▲Deux com­mer­çants pour le prix d’un : la dame qui dis­cute avec le client, l’homme qui em­balle ce qui vient d’être ache­té

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Sur cette pho­to, mon­sieur An­tho­ny Lau­riot et sa conjointe, pro­prié­taires du com­merce Fou du Bio, fi­na­lisent une vente : ma­dame pour­suit la dis­cus­sion avec le client, alors que mon­sieur em­balle les achats. Le com­merce Fou du Bio est ins­tal­lé de fa­çon per­ma­nente au Mar­ché Pu­blic du Vieux-Port de Qué­bec. Comme me le fai­sait re­mar­quer mon­sieur Lau­riot, son plus grand plai­sir ne ré­side pas dans le seul fait d’avoir réa­li­sé de bonnes ventes dans une seule et même jour­née, mais bien de re­voir les clients qu’il a dé­jà ser­vis. Avec le temps, il a réus­si à se consti­tuer une pe­tite clien­tèle d’in­con­di­tion­nels. De là, toute la di­men­sion de la proxi­mi­té avec le consom­ma­teur qui se ré­vèle, qui fait ren­de­ment, qui fait pro­fit. Faut-il ici pré­ci­ser que seule une clien­tèle bien nan­tie et conscien­ti­sée à l’ali­men­ta­tion bio et à une agri­cul­ture du­rable est sus­cep­tible d’ache­ter les pro­duits pro­po­sés par mon­sieur Lau­riot. Au­tre­ment dit, il existe bel et bien des niches com­mer­ciales qui, si elles sont adé­qua­te­ment ex­ploi­tées, per­mettent à un com­mer­çant de ti­rer son épingle du jeu et de dé­ga­ger des pro­fits in­té­res­sants. Ce qui m’a le plus in­ter­pel­lé dans le dis­cours de ces com­mer­çants à pro­pos de l’ali­men­ta­tion bio­lo­gique, c’est qu’ils n’en font pas une or­tho­doxie, alors que d’autres com­mer­çants, qui vendent là, eux aus­si, des pro­duits bio­lo­giques, ont un dis­cours un peu plus dog­ma­tique sur les ver­tus d’une pro­duc­tion à ca­rac­tère du­rable, d’une mise en mar­ché équi­table et d’une consom­ma­tion res­pon­sable. L’im­pres­sion que la chose laisse, c’est un peu comme si ces deux com­mer­çants s’étaient adap­tés de fa­çon tout à fait créa­tive aux pres­sions du mar­ché, tout en pour­sui­vant leur travail pé­da­go­gique d’éducation en­vi­ron­ne­men­tale — car ils le font en­core et tou­jours avec leurs clients —, et qu’ils avaient re­lé­gué tout l’as­pect idéa­liste et ac­ti­viste dans un quel­conque ti­roir pour faire face à la réa­li­té com­mer­ciale. Ce choix, et s’il s’agit ef­fec­ti­ve­ment de ce choix, est sû­re­ment ren­table, puisque, au cours des vingt mi­nutes où j’ai été présent pour prendre des pho­tos, les clients n’ont ces­sé d’af­fluer et ont pour la plu­part ache­té quelque chose.

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