Montréal conti­nue de perdre des mil­liards de litres d’eau po­table

Progrès Saint-Leonard - - ACTUALITÉS - SI­MON MAUVIEUX / JOUR­NAL MÉ­TRO

Montréal pro­duit moins d’eau po­table, mais son réseau d’aque­duc en­re­gistre au­tant de fuites que dans les sept der­nières an­nées, se­lon le bi­lan de l’usage de l’eau po­table 2017 pré­sen­té la se­maine der­nière au co­mi­té exé­cu­tif.

Au cours de la der­nière an­née, la Ville a bais­sé sa pro­duc­tion d’eau po­table de 3,5%, pas­sant de 588 à 567 mil­lions de mètres cubes. De­puis 2001, c’est 183 mil­lions de mètres cubes d’eau qui ont été pro­duits en moins, ce qui cor­res­pond à une di­mi­nu­tion de 24%.

Le res­pon­sable des in­fra­struc­tures de l’eau au co­mi­té exé­cu­tif de la ville de Montréal, Syl­vain Ouel­let, s’est ré­joui de cette pro­gres­sion, tout en af­fir­mant que «tout n’est pas par­fait»

En ef­fet, le taux de pertes d’eau n’a pas évo­lué de­puis sept ans et stagne au­tour de 30% de toute l’eau po­table que la Ville pro­duit dans ses usines. La faute est at­tri­buable à un réseau d’aque­duc en pi­teux état, qui né­ces­site d’im­por­tants tra­vaux. Mais cette pro­por­tion s’ex­plique aus­si par une sur­veillance du réseau de plus en plus évo­lué qui en­re­gistre mieux les fuites. Les chiffres des der­nières an­nées se­raient donc moins fiables et peut-être sous-es­ti­més com­pa­ra­ti­ve­ment à ceux de cette an­née, d’au­tant que si le taux est le même, le vo­lume d’eau per­du est en baisse puisque la Ville pro­duit de moins en moins d’eau po­table.

«Re­ta­per les in­fra­struc­tures vé­tustes, c’est la pre­mière chose à faire. Ce­pen­dant, on peut faire des choses pour al­ler plus loin, comme la re­cherche de fuites avec des dé­tec­teurs sur le réseau pour nous avi­ser au­to­ma­ti­que­ment quand une fuite est dé­tec­tée», a af­fir­mé M. Ouel­let.

Pour Jean La­croix, le pré­sident-di­rec­teur gé­né­ral de Réseau En­vi­ron­ne­ment, un re­grou­pe­ment de spé­cia­listes des en­jeux en­vi­ron­ne­men­taux, la ques­tion de l’eau doit avant tout être ana­ly­sée en fonc­tion de l’im­por­tant dé­fi­cit d’en­tre­tien de l’in­fra­struc­ture de la Ville. Il es­time que les ré­sul­tats sont en­cou­ra­geants et il note une véritable volonté politique de l’ac­tuelle et de la pré­cé­dente ad­mi­nis­tra­tion mu­ni­ci­pale à amé­lio­rer les aque­ducs.

«On de­vrait dou­bler le rythme [des investissements] si on veut rat­tra­per les choses, mais ces in­fra­struc­tures sont sous terre. Est-ce qu’on est prêt à avoir plus de tra­vaux et dou­bler les cônes orange à Montréal», s’est-il de­man­dé.

En 2011, Qué­bec avait fixé un ob­jec­tif aux mu­ni­ci­pa­li­tés, soit ce­lui de ré­duire de 20% les pertes d’eau d’ici 2017. Les chiffres an­non­cés dé­montrent que la Ville de Montréal a en­core du pain sur la planche. En re­vanche, elle a at­teint et même dé­pas­sé l’ob­jec­tif de ré­duire de 20% sa pro­duc­tion d’eau par rap­port à 2001.

Pour amé­lio­rer son bi­lan, la Ville a no­tam­ment ci­blé les cli­ma­ti­seurs d’eau, pour­tant in­ter­dits à la vente à Montréal de­puis 2013. Ces ap­pa­reils pour­raient mul­ti­plier par dix la consom­ma­tion d’eau d’un lo­ge­ment. Se­lon Syl­vain Ouel­let, ces cli­ma­ti­seurs consom­me­raient 5% de toute l’eau pro­duite à Montréal. Il s’agit d’un chiffre fa­ra­mi­neux compte te­nu des al­ter­na­tives à ce genre de cli­ma­ti­seur et à leur in­ter­dic­tion.

«La rè­gle­men­ta­tion est dé­jà en place, a rap­pe­lé l’élu res­pon­sable de l’eau à la Ville de Montréal. Il est in­ter­dit de­puis le 1er jan­vier de cette an­née d‘avoir des re­froi­dis­seurs à eau. Mais là, il faut que le monde les rem­place. [Il faut] faire aus­si des ins­pec­tions pour les dé­tec­ter.»

Se­lon l’élu, de nom­breux lo­ge­ments construits avant la date d’in­ter­dic­tion conti­nuent d’en uti­li­ser. Pour l’ins­tant, la Ville n’a pas mis en place de res­sources sup­plé­men­taires pour éra­di­quer ces cli­ma­ti­seurs. Des ins­pec­tions ont lieu, a pré­ci­sé l’élu, mais l’ac­cent est da­van­tage mis sur la pré­ven­tion que sur la ré­pres­sion. Au­cune contra­ven­tion n’a été don­née de­puis le 1er jan­vier, a in­di­qué M. Ouel­let.

Pour Jean La­croix, la ques­tion en­tou­rant le gas­pillage de l’eau a plus d’im­pact en étant abor­dée sous l’as­pect fi­nan­cier. «L’eau n’est ni gra­tuite, ni illi­mi­tée, a-t-il dit. In­évi­ta­ble­ment, on se re­trouve à consta­ter que le gas­pillage va avoir un coût».

60 000

L’eau per­due par la Ville en 2017 au­rait pu rem­plir 60 000 pis­cines olym­piques. Au to­tal, ces pertes sont estimées à 170 mil­liards de litres d’eau.

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