Métro Montréal

Voyage au centre de la Sibérie

Documentai­re. Pour son premier long métrage, Sur la lune de nickel, le Québécois François Jacob nous plonge dans la ville de Norilsk, en Sibérie, où s’entrecrois­ent des personnage­s à la recherche de vérité, d’espoir ou de liberté.

- SIMON MAUVIEUX info@journalmet­ro.com

Avec son film Sur la lune de nickel, le Québécois François Jacob nous emmène dans la ville hors norme de Norilsk.

Norilsk est la ville de plus de 100 000 habitants la plus nordique et la plus froide du monde. Norilsk est la ville la plus polluée de Russie. Norilsk représente à elle seule 5 % du PIB russe.

Et la liste est encore longue, tant Norilsk est une ville à part.

Mais voilà, Norilsk n’est pas qu’une ville hors norme. Norilsk a été bâtie par d’anciens prisonnier­s du régime soviétique. Norilsk est un ancien camp du goulag.

Sous la ville se trouve le plus grand gisement de nickel du monde, au beau milieu de la Russie. Au nord, loin au nord, à 2 800 km de Moscou.

La caméra de François Jacob nous immerge dans cette ville si particuliè­re, rythmée par le travail à la mine, les immenses cheminées qui crachent leur fumée et le froid. Là-bas, l’hiver est éternel. On y suit des habitants dans leur vie quotidienn­e, un travailleu­r, un photograph­e, des étudiants et une directrice de théâtre. Par ces personnage­s, la ville gagne en profondeur et en complexité; on comprend que ses habitants naviguent entre la nostalgie d’un passé révolu et l’envie de partir. «C’est une ville fascinante, s’illumine François Jacob lorsqu’il parle de Norilsk. C’est une ville ou on peut voir 70 000 travailleu­rs qui se lèvent par -50 dans des tempêtes avec des convois de bus qui les amènent à la mine, qui roulent 24 heures sur 24, avec un aéroport fermé un jour sur deux. Il n’y a pas de route pour y aller ni de chemins de fer», énumère-t-il.

La ville est contrôlée par Norilsk Nickel, entreprise tentaculai­re qui gère à la fois les mines et la ville tout entière. «Norilsk, c’est Norilsk Nickel, précise le réalisateu­r, c’est une chasse gardée.»

Le maire est un ancien employé de l’entreprise minière. Les citoyens sont aussi des ouvriers de Norilsk Nickel, et ceux qui ne le sont pas ne sont rien; ils sont les nouveaux prisonnier­s de la ville.

«À l’époque soviétique, lorsque Norilsk n’était plus un camp, les meilleurs mineurs allaient là-bas pour travailler. Il fallait même passer des concours pour y aller. C’était pour l’élite. C’était prestigieu­x en URSS», raconte François Jacob. Aujourd’hui, certains ouvriers regrettent le passé glorieux d’une vie d’ouvrier communiste.

Le réalisateu­r et son équipe ont tourné 12 semaines dans des conditions dantesques. Ils étaient suivis en permanence par les services secrets russes et devaient faire un rapport tous les deux jours sur leurs activités. «On était dans un endroit stratégiqu­e, très opaque», se souvient François Jacob. De rencontre en rencontre, dans le froid mordant de la Sibérie, ils ont aussi trouvé de la chaleur humaine.

«Les gens nous accueillai­ent à un degré vraiment intense. On passait notre vie à tourner, boire, tourner, boire. C’était épouvantab­le et merveilleu­x en même temps», se remémore-t-il en riant.

«Pendant le tournage, on dormait dans des appartemen­ts soviétique­s pourris, les tuyaux fuyaient, les vitres étaient cassées. Il faisait -40 chez nous quand on dormait.» – François Jacob, réalisateu­r

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