PLACE À L’ANI­MA­TION!

Dis­cus­sion. Ils sont tous deux illus­tra­teurs et ont quelques livres à leur ac­tif. Et ils ont tous deux réa­li­sé une pre­mière oeuvre d’ani­ma­tion. Les nou­veaux ci­néastes (et amis) Ca­the­rine Le­page et Pas­cal Blan­chet pré­sentent le fruit de leur tra­vail en mou

Métro Montréal - - LA UNE - MA­RIE-LISE ROUS­SEAU ml­rous­[email protected]­nal­me­tro.com

Les illus­tra­teurs Pas­cal Blan­chet et Ca­the­rine Le­page ain­si que le ci­néaste Ro­dolphe Saint-Ge­lais pré­sentent leurs oeuvres d’ani­ma­tion aux Som­mets du cinéma d’ani­ma­tion.

La pre­mière a réa­li­sé Le mal du siècle, court film qui aborde avec es­prit et hu­mour la pres­sion so­ciale liée à la per­for­mance. Alors qu’une femme se dé­crit de fa­çon idéale en ne nom­mant que ses qua­li­tés, la trame vi­suelle évoque le trop-plein qu’elle res­sent.

Le deuxième s’est joint au ci­néaste Ro­dolphe Saint-Ge­lais pour me­ner à bien Le cor­tège, court mé­trage dans le­quel une femme dé­cé­dée s’adresse à son ma­ri en­deuillé. L’oeuvre montre avec beau­coup de poé­sie la vio­lence que cause la perte d’un être ai­mé.

Re­tour sur ces ex­pé­riences en com­pa­gnie des trois ar­tistes.

Qu’est-ce qui vous a don­né en­vie de pas­ser de l’illus­tra­tion à l’ani­ma­tion?

Pas­cal Blan­chet : J’ai tou­jours vu les livres comme un com­pro­mis. En l’oc­cur­rence, il man­quait la musique et le mou­ve­ment. J’as­pi­rais donc à faire de l’ani­ma­tion. Il a fal­lu que l’ONF vienne à moi, si­non c’est un peu comme es­sayer de grim­per une for­te­resse. (Rires) En fait, j’ai sou­mis un pro­jet au concours Ci­néaste re­cher­ché(e) à l’ONF, puis [la pro­duc­trice] Ju­lie Roy m’a ap­pro­ché.

Ca­the­rine Le­page : J’avais aus­si une at­ti­rance vers l’ani­ma­tion, mais je voyais ça comme quelque chose de très gros; ça l’est, d’ailleurs. Puis, mon ami Pas­cal Blan­chet a com­men­cé à faire un film à l’ONF. (Rires) Chaque fois qu’on se voyait, je lui po­sais des ques­tions : «Pis, com­ment ça va?» J’étais vrai­ment en­vieuse. Un jour, il m’a pro­po­sé de sou­mettre un pro­jet.

Vous aviez au dé­part peu ou pas d’ex­pé­rience en cinéma. Pas­cal, est-ce pour­quoi vous avez fait ap­pel à Ro­dolphe? P. B. : Oui. Il fal­lait qu’un ani­ma­teur se joigne à moi, si­non il n’y au­rait pas eu de film.

Ro­dolphe Saint-Ge­lais : L’idée était de prendre les illus­tra­tions de Pas­cal pour en faire un film. Il fal­lait y mettre du rythme, de la du­rée, leur don­ner une cer­taine vie.

Qu’avez-vous le plus ai­mé dans ce pro­ces­sus de créa­tion?

P. B. : Je pense que c’est la ri­chesse nar­ra­tive que le cinéma ap­porte. Et puis, dans un livre, il faut tout ex­pli­quer si­non on ne com­prend pas, tan­dis que, dans un film, on peut en­tendre une chose et en voir une autre.

R. S.-G. : On peut se per­mettre d’avoir ce double lan­gage au cinéma…

P. B. : Double et même triple, parce qu’il y a le son, la nar­ra­tion, la musique, l’image…

C. L. : J’ai ai­mé l’ex­pé­rience, car ça m’a ou­verte à de nou­velles pos­si­bi­li­tés créa­tives et ça m’a sor­tie de ma rou­tine.

À l’in­verse, quel a été votre plus grand dé­fi?

R. S.-G. : Dans notre cas, faire un film de 11 mi­nutes nous a pris 4 ans. Il faut avoir une idée avec la­quelle on est prêt à vivre toutes ces an­nées sans se las­ser.

C. L. : Quand j’ai com­men­cé la pro­duc­tion et que j’ai vu l’an­née de tra­vail de­vant moi, j’ai trou­vé ça long!

P. B. : Tu as eu peu de temps, en plus…

C. L. : J’ai «clan­ché». C’est pour ça que je ne dî­nais pas le mi­di! (Rires) Ç’a été 10 mois de pro­duc­tion; pour moi, c’était long! Je ne pou­vais pas me consa­crer à autre chose, alors que j’ai l’ha­bi­tude de tra­vailler à di­vers pro­jets à la fois.

Qu’est-ce qui vous a ins­pi­ré?

C . L. : Je suis par­tie de mes livres [12 mois sans in­té­rêt, Fines tranches d’an­goisse et Zoo­thé­ra­pie]. Pour un pre­mier film, je pen­sais que par­tir d’une ma­tière que je connais­sais bien me don­ne­rait plus de fa­ci­li­té. Fi­na­le­ment, ce n’est pas si simple de pas­ser du livre au film, en­core moins de trois livres à un film! Je suis pas­sée des images dans les­quelles je voyais une plus-va­lue à l’idée de les faire bou­ger. Puis, j’ai écrit une trame nar­ra­tive pour rendre ça co­hé­rent. En fai­sant men­tir un peu les images par rap­port aux pro­pos de la nar­ra­trice, on a joué avec la coche de plus que le cinéma per­met.

P. B. : Moi, c’est pas mal tou­jours la même chose : tous mes pro­jets per­son­nels traitent de la dis­pa­ri­tion… Je dois avoir un pro­blème avec ça! J’avais dé­jà l’idée de tous ces dé­cors qui rap­pellent le cinéma des an­nées 1940-1950, d’une fa­mille qui vit des fu­né­railles… Puis, ça s’est cris­tal­li­sé au­tour de l’his­toire d’amour.

Dans vos films, on re­con­naît votre si­gna­ture et vos uni­vers vi­suels. Avez-vous eu à adap­ter vos mé­thodes de tra­vail? P. B. : Oui, vu que Ro­dolphe a tra­vaillé les per­son­nages.

R. S.-G. : Au dé­but, j’es­sayais de re­pro­duire le style de Pas­cal pour ani­mer les per­son­nages, mais ra­pi­de­ment, le na­tu­rel est re­ve­nu. Le cinéma, c’est une col­la­bo­ra­tion. Rien ne peut se faire seul. [...]

C. L. : C’est un acte de foi aus­si, parce qu’on confie notre style d’illus­tra­tion à quel­qu’un. Ça peut être in­quié­tant. L’ONF a en­ga­gé une ani­ma­trice, Agathe Bray-Bour­ret. Je tiens à la nom­mer, car elle a fait un tra­vail ex­tra­or­di­naire. Je n’ai pas eu à faire de com­pro­mis; elle a sai­si mon style. J’ai été chan­ceuse.

La trame so­nore oc­cupe une place im­por­tante dans vos oeuvres. Vous avez tous fait ap­pel à Phi­lippe Brault, et Pierre La­pointe s’est joint à l’équipe du Cor­tège. Com­ment avez-vous abor­dé cet as­pect du tra­vail?

P. B. : Pierre a été mon pre­mier

collaborat­eur. Comme je ve­nais tout juste de faire les vi­suels de son al­bum Paris tris­tesse, je l’ai ap­pro­ché dès que j’ai su que j’al­lais de l’avant. C’était aus­si une tech­nique pour ha­me­çon­ner l’ONF, et ç’a mar­ché! (Rires)

R. S.-G. : Très tôt, il nous a don­né des ma­quettes. Sa musique nous a ac­com­pa­gnés pen­dant trois ans. On a construit les images en fonc­tion de ça. Le rythme du film n’au­rait pas été le même si on n’avait pas eu les mé­lo­dies de Pierre dès le dé­but.

C. L. : Dès le dé­but, je vou­lais tra­vailler avec un mu­si­cien, mais on m’a dit d’at­tendre à la fin. J’ai donc mon­té mon film avec de la musique d’ar­chives de l’ONF, et j’ai re­gret­té de ne pas avoir sui­vi mon ins­tinct. C’est mer­veilleux ce que Phi­lippe Brault a com­po­sé, mais je n’au­rais pas fait les choses de la même ma­nière si j’avais eu sa musique en amont.

Di­riez-vous que l’ani­ma­tion vous a per­mis de réa­li­ser des oeuvres plus abou­ties?

P. B. : En fait, il y a une ef­fi­ca­ci­té de com­mu­ni­ca­tion au cinéma, parce qu’on trans­met plein de choses en même temps : une am­biance par la musique, une nar­ra­tion par l’écrit…

C. L. : En une image, on peut ex­pri­mer ce qui pren­drait trois pages dans un livre.

P. B. : Exac­te­ment! Sauf que c’est un es­ti de casse-tête à faire com­pa­ré à un livre! (Rires)

/ JOSIE DES­MA­RAIS/MÉ­TRO ET ONF

(image de gauche). Ca­the­rine Le­page a réa­li­sé Le mal du siècle.

Pas­cal Blan­chet et Ro­dolphe Saint-Ge­lais sont der­rière le court mé­trage Le cor­tège

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.