L’ASILE ET LES MA­LA­DIES DE LA CONSOM­MA­TION

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e temps est de­ve­nu une don­née du mar­ché. Il est ca­pi­ta­liste le temps. Les ma­la­dies re­liées au temps sur­gissent de toutes parts : pro­cras­ti­na­tion, épui­se­ment, dé­pres­sion, etc. Ces ma­la­dies du temps cherchent à ra­len­tir le temps ca­pi­ta­liste. Rien à y faire. L’ir­rup­tion et la conver­gence de deux tech­no­lo­gies tout à fait im­pré­vues — In­ter­net et fibre op­tique — viennent tout bou­le­ver­ser. L’in­for­ma­tion est main­te­nant ins­tan­ta­née. Les dé­lais sont qua­si ré­duits à néant. La bande pas­sante dé­bite des quan­ti­tés as­tro­no­miques d’in­for­ma­tions en quelques na­no­se­condes. De bien ca­pi­ta­liste qu’il était de­ve­nu pour la lo­gique des mar­chés, le temps su­bit une autre trans­for­ma­tion d’im­por­tance avec l’in­tru­sion mas­sive des tech­no­lo­gies nu­mé­riques. Il se vir­tua­lise et se dé­ma­té­ria­lise, tout comme l’in­for­ma­tion. Il de­vient nu­mé­rique. On peut l’ac­cé­lé­rer, le con­trac­ter et le com­pri­mer tout comme on com­prime les fi­chiers in­for­ma­tiques. C’est une ré­vo­lu­tion. Le temps a main­te­nant une double iden­ti­té. En tant que bien ca­pi­ta­li­sable et en tant que pure in­for­ma­tion me­su­rable. Les spé­cia­listes du mar­ke­ting ont main­te­nant leur Saint Graal. Ils peuvent tout me­su­rer. En fait, tous les pre­neurs de me­sure de ce monde ont main­te­nant leur Saint Graal, car le temps est de­ve­nu une mé­trique comme le disent les spé­cia­listes du Web. En­core là, lo­gique de puis­sance, ins­tru­ment dé­vo­lu à l’ac­crois­se­ment de puis­sance. Cette nou­velle ca­pa­ci­té à pou­voir ac­cé­lé­rer, con­trac­ter et com­pri­mer le temps a for­cé­ment un im­pact. Et il est de taille. L’in­di­vi­du est à la fois de­ve­nu un homme ins­tan­ta­né et un homme de l’ins­tan­ta­né. Un homme ins­tan­ta­né dans le sens d’une vie ryth­mée par ses dé­si­rs et non ses be­soins, dé­si­rs de consom­ma­tion et de pul­sions qu’il doit as­sou­vir ici et main­te­nant. Ce fai­sant, il pense abo­lir le temps. Il est aus­si un homme de l’ins­tan­ta­né, dans le sens d’une vie constam­ment en­gluée dans l’ur­gence et l’im­mé­dia­te­té, comme si la vi­tesse de ré­so­lu­tion des pro­blèmes, pou­vait, à elle seule, don­ner du sens à l’ac­tion. Un homme ins­tan­ta­né, dans le sens d’un flux ten­du constant, tout comme l’est le com­merce mon­dia­li­sé, tout com-

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