An­dy Wa­rhol, le vi­sion­naire, avait pro­cla­mé dès 1975 : « Tous les grands ma­ga­sins de­vien­dront des mu­sées et tous les mu­sées de­vien­dront de grands ma­ga­sins. » Une pré­dic­tion qui semble dé­sor­mais s’être réa­li­sée !

Photo | Societe - - Publireportage - Vers une mise en scène des ob­jets du quo­ti­dien ?

La sym­bo­lique des pro­duits de grande consom­ma­tion est de plus en plus forte et om­ni­pré­sente dans notre quo­ti­dien, no­tam­ment en rai­son d’un pro­ces­sus de « dé­pu­bli­ci­ta­ri­sa­tion ». Il s’agit d’une nou­velle forme de pu­bli­ci­té qui se fait plus dis­crète et s’im­misce au­jourd’hui à tous les ni­veaux de notre so­cié­té. Elle in­ves­tit même les ins­ti­tu­tions cultu­relles. Com­ment ex­pli­quer cet hom­mage aux ob­jets du quo­ti­dien ? Pour­quoi met­tons-nous au­jourd’hui ces ob­jets sur un pié­des­tal ? Zoom sur une nou­velle tendance : la glo­ri­fi­ca­tion des ob­jets du quo­ti­dien. Cette tendance semble être due à la tendance 2.0 de mettre en scène notre quo­ti­dien sur les ré­seaux so­ciaux, et illustre bien le phé­no­mène d’ « ex­ti­mi­té de soi » dé­crit par Serge Tis­se­ron qui consiste à mettre en avant tout ou par­tie de son in­ti­mi­té. Il n’est pas ques­tion ce­pen­dant, d’af­fi­cher son quo­ti­dien tel quel : pas de pho­tos mon­trant notre vais­selle sale qui s’en­tasse ! Il s’agit plu­tôt de par­ta­ger des pho­tos re­tou­chées pour don­ner une touche vin­tage au der­nier ca­fé bran­ché dé­ni­ché par nos soins : on glo­ri­fie notre quo­ti­dien et les ob­jets qui nous en­tourent. Dès lors com­ment ex­pli­quer l’im­por­tance gran­dis­sante que l’on ac­corde à des ob­jets que nous je­tions au­pa­ra­vant sans scu­pule ? Les cher­cheuses du GRIPIC, Va­lé­rie Pa­trin-Le­clère et Ca­ro­line Mar­ti de Mon­te­ty, ap­portent un élé­ment de ré­ponse, en mon­trant dans leur es­sai in­ti­tu­lé La fin de la pu­bli­ci­té ?, com­ment les marques sont im­pli­quées dans des pro­ces­sus de pro­duc­tions mé­dia­tiques et cultu­relles. Elle ob­serve que « cette ins­ti­tu­tion­na­li­sa­tion de la mu­séi­fi­ca­tion des marques est en cours ».

An­dy Wa­rhol, ar­tiste new-yor­kais des an­nées 1960, or­ga­ni­sa une ex­po­si­tion au­tour des cé­lèbres conserves de Camp­bell’s Soup. Grâce à la ré­pé­ti­tion d’images jus­qu’à épui­se­ment, le « pape du pop art » met­tait en scène le pou­voir sym­bo­lique des ob­jets du quo­ti­dien. Une ma­nière in­no­vante et ef­fi­cace de jouer avec la so­cié­té de consom­ma­tion et ses ex­cès pour en faire de vé­ri­tables oeuvres d’art. Dix ans plus tard, Jean Bau­drillard, so­cio­logue et phi­lo­sophe fran­çais, pu­bliait deux ou­vrages : et

de­ve­nus des ré­fé­rences dans les sciences de l’in­for­ma­tion et de la com­mu­ni­ca­tion. L’au­teur y ana­ly­sait no­tam­ment le sens nouveau des ob­jets du quo­ti­dien. Mal­gré la jus­tesse de leur vi­sion, ces per­son­na­li­tés pou­vaient-elles pré­voir l’am­pleur que pren­drait ce phé­no­mène ? Pou­vaient-elles ima­gi­ner que nous col­lec­tion­ne­rions un jour les ob­jets du quo­ti­dien comme de vé­ri­tables ob­jets cultes ? Ce phé­no­mène prend une am­pleur telle, que la col­lec­tion des ob­jets tri­viaux est au­jourd’hui par­fai­te­ment in­té­grée dans les stra­té­gies des mar­ke­teurs et dis­tri­bu­teurs.

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