DES PI­RATES BIEN IN­TEN­TION­NÉS

Des ha­ckers glanent de l’in­for­ma­tion épar­pillée aux quatre coins du Web pour retrouver des per­sonnes dis­pa­rues.

Québec Science - - SOMMAIRE - Par Maxime Bi­lo­deau

Des ha­ckers glanent de l’in­for­ma­tion épar­pillée sur le Web pour retrouver des per­sonnes dis­pa­rues.

L a lutte est ser­rée entre les 65 équipes qui s’af­frontent en ligne. Les Blue Team Nin­jas ca­ra­colent en tête du clas­se­ment avec 9 705 points, ta­lon­nés de près par les Cy­borg Ban­dits, qui en ont ob­te­nu 7 610. Le poin­tage peut grim­per vite, à coup de 100 points pour une adresse cour­riel, voire 400 pour une sé­rie de pho­tos. Chaque in­for­ma­tion a une va­leur dé­fi­nie en fonc­tion de sa ca­pa­ci­té à faire avan­cer l’en­quête en cours : retrouver une vé­ri­table per­sonne dis­pa­rue.

Bien­ve­nue à la toute pre­mière par­tie or­ga­ni­sée par l’as­so­cia­tion à but non lu­cra­tif Trace Labs, nou­vel­le­ment fon­dée. La com­pé­ti­tion pré­sen­tée à l’oc­ca­sion de la confé­rence de ha­ckers DEFCON To­ron­to, te­nue en juillet 2018, est struc­tu­rée comme un jeu. À l’aide de lo­gi­ciels de « mi­nage » de don­nées comme Car­rot2 et Mal­te­go, qui per­mettent d’ef­fec­tuer des re­cherches très pous­sées, les par­ti­ci­pants dé­nichent de l’in­for­ma­tion pu­blique en ligne dans le but de mettre la main sur la cible. « Seule une frac­tion des gens qui dis­pa­raissent font l’ob­jet de re­cherches sé­rieuses en­tre­prises par la po­lice », ex­plique Ro­bert Sell, fon­da­teur de Trace Labs, qui est aus­si membre d’un groupe de re­cherche et de sau­ve­tage tra­di­tion­nel (qui fouille fo­rêts et cours d’eau) en Co­lom­bie-Bri­tan­nique.

Les sta­tis­tiques tendent à lui don­ner rai­son. En 2017, 78 035 per­sonnes, sur­tout des en­fants (61 % des cas), ont été por­tées dis­pa­rues au pays, se­lon la Gen­dar­me­rie royale du Ca­na­da. Du nombre, en­vi­ron 500 le sont tou­jours. « Les forces de l’ordre ne dis­posent pas du temps et des res­sources né­ces­saires pour me­ner des en­quêtes à par­tir d’in­for­ma­tions en libre ac­cès. Pour­tant, ces der­nières ont le po­ten­tiel de conduire à l’en­droit où se trouvent ces gens », as­sure ce­lui qui tra­vaille en sé­cu­ri­té in­for­ma­tique de­puis 20 ans.

Jus­te­ment, à la ren­contre to­ron­toise, deux in­di­vi­dus ont été re­trou­vés – l’un a été re­pé­ré dans un ré­seau de pros­ti­tu­tion, alors que le se­cond avait re­fait sa vie dans une autre ville.

COL­LA­BO­RA­TION AVEC LA PO­LICE

Dans l’ima­gi­naire po­pu­laire, le pi­rate in­for­ma­tique est né­ces­sai­re­ment un être ma­li­cieux. Pour­tant, les contextes de pi­ra­tage se sont mul­ti­pliés au cours des der­nières an­nées, fait va­loir Éric Pa­rent, pré­sident et fon­da­teur de Lo­gic­net/EVA-Tech­no­lo­gies, une firme spé­cia­li­sée en sé­cu­ri­té in­for­ma­tique. « Les ac­ti­vi­tés qui mettent le pi­ra­tage à l’hon­neur pro­posent dé­sor­mais des com­pé­ti­tions dont les cibles sont des en­tre­prises qui sou­haitent amé­lio­rer leurs mé­ca­nismes de dé­fense in­for­ma­tique », sou­ligne-t-il. Trace Labs s’ins­crit dans cette ten­dance ; c’est une ma­nière pour le moins ori­gi­nale de joindre l’utile à l’agréable, puisque des prix sont re­mis aux équipes ga­gnantes.

De­puis juillet der­nier, Trace Labs a or­ga­ni­sé d’autres par­ties sem­blables à celle de To­ron­to, no­tam­ment dans le cadre du DEFCON Ve­gas et du Hack­fest 2018, pré­sen­té en no­vembre à Qué­bec. La chance n’a tou­te­fois pas sou­ri aux par­ti­ci­pants : au­cun dis­pa­ru n’a été re­trou­vé à l’oc­ca­sion de ces deux com­pé­ti­tions.

Néan­moins, l’en­semble des in­for­ma­tions ré­col­tées a été re­mis aux forces de l’ordre. « Contrai­re­ment à des groupes qui opèrent sur des bases sem­blables aux nôtres, mais qui se posent en jus­ti­ciers, nous tra­vaillons en par­te­na­riat avec la po­lice. C’est elle qui nous dé­signe des cas, elle est en­suite libre de faire ce qu’elle veut avec le fruit de notre re­cherche », af­firme Ro­bert Sell.

La preuve : les 400 membres de Trace Labs n’ont au­cune idée de ce qui est ad­ve­nu des deux per­sonnes re­trou­vées au cours de la DEFCON To­ron­to. « Ça va au-de­là de nos pré­oc­cu­pa­tions. »

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