son nom, qui est synonyme de pouvoir et d’impunité. Le génie marketing à l’origine de son élection, c’est que ça renforce son branding : il se retrouve à la tête du pays le plus puissant du monde, les États-Unis, un pays dont l’image de marque est elle aussi celle de la puissance et de l’impunité. Donc, comprendre comment la marque Trump fonctionne, c’est aussi savoir où sont ses faiblesses.

L’élection de Trump serait l’avènement de la kleptocrat­ie des multinatio­nales…

Donald Trump n’est pas le premier homme d’affaires devenu président et qui se met à risque de conflit d’intérêts. Mais ça atteint des niveaux inégalés. Ce sont aussi les nomination­s qu’il a faites. Le chef de la diplomatie, Rex Tillerson, est l’ancien PDG de la pétrolière Exxon-Mobil qui bénéficier­ait d’une hausse des prix du pétrole en cas de guerre au Moyen-Orient. Son soussecrét­aire à la Défense vient de chez Boeing, qui vend du matériel militaire à l’armée. Les principaux postes au Trésor et à l’économie sont détenus par des anciens de chez Goldman Sachs, qui a figuré parmi les plus voraces des banques d’investisse­ments figurant au centre de la crise des prêts hypothécai­res de 2008. Bref, tout ça, c’est en quelque sorte un coup d’État des multinatio­nales.

Votre livre vise aussi à se préparer au prochain choc…

Quand par exemple une guerre ou un attentat survient, comme le 11 septembre 2001, les gens sont paniqués et prêts à déléguer plus de pouvoirs qu’ils le devraient à leurs dirigeants. Trump pourrait exploiter une de ces crises pour faire passer les éléments les plus durs de son programme. Mais dans son cas, il y a aussi tous ces petits chocs quotidiens qui détournent l’attention. Pendant que les médias et la population s’émeuvent de ses condoléanc­es ratées envers la famille d’un soldat décédé, Scott Pruitt, un climatosce­ptique nommé à la tête de l’Agence de protection de l’environnem­ent, peut réaliser son travail de sabotage en toute impunité.

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/ JOSIE DESMARAIS/MÉTRO L’auteure et journalist­e était de passage à Montréal, hier.
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