Édi­to­rial

Je rêve d’un par­ti po­li­tique qui me parle de science avec fer­veur et convic­tion.

Québec Science - - SOMMAIRE - Par Ma­rie Lambert- Chan

Au cours des pro­chaines se­maines, la cam­pagne élec­to­rale bat­tra son plein. Il y a fort à pa­rier que les can­di­dats far­ci­ront les oreilles des élec­teurs avec des su­jets qu’ils es­timent por­teurs : l’éco­no­mie, l’im­mi­gra­tion, les en­jeux iden­ti­taires, la san­té. Nul be­soin d’une boule de cris­tal pour pré­dire que ces ques­tions, bien qu’elles soient im­por­tantes, ne fe­ront pas le poids (mé­dia­tique) face aux coups bas et aux dé­cla­ra­tions à sa­veur po­pu­liste. On noie­ra dans tout ce bruit des su­jets pri­mor­diaux pour notre ave­nir, tels que l’édu­ca­tion, l’en­vi­ron­ne­ment, le cli­mat et – vous me voyez venir – la science. Celle-ci de­vrait pour­tant être une prio­ri­té pour nos politiciens, puis­qu’elle sous-tend toutes les fa­cettes de notre vie quo­ti­dienne.

Voi­là pour­quoi je rêve d’un par­ti po­li­tique qui ose­ra faire de la science la pierre an­gu­laire de son pro­gramme. Et voi­ci une courte liste d’en­ga­ge­ments que j’ai­me­rais y voir.

FI­NAN­CER ADÉ­QUA­TE­MENT LA RE­CHERCHE FON­DA­MEN­TALE

Bien que le Québec fasse beau­coup mieux que la plu­part des pro­vinces ca­na­diennes en ma­tière de dé­penses pu­bliques pour la re­cherche et le dé­ve­lop­pe­ment, les sommes in­ves­ties se sont néan­moins éro­dées de­puis le dé­but des an­nées 2000, in­diquent des don­nées ré­centes du Con­fe­rence Board of Ca­na­da. C’est une bien mau­vaise nou­velle, car, pen­dant ce temps, des puis­sances scien­ti­fiques émer­gentes ren­flouent les coffres de leurs la­bo­ra­toires, no­tam­ment pour ac­cé­lé­rer la re­cherche fon­da­men­tale, per­çue comme une source d’in­no­va­tions qui se tra­dui­ront en gains éco­no­miques. C’est le cas de la Chine, de l’Inde et de la Co­rée du Sud. Même le pré­sident russe Vla­di­mir Pou­tine a pro­mis que la science re­de­vien­drait une prio­ri­té pour son gou­ver­ne­ment. Afin de de­meu­rer com­pé­ti­tif dans l’éco­no­mie du sa­voir, in­ves­tir en re­cherche est une né­ces­si­té ab­so­lue.

SOU­TE­NIR LA CULTURE SCIEN­TI­FIQUE

On ne le ré­pé­te­ra ja­mais as­sez : une so­lide culture scien­ti­fique fait de nous des ci­toyens plus éclai- rés. En ef­fet, mieux com­prendre les te­nants et les abou­tis­sants des ques­tions de science et de tech­no­lo­gie nous per­met de prendre de meilleures dé­ci­sions in­di­vi­duelles et col­lec­tives. Bref, notre dé­mo­cra­tie s’en sort gran­die. Mais, pour ce­la, en­core faut-il sou­te­nir dé­cem­ment les or­ga­nismes de culture scien­ti­fique dont les moyens de­meurent très li­mi­tés. En 2014, la jour­na­liste Va­lé­rie Borde avait eu cette idée à la fois simple et ef­fi­cace pour re­mé­dier à la si­tua­tion : créer un Fonds pour la culture scien­ti­fique, fi­nan­cé par les Qué­bé­cois (à rai­son de 50 ¢ en moyenne par an­née, se­lon le re­ve­nu de cha­cun) et par les entreprises de plus de 100 em­ployés. On re­met cette idée sur la table ?

ÉLA­BO­RER DES PO­LI­TIQUES PU­BLIQUES FON­DÉES SUR DES DON­NÉES PROBANTES

Nombre de dé­ci­sions gou­ver­ne­men­tales sont mal­heu­reu­se­ment in­fluen­cées par la par­ti­sa­ne­rie et les ef­forts des lob­byistes, ou en­core la­mi­nées par une com­pré­hen­sion la­cu­naire des en­jeux scien­ti­fiques. Or, il existe quan­ti­té de don­nées qui per­met­traient aux élus de pondre des po­li­tiques pu­bliques plus ri­gou­reuses et, au fi­nal, de ne pas gou­ver­ner dans l’igno­rance.

MAIN­TE­NIR LE POSTE DE SCIEN­TI­FIQUE EN CHEF Dans le monde, on ne compte qu’une di­zaine de scien­ti­fiques en chef. Le Québec a la chance d’en avoir un. Leur rôle n’a rien de dé­co­ra­tif; ils sont en quelque sorte les chiens de garde de l’avan­ce­ment des connais­sances. Mais cer­tains dé­ci­deurs, mo­ti­vés par des idéo­lo­gies conser­va­trices, ne le voient pas tou­jours ain­si. En 2008, le gou­ver­ne­ment Har­per a abo­li ce poste au ni­veau fé­dé­ral. Plus ré­cem­ment, le nou­veau pre­mier mi­nistre de l’On­ta­rio, Doug Ford, a congé­dié sans plus de cé­ré­mo­nie la scien­ti­fique en chef de la pro­vince, sans confir­mer of­fi­ciel­le­ment son rem­pla­ce­ment. Comme quoi on ne peut ja­mais consi­dé­rer ce poste pour ac­quis.

Et vous, chers lec­teurs, qu’en pen­sez-vous ? Aimeriez-vous que nos politiciens ac­cordent da­van­tage d’im­por­tance à la science?

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