La so­cia­li­sa­tion d’une gé­né­ra­tion

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Chaque gé­né­ra­tion ap­prend à ai­mer et à voir les choses se­lon ses propres codes, c’est-à-dire se­lon une in­ter­pré­ta­tion qui n’est pas di­rec­te­ment ac­ces­sible à ceux qui n’ont pas ap­pris à dé­cou­vrir les réa­li­tés de la vie en même temps qu’eux. Il en va de même pour les jeunes gé­né­ra­tions qui ont ap­pris à ai­mer les arts mar­tiaux à leur fa­çon. Être en­semble et par­ta­ger des idées, des images de films, les mou­ve­ments des idoles du mo­ment, voi­là ce qui échappent à ceux qui « ne sont plus dans le coup ». Ain­si, les arts mar­tiaux ar­tis­tiques, comme pour les autres types de pra­tiques, sont en constante évo­lu­tion. Cha­cune de ces évo­lu­tions ap­par­tiennent aux nou­velles gé­né­ra­tions parce que la so­cia­li­sa­tion de leur époque per­met de s’in­ves­tir dans ces pra­tiques avec le sens ap­pro­prié, avec la bonne grille d’in­ter­pré­ta­tion et les mots justes pour les par­ta­ger.

Par exemple, Mé­lo­die fait peu de cas des tra­di­tions et des conven­tions ges­tuelles pour les cé­ré­mo­nies pro­to­co­laires. Dans la com­mu­nau­té de pra­ti­ciens de son école d’arts mar­tiaux, elle par­ti­cipe ex­clu­si­ve­ment aux en­trai­ne­ments qui peuvent ser­vir à peau­fi­ner ses per­for­mances en com­pé­ti­tion. Elle ap­prend et re­tient ce qui est utile pour réus­sir dans sa sphère dis­ci­pli­naire, soit les formes tech­niques et les dé­co­rums né­ces­saires à ses pres­ta­tions ar­tis­tiques d’arts mar­tiaux. Face à la di­ver­si­té et la com­plexi­té de ce que peut of­frir une école d’arts mar­tiaux contem­po­raine, Mé­lo­die s’af­faire à sé­lec­tion­ner de ma­nière dis­cré­tion­naire les en­sei­gne­ments qui l’aident à pro­gres­ser dans sa voie artistique.

En fait, on as­siste à la ré­duc­tion des contraintes im­po­sées par les di­rec­tives mo­rales an­ciennes ou tra­di­tion­nelles qui tombent en désué­tude et en désaf­fec­tion. Ce n’est pas tant leur va­leur intrinsèque qui est re­mise en cause, mais on constate leur perte d’uti­li­té, ain­si que leur nui­sance dans la so­cié­té de per­for­mance2. Dans son cas, notre ath­lète ra­tion­na­lise ses actes en fonc­tion de son temps, de ses res­sources et de ses ob­jec­tifs visés. Pour elle, la pra­tique d’un art mar­tial artistique n’est pas un trem­plin vers cer­taines vertus comme la re­cherche d’équi­libre, l’apai­se­ment des ten­sions et du stress, ou en­core le contrôle de soi. Mé­lo­die pos­sède dé­jà ces qua­li­tés, elle n’a pas be­soin du groupe de pra­ti­cien pour les ob­te­nir ou se sen­tir à la hau­teur de ses am­bi­tions. Avec les autres com­pé­ti­teurs de son école, elle ne fait qu’en­tre­te­nir son es­time de soi avec ceux qui per­pé­tuent dé­jà ces va­leurs. Elle évo­lue donc au sein d’un groupe élite qui sont tous pré­sents pour les mêmes rai­sons, soit per­for­mer en com­pé­ti­tion.

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