Tech­no­pop

Québec Science - - SOMMAIRE - Par Ca­the­rine Ma­thys

L’art du dé­bat est l’un des fon­de­ments de nos so­cié­tés dé­mo­cra­tiques. De­puis Aris­tote, on cherche à convaincre l’autre à l’aide des meilleurs ar­gu­ments. C’est en se confron­tant à des po­si­tions dif­fé­rentes de la nôtre qu’on ob­tient une vue d’en­semble plus éclai­rée de la so­cié­té. Or, il semble que cette ha­bi­le­té ne soit pas l’apa­nage ex­clu­sif de l’hu­main, puisque la ma­chine peut dé­sor­mais dé­battre avec nous.

Pro­ject De­ba­ter est une tech­no­lo­gie ba­sée sur l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle (IA) dont le but est de per­mettre à l’hu­main de prendre de meilleures dé­ci­sions. Il s’agit d’une créa­tion d’IBM qui voit en elle son pro­chain grand ja­lon en ma­tière d'IA.

Con­trai­re­ment aux as­sis­tants vo­caux créés pour exé­cu­ter des tâches spé­ci­fiques, ce ro­bot dé­bat­teur ex­plore un ter­ri­toire dif­fé­rent, ce­lui des conver­sa­tions plus longues et plus com­plexes, en dé­ve­lop­pant des ar­gu­ments im­par­tiaux sur des su­jets qui n’ont pas de ré­ponses claires.

En juin der­nier, après cinq ans de tra­vail, Pro­ject De­ba­ter a pu faire une dé­mons­tra­tion d’art ora­toire contre deux hu­mains. Les su­jets de cette joute ver­bale : l’in­té­rêt d’in­ves­tir des dol­lars pu­blics dans la conquête de l’es­pace, ain­si que l’uti­li­té et la per­ti­nence de la té­lé­mé­de­cine. Des thèmes qui n’ont pas été ré­vé­lés à l’avance aux dé­bat­teurs hu­mains, pas plus qu’à la ma­chine qui a été ain­si obli­gée de pui­ser dans un vaste cor­pus de cen­taines de mil­lions d’ar­ticles de jour­naux et de magazines pour éla­bo­rer ses ar­gu­ments. Et elle sa­vait écou­ter aus­si, pour s’adap­ter et don­ner une ré­ponse juste – et par­fois même lan­cer quelques blagues – quand ve­nait le temps de ré­pli­quer. Grâce à la conver­sion de la pa­role au texte, elle pou­vait iden­ti­fier les concepts clés de l’ad­ver­saire et se pré­pa­rer à les ré­fu­ter.

Le ré­sul­tat ? Dans les deux dé­bats, l’au­di­toire, com­po­sé en par­tie d’em­ployés d’IBM, a vo­té en fa­veur de Pro­ject De­ba­ter pour la quan­ti­té d’in­for­ma­tion trans­mise et l’a même trou­vé plus per­sua­sif que l’hu­main dans le se­cond dé­bat. Au fi­nal, la ma­chine est im­pres­sion­nante, même s’il lui reste à raf­fi­ner sa rhé­to­rique, son style et sa maî­trise de la culture hu­maine. Car, pour Aris­tote, il y a trois choses qui nous poussent à avoir confiance en l’ora­teur : le bon sens, la ver­tu et la bien­veillance. L’hu­main a donc en­core quelques lon­gueurs d’avance sur l’IA.

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