Éditorial

Prestige - - Éditorial - Ma­rie-Jo­sée Turcotte Édi­trice

Lorsque j’avais 16 ans, ma vie a pris un tour­nant ma­jeur. En fait, pas tant ma vie que ma ma­nière de l’ap­pré­hen­der. L’élé­ment dé­clen­cheur : le film Ka­rate Kid; la ver­sion ori­gi­nale de 1984, il va sans dire ! L’his­toire de ce ga­min victime d’in­ti­mi­da­tion, qui par­vient à af­fron­ter ses dé­trac­teurs grâce à l’en­traî­ne­ment ri­gou­reux d’un grand maître d’arts mar­tiaux (cher mon­sieur Miya­gi…) a ins­pi­ré la jeune fille ti­mide et in­tro­ver­tie que j’étais à vou­loir prendre sa place. Le do­jo où je m’en­traî­nais à l’époque est ain­si de­ve­nu ma deuxième maison, et les ka­ra­té­kas avec les­quels je par­ta­geais cette nouvelle pas­sion, ma se­conde fa­mille. Au sein de cet en­vi­ron­ne­ment sti­mu­lant, où les oc­ca­sions de re­le­ver des dé­fis étaient nom­breuses, j’ai ap­pris à me battre non seule­ment phy­si­que­ment (entre autres choses…), mais aus­si men­ta­le­ment. Le ka­ra­té a fait de moi une femme confiante en ses propres ca­pa­ci­tés. Il m’a ap­pris à me re­le­ver quand je tombe, à en­cais­ser la souf­france quand celle-ci frappe, à re­pous­ser mes propres li­mites.

Trente ans plus tard, je suis en­core une fière ka­ra­té­ka et, en tant qu’ins­truc­trice ad­jointe, je suis heu­reuse de pou­voir trans­mettre mon sa­voir à la pro­chaine gé­né­ra­tion, dont fait par­tie ma fille de 11 ans. Rien n’est plus sa­tis­fai­sant que de voir un in­di­vi­du – en­fant, ado­les­cent ou adulte – se trans­for­mer grâce aux arts mar­tiaux. Et croyez-moi, par­fois, la trans­for­ma­tion est spec­ta­cu­laire ! Mais je crois qu’elle le se­rait tout au­tant avec la pra­tique d’un autre sport. J’ai de très beaux exemples au­tour de moi de per­sonnes qui s’in­ves­tissent, par exemple, dans le cy­clisme, la na­ta­tion, le ten­nis, le soc­cer, le bas­ket­ball… Toutes ces disciplines, comme les arts mar­tiaux, en­seignent le dé­pas­se­ment de soi, la dis­ci­pline, la per­sé­vé­rance, le res­pect.

C’est la rai­son pour la­quelle je crois au­tant aux pro­grammes sports-études. S’il est pri­mor­dial d’en­sei­gner à nos en­fants à bien écrire et à comp­ter, il est tout aus­si im­por­tant de leur ap­prendre à mettre les ef­forts né­ces­saires pour ob­te­nir les ré­sul­tats es­comp­tés. Aus­si im­por­tante que les connais­sances, il y a l’at­ti­tude. Il existe as­su­ré­ment plu­sieurs mé­thodes pour dé­ve­lop­per son cer­veau, mais le sport re­pré­sente, à mes yeux, la voie royale pour dé­ve­lop­per sa té­na­ci­té, son es­prit de com­ba­ti­vi­té ain­si que bien d’autres qua­li­tés. Hon­nê­te­ment, je connais bien peu de spor­tifs, ama­teurs ou de ca­libre, qui ne sont pas aus­si per­for­mants à l’école ou au tra­vail. Ce sont en général des êtres qui né­go­cient bien avec la pres­sion et qui perdent ra­re­ment pied devant les re­vers et les obs­tacles. Si ce ne sont pas de belles com­pé­tences trans­ver­sales, ça... ! Et la beauté de la chose, c’est qu’il n’est ja­mais trop tard pour s’in­ves­tir dans une dis­ci­pline qui nous en­sei­gne­ra aus­si un art de vivre.

Je sou­haite donc à cha­cun d’entre vous de trouver ce sport qui vous amè­ne­ra à re­le­ver avec suc­cès le dé­fi de la vie. Je vous in­vite éga­le­ment à lire notre reportage en page 74 sur la course à pied, où deux pas­sion­nés d’ul­tra­ma­ra­thons ra­content leur pas­sion pour ce sport qui re­pousse toutes les li­mites men­tales et phy­siques. Une belle source d’ins­pi­ra­tion !

Bon été et on se re­trouve en sep­tembre !

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