GOU­VER­NANCE DE SOI

Photo | Societe - - Focus - [Georges Vignaux / Phi­lo­sophe] [Pierre Fra­ser / So­cio­logue]

La gou­ver­nance de soi ren­voie à la ca­pa­ci­té d’un in­di­vi­du à conte­nir son corps et à éta­blir un juste rap­port à la col­lec­ti­vi­té et au monde en gé­né­ral.

Cette saine gou­ver­nance de soi n’est ren­due pos­sible qu’à la condi­tion ex­presse de mettre en pra­tique de fa­çon ef­fi­cace les quatre de­voirs im­po­sés par la con­te­nance de soi, c’est-à-dire que la pra­tique de ces de­voirs forme un en­semble de contrôles po­si­tifs qui per­mettent la gou­ver­nance de soi. La con­te­nance de soi est in­du­bi­ta­ble­ment au coeur même de l’exer­cice de la gou­ver­nance de soi. Elle a tout à voir avec le lien so­cial, au moi en com­pa­gnie, à l’in­di­vi­du en so­cié­té, au lien avec l’autre : elle est cette ca­pa­ci­té au self-control. Au­tre­ment dit, une fois les quatre de­voirs de con­te­nance de soi cor­rec­te­ment ac­com­plis, qui per­mettent d’éta­blir un juste rap­port à soi-même et à son propre corps, il est dès lors pos­sible d’éta­blir une re­la­tion équi­li­brée au col­lec­tif et au monde en gé­né­ral.

Trois évé­ne­ments, au XVIIe siècle, contri­bue­ront à la mise en pra­tique des de­voirs im­po­sés par la con­te­nance de soi : (i) les trai­tés de ci­vi­li­tés qui en­gagent le corps dans une pra­tique de mo­dé­ra­tion et de re­te­nue ; (ii) le pas­sage du sta­tut d’être un corps à ce­lui d’avoir un corps dont l’in­di­vi­du est in­di­vi­duel­le­ment et so­cia­le­ment res­pon­sable — un corps de­ve­nu por­teur d’iden­ti­tés so­ciales, un corps de­ve­nu vec­teur d’épa­nouis­se­ment. Par exemple, les dé­bor­de­ments adi­peux de l’obèse se­raient la preuve d’un dé­faut de con­te­nance de soi : ils se lisent dans son phy­sique, dé­notent quelque chose de non maî­tri­sé et d’in­gou­ver­nable, qui me­nacent son corps à la fois de l’in­té­rieur et de l’ex­té­rieur. De l’in­té­rieur, parce que son mé­ta­bo­lisme, de­ve­nu in­gou­ver­nable par son at­ti­tude elle-même non gou­ver­née, semble sans cesse pro­duire de la masse adi­peuse. De l’ex­té­rieur, parce qu’il ne sait ré­sis­ter ou éta­blir le juste équi­libre entre toutes les ten­ta­tions qui lui sont pro­po­sées. Dans un tel contexte, le corps n’est pas un vec­teur d’épa­nouis­se­ment, car l’épa­nouis­se­ment passe for­cé­ment par la con­te­nance de soi.

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