LA CA­LO­RIE

Photo | Societe - - Focus - [Georges Vignaux / Phi­lo­sophe] [Pierre Fra­ser / So­cio­logue]

La ca­lo­rie, de­puis le dé­but du XXe siècle, s’est im­po­sée comme me­sure du sain et du mal­sain. Mal­sain, dans le sens où si elle est in­gé­rée en trop grande quan­ti­té, elle risque de fa­vo­ri­ser la prise de poids. Sain, dans le sens où si elle est consom­mée en quan­ti­té rai­son­nable, c’est-à-dire le seuil éner­gé­tique qu’exige quo­ti­dien­ne­ment le corps, elle ne pose au­cun pro­blème. Mais voi­là, la ca­lo­rie est pré­sente dans le moindre ali­ment.

L’in­dus­tria­li­sa­tion de l’agri­cul­ture et de la trans­for­ma­tion ali­men­taire, le dé­ve­lop­pe­ment de la res­tau­ra­tion ra­pide, l’abon­dance ac­crue des ali­ments, un mode de vie de­ve­nu de plus en plus sé­den­taire, des em­plois exi­geant de moins en moins de force phy­sique, le dé­ve­lop­pe­ment de la ban­lieue à l’amé­ri­caine, les in­ter­mi­nables heures pas­sées de­vant la té­lé­vi­sion, l’or­di­na­teur ou la console de jeux, sont tous des phé­no­mènes qui ont lar­ge­ment contri­bué à lo­ger la ca­lo­rie dans les moindres re­coins de l’exis­tence.

La ca­lo­rie est dans ce smoo­thie ache­té au coin de la rue, dans la barre tendre, dans les so­das, dans le fast-food, dans les frites, dans les ham­bur­gers, dans les mets pré­pa­rés, dans les cé­réales, dans les piz­zas, etc. Elle se re­trouve dans les dis­tri­bu­teurs au­to­ma­tiques ins­tal­lés dans les écoles, les hô­pi­taux, les ca­fé­té­rias, les aré­nas, les cinémas, les lieux pu­blics. Elle est même dans le type d’em­ploi oc­cu­pé, là où elle ne peut être brû­lée, fa­vo­ri­sée par un tra­vail qui exige peu d’ef­fort phy­sique. Elle se cache in­si­dieu­se­ment dans les moyens de trans­port mo­to­ri­sés pour se rendre au tra­vail. Elle s’em­busque même dans l’amé­na­ge­ment d’un tis­su ur­bain qui ne fa­vo­rise pas l’ac­ti­vi­té phy­sique : ab­sence de trot­toirs, d’éclai­rage adé­quat, de sen­tiers pé­destres, de pistes cy­clables. Elle trouve éga­le­ment re­fuge dans l’es­pace bâ­ti où les rè­gle­ments de zo­nage uni­for­misent le mode d’ha­bi­ta­tion, éloi­gnant d’au­tant l’ac­cès par ses propres moyens de lo­co­mo­tion aux com­merces.

Con­sé­quem­ment, la ca­lo­rie est de­ve­nue un pa­ria de la san­té. Il faut dé­sor­mais la comp­ter, la me­su­rer, la dé­bus­quer, l’af­fi­cher, la maî­tri­ser et trou­ver tous les moyens pos­sibles pour en ju­gu­ler ses im­pacts né­ga­tifs.

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