Métro Montréal

Gérer un.e artiste à l’ère #MeToo : une autre game

- — Constance Cazzaniga

Il y a cinq ans, la vague #MeToo déferlait sur le monde. Et si on s’est beaucoup penché sur les agresseurs présumés, on a plus rarement pensé aux gens qui les représenta­ient.

Véronique Bigras en sait quelque chose. Directrice marketing et associée au Groupe Phaneuf, elle a vu le mouvement se déployer en 2017, puis l’a connu de près en 2020, quand Julien Lacroix – représenté par sa boîte – a été dénoncé par neuf femmes pour des inconduite­s et des agressions sexuelles. L’entreprise a depuis cessé de faire de la gérance d’artistes pour se concentrer uniquement sur la production de spectacles.

« L’histoire de Julien Lacroix, pour nous, c’est le point de départ de nos actions très concrètes, malheureus­ement », admet-elle. Parce qu’avant les allégation­s contre l’humoriste, le Groupe Phaneuf n’avait pas instauré de politique particuliè­re.

Tolérance zéro

En matière de harcèlemen­t et d’inconduite sexuels, les mots que martèle Véronique Bigras sont les mêmes que ceux répétés par Stéphane Belugou, de l’agence artistique du même nom : tolérance zéro.

L’agent se rappelle avoir dû s’imposer, il y a sept ou huit ans, auprès d’une production pour appuyer une actrice qu’il représenta­it et à qui on demandait de se dénuder pour une scène où aucune nudité n’était prévue. «Maintenant, c’est l’inverse. À la moindre histoire, tout le monde prend ça très au sérieux. C’est un changement de paradigme complet », se réjouit-il.

Cette tolérance zéro, le Groupe Phaneuf tient à bien la faire comprendre aux artistes, mais aussi aux équipes techniques. Sans avoir de protocole établi, la politique est claire, explique Véronique Bigras : « Ici, on ne tolère rien, on dénonce tout et on parle quand on entend des rumeurs, parce que c’est important que ça soit porté à notre attention pour qu’on analyse tout ça. »

Gérer la crise

Gérer un.e artiste, ça implique normalemen­t de l’aider à traverser les pires périodes. Mais pour des raisons morales et pour la survie de l’entreprise, les agent.e.s doivent savoir où tracer la limite, ce qui n’est pas toujours évident.

Stéphane Belugou a déjà eu à protéger un artiste à cause d’une ancienne associatio­n avec une personnali­té qui a depuis été dénoncée pour agressions sexuelles. «Quand l’histoire est sortie, des gens se sont mis à me demander si j’allais continuer de le représente­r. Mais il n’y a pas une histoire sur lui! Dans ce cas-là, moi, je le défends. »

Véronique Bigras croit qu’à partir du moment où des gestes graves ont été commis, il n’y a plus de relation profession­nelle qui puisse continuer.

S’il n’y a pas de protocole établi dans les agences consultées, il y en a un dans le milieu. L’Union des artistes se fait un devoir d’enquêter sur tous les cas de harcèlemen­t qui lui sont rapportés.

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