Un édi­fice sur les gla­cis

Prestige - - Plaisir -

Les di­ri­geants du YMCA de Qué­bec ne firent pas les af­faires à moi­tié. D’abord, ils choi­sirent le ter­rain idéal, en de­hors de la porte Saint-Jean, sur les an­ciens gla­cis des rem­parts de­ve­nus dis­po­nibles de­puis le dé­part de la gar­ni­son bri­tan­nique en 1871. Sur une par­tie des ter­rains li­bé­rés, on avait d’ailleurs amé­na­gé la place du mar­ché Mont­calm et éri­gé la halle Mont­calm (où se trouve au­jourd’hui le Pa­lais Mont­calm). Il fut dé­ci­dé de construire l’édi­fice du YMCA dans l’ali­gne­ment de la rue Saint-Jean du fau­bourg Saint-Jean.

Puis, ayant amas­sé suf­fi­sam­ment de fonds, les di­ri­geants du YMCA de Qué­bec firent ap­pel aux ar­chi­tectes de To­ron­to, de Mon­tréal et de Qué­bec pour des pro­po­si­tions de plans d’un édi­fice. Six bu­reaux d’ar­chi­tectes ré­pon­dirent à leur ap­pel. Un co­mi­té du YMCA étu­dia mi­nu­tieu­se­ment les plans ano­nymes, si­gnés que de pseu­do­nymes. Ils choi­sirent fi­na­le­ment, en juillet 1878, les plans si­gnés Fi­déo. En ou­vrant une en­ve­loppe ca­che­tée, ils ap­prirent fi­na­le­ment que ce fa­meux Fi­déo n’était nul autre que Jo­seph-Fer­di­nand Pea­chy, un ar­chi­tecte de Qué­bec qui ré­si­dait dans le fau­bourg Saint-Jean. C’était un an­cien élève et un an­cien as­so­cié de l’ar­chi­tecte Charles Baillair­gé. De­puis l’éta­blis­se­ment à Qué­bec de son ar­riè­re­grand-père, John Pea­chy, vers 1773, sa fa­mille s’était peu à peu fran­ci­sée. Et c’est l’ar­chi­tec­ture en vogue en France qui pas­sion­nait et in­fluen­çait l’ar­chi­tecte Pea­chy.

Un édi­fice pu­re­ment fran­çais… pour les an­glo­phones

C’est en 1879 que fut éri­gé l’édi­fice du YMCA. Il sus­ci­ta l’ad­mi­ra­tion des pas­sants. Pea­chy avait conçu un élé­gant édi­fice de style fran­çais Se­cond Em­pire, aux murs re­vê­tus de pierre cal­caire, coif­fé d’une toi­ture man­sar­dée cou­verte d’ar­doise po­ly­chrome et per­cée de lu­carnes cin­trées. Dès l’inau­gu­ra­tion de l’édi­fice, le rez-de-chaus­sée fut ré­ser­vé à des éta­blis­se­ments com­mer­ciaux, dont les frais de lo­ca­tion consti­tuaient des re­ve­nus pour le YMCA. Au fil des ans,

L’édi­fice du YMCA était fré­quen­té par les jeunes gens an­glo­phones et pro­tes­tants. Pour les jeunes gens fran­co­phones et ca­tho­liques, les re­li­gieux de Saint-Vincent de Paul or­ga­ni­saient les « pa­tro­nages » ou « pa­tros », dont l’un était si­tué à proxi­mi­té, dans la côte d’Abraham.

Une bible de pierre

Dans les an­nées 1930, le YMCA quit­ta cet en­droit pour em­mé­na­ger dans son nou­vel édi­fice Holt du bou­le­vard Saint-Cy­rille. En 1947, une tra­vée du vieil édi­fice du YMCA fut dé­mo­lie pour per­mettre la construc­tion de la fa­çade du Cinéma de Pa­ris. Mal­gré les ou­trages des ans, un élé­ment in­té­res­sant sur­vit tou­jours au lin­teau de ce qui était la porte prin­ci­pale. On peut y voir une bible sculp­tée dans la pierre. Un oeil aver­ti peut même y lire l’ins­crip­tion « Matt. XXlll, 8 ». Et voi­ci ce que nous dit l’Évan­gile de Ma­thieu à ce ver­set : « Vous n’avez qu’un seul Maître et vous êtes tous frères ». Ce qui re­flète bien l’es­prit de fra­ter­ni­té du YMCA.

Cette bible de pierre et la fa­çade du vieil édi­fice se­ront res­tau­rées et in­té­grées au com­plexe Le Diamant de la dy­na­mique équipe de l’homme de théâtre, Ro­bert Le­page.

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