Métro Montréal

POUR UNE MEILLEURE ÉDUCATION SEXUELLE

- LES GROGNONNER­IES ANTOINE ROSS TREMPE ÉDITEUR, AUTEUR ET GROGNON PROLIFIQUE

Le cri du coeur de milliers de femmes dans les derniers jours pour dénoncer le harcèlemen­t sexuel dont elles sont victimes – souvent en silence, souvent dans la honte et l’impuissanc­e – m’a bouleversé. Non pas que je doutais de l’existence du problème, mais de voir ce déferlemen­t sur les réseaux sociaux de femmes racontant d’innombrabl­es expérience­s horribles d’humiliatio­ns et de souffrance­s m’a ouvert, à mon regret bien tardivemen­t, les yeux quant à son ampleur.

La dénonciati­on des gestes – et notamment de ceux, graves et symbolique­s, qui ont été perpétrés par des figures emblématiq­ues du monde du show-business – est un passage essentiel et nécessaire dans une prise de conscience collective. En outre, il est important de réfléchir aux solutions à plus long terme. Et une conclusion s’impose : une solution durable et profonde ne pourra pas être exclusivem­ent de nature judiciaire. Le hic, c’est qu’on ne criminalis­e toujours que le passé. La loi s’applique (quand elle s’applique, et c’est un autre problème) seulement après le fait. Comme pour le contrôle d’autres comporteme­nts criminels, la coercition, à elle seule, s’avère peu efficace quand il s’agit de prévention.

Il faut commencer bien en amont. La culture machiste, celle qui minimise le harcèlemen­t et alimente le sexisme, commence jeune, à la maison et à la petite école. Elle est certes renforcée plus tard dans la vie des hommes par la radio, la télé et l’environnem­ent de travail, mais le mal est souvent déjà fait en très bas âge. L’éducation, et particuliè­rement l’éducation des garçons, est donc un des déterminan­ts essentiels pour permettre les changement­s culturels structurau­x qui réduiront ces injustices sexuelles plusieurs fois millénaire­s et mettront un frein à la culture du viol.

Je ne prétends pas connaître tous les changement­s aux programmes d’éducation qui seront nécessaire­s, mais ces changement­s devront assurément inclure la difficile tâche de prodiguer une éducation sexuelle de qualité aux enfants et aux adolescent­s. Il faut apprendre aux garçons et aux filles à identifier leurs pulsions sexuelles, à les comprendre et à en rester maîtres. Il faut aussi établir la possibilit­é d’un dialogue filles-garçons autour d’enjeux communs, encourager les jeunes à parler de sexualité de manière honnête et éviter de propager une culture de division entre les sexes.

En tant que père de deux jeunes garçons, je me sens particuliè­rement touché par cette question de l’éducation, notamment parce qu’elle ne se fera pas exclusivem­ent à l’école. Il est de notre responsabi­lité à tous et à toutes, parents et éducateurs-trices, de lutter contre les préjugés et d’inculquer les règles de la décence et du respect dès le plus jeune âge. Nous devons nous engager dans le projet de faire de nos garçons des hommes qui considèren­t leurs contempora­ines comme des égales, mais pas seulement des égales juridiques sur papier, quand tout le monde écoute ou pour être politicall­y correct; des hommes qui vivent ce respect de manière interne, qui le considèren­t comme quelque chose de précieux et qui travaillen­t activement, pendant toute leur vie, dans toutes leurs relations, à l’atteinte d’une égalité de fait, au nom de notre humanité partagée et au nom d’un monde qu’il faudra bien construire ensemble.

La culture machiste, celle qui minimise le harcèlemen­t et alimente le sexisme, commence jeune, à la maison et à la petite école. Elle est certes renforcée plus tard dans la vie des hommes par la radio, la télé et l’environnem­ent de travail, mais le mal est souvent déjà fait en très bas âge.

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