Suis-je nor­mal, doc­teur ?

Tics, com­pul­sions, ma­laises... Me­su­rez la gra­vi­té de vos ma­nies

Sélection - - Sommaire - PAR LO­RI KOL­MAN

Tics, com­pul­sions, ma­laises... Me­su­rez la gra­vi­té de vos ma­nies.

VOTRE VIE EST, DI­SONS, PLU­TÔT NOR­MALE. Vous avez des amis, des passe-temps... Et vous pré­fé­rez aus­si consa­crer 20 mi­nutes à cher­cher un den­ti­frice plu­tôt que – par pi­tié, tout sauf ça – de­man­der l’aide d’un em­ployé. Ne vous en faites pas, vous n’êtes pas une ex­cep­tion! Nous avons tous nos pe­tites ex­cen­tri­ci­tés. Sou­vent, on peut y re­mé­dier ou s’en ac­com­mo­der. Psy­chiatres, psy­cho­logues et autres spé­cia­listes de la san­té nous donnent leur avis sur ces pe­tites ma­nies re­pé­rées par­mi notre équipe et nos lec­teurs. Vous vous re­con­naî­trez sans doute ici et là, et vous vous de­man­de­rez: suis-je nor­mal? La ré­ponse est tou­jours «oui et non».

Pour­quoi suis-je mal à l’aise avec les en­fants ? Je n’ai rien à dire à des in­di­vi­dus de moins de 12 ans, sans comp­ter que je ne les trouve pas très mi­gnons. Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ?

« Celle-là, je l’en­tends sou­vent», avoue Char­lynn Ruan, psy­cho­tech­ni­cienne à Los An­geles qui, pa­ra­doxa­le­ment, ren­contre prin­ci­pa­le­ment des mères. « La plu­part me disent “les seuls en­fants que j’aime sont les miens”. » Ce pro­blème, plus cou­rant qu’on ne l’ima­gine, tra­duit la peur de l’em­bar­ras.

On craint entre autres que des vé­ri­tés qu’on ne veut pas en­tendre sortent de la « bouche des en­fants ». « Le mon­sieur sent bi­zarre, ma­man ! » « Vous de­vez man­ger vrai­ment beau­coup, ma­dame. » « C’est quoi ces lignes sur votre vi­sage ? »

Puis, il y a le cas gê­nant des pa­rents (ou, pire en­core, des grands-pa­rents), ado­ra­teurs convain­cus de leur en­fant, dont on de­vrait vé­né­rer toute pa­role. Pas éton­nant que vous ne soyez pas à l’aise en com­pa­gnie de ces pe­tits monstres.

Le Dr Ho­ward For­man, psy­chiatre à l’Al­bert Ein­stein Col­lege of Me­di­cine

de New York, a une so­lu­tion : li­sez un livre à l’en­fant. Ce­la vous met aux com­mandes et vous donne quelque chose à dire. In­dice de gra­vi­té (sur 10, 10 étant le plus grave) : 2

Pas tant que ça.

Je n’ar­rive pas à prendre une dé­ci­sion, même vi­tale. Choi­sir entre lire un livre et faire une pro­me­nade peut prendre l’après-mi­di. D’ailleurs, il m’a fal­lu une éter­ni­té pour me dé­ci­der à écrire cette note !

L’in­ca­pa­ci­té de dé­ci­der – qu’il ne faut pas confondre avec le fait de prendre son temps pour bien éva­luer une si­tua­tion – est une ma­la­die, ex­plique le psy­chiatre ca­li­for­nien Da­vid M. Reiss. Elle peut me­ner à une pa­ra­ly­sie fonc­tion­nelle : in­ca­pable de dé­ci­der, on ne fait rien.

La psy­cho­thé­ra­peute Ti­na B. Tes­si­na rap­pelle qu’il s’agit d’« abou­lo­ma­nie ». « Les per­sonnes at­teintes sont nor­males sous d’autres as­pects, mais elles ont une grande dif­fi­cul­té à faire des choix, au point de perdre tous leurs moyens. » Sou­vent édu­quées par des pa­rents au­to­ri­taires, elles n’ont pas ap­pris à choi­sir, ex­plique Char­lynn Ruan. Mais ce­la peut aus­si ré­sul­ter de l’an­xié­té. Ob­sé­dées par les consé­quences d’une dé­ci­sion, elles de­viennent si in­quiètes qu’elles pré­fèrent ne pas en prendre.

Dans l’un ou l’autre cas, mieux vaut consul­ter un psy. « La thé­ra­pie à long terme est pré­fé­rable dans le pre­mier cas, car le su­jet a l’oc­ca­sion de se sen­tir sou­te­nu dans di­verses dé­ci­sions », af­firme Char­lynn Ruan. Si le pro­blème est lié à l’an­xié­té, cer­tains an­ti­dé­pres­seurs peuvent être utiles.

In­dice de gra­vi­té : 7

Ça vous rend fou, mais ça se soigne.

Je pré­fère pas­ser 20 mi­nutes à cher­cher quelque chose dans un ma­ga­sin plu­tôt que de­man­der de l’aide.

Se­lon le Dr Frie­de­mann Schaub, il y a ici deux peurs à l’oeuvre : pas­ser pour un idiot et s’im­po­ser aux autres. Il y a d’abord notre crainte de dé­ran­ger l’em­ployé, qui est pour­tant payé pour nous ser­vir.

Mais cette peur se double de celle d’être un mau­vais client. « Quit­ter la bou­tique sans rien ache­ter après avoir pris de leur temps est em­bar­ras­sant », dit le Dr Schaub. Sans de­man­der d’aide, on est libre de sor­tir les mains vides sans se sen­tir cou­pable.

La vé­ri­té est qu’en gé­né­ral le per­son­nel de ma­ga­sin s’en­nuie et aime bien être dé­ran­gé et vous ai­der. « Tout le monde aime être utile, af­firme Alan Hil­fer, psy­cho­logue à New York.

Par­fois, en voyant un tou­riste cher­cher à s’orien­ter, je ne peux pas m’em­pê­cher d’al­ler pro­po­ser mon aide. » Si vous ne trou­vez pas quelque chose, n’hé­si­tez pas à de­man­der. Vous fe­rez plai­sir à votre in­ter­lo­cu­teur – et trou­ve­rez peu­têtre ce que vous cher­chez.

In­dice de gra­vi­té : 3 Un peu in­sen­sé, mais fa­cile à soi­gner.

Je me ronge les ongles. Bon, je ne suis pas le seul. Mais je m’ar­rache aus­si la peau jus­qu’au sang. Voi­là qui n’est pas nor­mal, non ?

En ef­fet. Nous nous sommes tous ron­gé un ongle ou deux et avons éga­le­ment ar­ra­ché quelque bout de peau sèche, mais au point d’en sai­gner... Char­lynn Ruan a même vu des pa­tients se per­cer la peau avec les dents. «Ils pa­raissent dro­gués, dit-elle, mais c’est par an­xié­té. »

Se­lon elle, c’est parce que la par­tie du cer­veau res­pon­sable de l’ins­tinct de sur­vie est blo­quée en po­si­tion « faire quelque chose » sans que la si­tua­tion né­ces­site de se battre ou de s’en­fuir. Même seul dans le sa­lon, cette éner­gie doit être éva­cuée – et la so­lu­tion est de mor­diller, à la fo­lie. Elle sug­gère de consul­ter un psy­chiatre pour ob­te­nir un an­ti­dé­pres­seur «qui cal­me­ra l’an­xié­té». Il peut aus­si vous ai­der à mo­di­fier votre com­por­te­ment.

Rap­pel : l’an­xié­té se nour­rit d’el­le­même. Elle ne s’ar­rête pas tant qu’on n’en af­fronte pas la cause. Plus tôt vous ob­tien­drez de l’aide, plus tôt ce qui vous ronge (vous-même) se por­te­ra mieux.

In­dice de gra­vi­té : 8 C’est sé­rieux. De­man­dez de l’aide avant que les choses ne s’ag­gravent.

Tous mes amis aiment se ser­rer dans les bras, sauf moi ! Je n’ai pas peur des germes et j’adore mes amis, mais je me conten­te­rais d’une poi­gnée de main. Est-ce trop de­man­der ?

« J’au­rais pu po­ser cette ques­tion moi­même, dit le Dr For­man. Je trouve les em­bras­sades com­pli­quées. Com­bien de temps doivent-elles du­rer ? Avec quelle force doit-on ser­rer ? Que faire de ses mains ? Doit-on uti­li­ser les deux bras ? S’em­bras­ser sou­lève plus de ques­tions que de ré­ponses. »

De­puis quelques an­nées, la so­cié­té est plus friande d’em­bras­sades. Le Dr For­man l’ex­plique par les talk-shows té­lé­vi­sés où les in­vi­tés sont sou­vent ac­cueillis par une em­bras­sade. Peu­têtre est-ce la culture « vieux frères » pous­sée à l’ex­trême ; voir un co­pain, une co­pine, donne en­vie d’un gros câ­lin.

Qu’im­porte la rai­son, on peut désa­mor­cer le mou­ve­ment en ten­dant la main. Pour une poi­gnée de main plus cha­leu­reuse, on at­trape l’avant-bras de l’autre. Beau­coup de contact et d’af­fir­ma­tion, mais pas d’em­bras­sade.

Et si ce­la vous met mal à l’aise, voya­gez : sur la moi­tié du globe, ce sont les em­bras­sades qui sont dé­pla­cées.

In­dice de gra­vi­té : 1 Vous n’êtes pas fou, mais coin­cé dans une culture af­fec­tueuse.

J’éprouve le be­soin ir­ré­pres­sible de sa­luer tous ceux que je croise au bu­reau ou dans la rue. Ça me semble (à moi et aux autres) ex­ces­sif, mais je ne peux pas m’en em­pê­cher. Est-ce étrange ?

Vous ve­nez peut-être d’un coin de pays où les gens sont très cha­leu­reux. Char­lynn Ruan a vé­cu à At­lan­ta où les gens sont ba­vards, même dans les toi­lettes pu­bliques. « Une femme me par­lait, ra­conte-t-elle, et je me di­sais “On est sup­po­sé faire sem­blant de ne pas voir les pieds de l’autre ! Tu brises les conven­tions !” Mais bon, ils sont comme ça, et au de­meu­rant très sym­pa­thiques. »

Si vous vou­lez at­té­nuer vos sa­lu­ta­tions, mar­quez-les d’un sou­rire, sans ra­len­tir. Ce­la dit, « il n’est pas né­ces­saire de tout ana­ly­ser », dit le Dr Aa­ron Pin­kha­sov, pré­sident du dé­par­te­ment des études com­por­te­men­tales au Win­throp Hos­pi­tal de l’Uni­ver­si­té de New York. Le pro­blème n’est pas de sa­luer les pas­sants, mais d’en être à ce point conscient qu’il en ré­sulte un ma­laise qui vous pous­se­ra à évi­ter les ren­contres, à faire des dé­tours ou à res­ter à votre bu­reau.

Si vous en êtes là, es­sayez de vous sou­ve­nir qu’être ami­cal n’est pas un crime. Et même, com­mente le Dr For­man, « si c’est tout ce qui cloche chez vous, vous al­lez plu­tôt bien ».

In­dice de gra­vi­té : 1

Il ne faut qu’une bonne stra­té­gie.

Je suis ac­cro à la craie ; pas pour écrire, mais pour la man­ger. Pour­quoi ne puis-je me conten­ter de bur­gers et de frites ?

Le be­soin de man­ger ce qui n’est pas de la nour­ri­ture – sable, ca­fé mou­lu, al­lu­mettes, boules de naph­ta­line – s’ap­pelle le pi­ca, fré­quent chez les en­fants et les femmes en­ceintes. On le dé­fi­nit comme le be­soin per­sis­tant de man­ger des sub­stances sans au­cune va­leur nu­tri­tion­nelle. La cause n’est pas claire, mais ce pour­rait être parce que « le corps cherche des nu­tri­ments » à la suite d’un trouble mé­ta­bo­lique, ex­plique le psy­chiatre Da­vid Reiss.

Mais ce trouble peut aus­si être d’ori­gine psy­cho­lo­gique. « J’ai vu des pa­tients at­teints du syn­drome de Mün­ch­hau­sen, qui pousse à se rendre soi-même ma­lade pour ob­te­nir des soins. Ils peuvent in­gé­rer n’im­porte quoi, même des cou­teaux ou du sang, dit-il. L’un d’eux a ava­lé une four­chette, on ne sait tou­jours pas com­ment ! »

Al­lez ra­pi­de­ment consul­ter votre mé­de­cin pour sa­voir si vous avez be­soin de nu­tri­ments. Si­non, voyez un psy­chiatre.

In­dice de gra­vi­té : 9 Si c’est plus qu’une ca­rence ali­men­taire, c’est un réel pro­blème.

C’est lu­gubre, mais j’ima­gine sou­vent em­poi­son­ner ma fa­mille et mes amis lorsque je leur pré­pare à man­ger. Je les aime, alors pour­quoi ai-je ces pen­sées ?

Par­fois, ce qui se cache au plus sombre de notre sub­cons­cient (tor­ture, mort, faire des choses hor­ribles à sa bel­le­mère) re­monte en sur­face, dit Alan Hil­fer. « Ce sont des pen­sées brèves, obs­cures et ré­pri­mées qui re­viennent de temps à autre, et qui nous font dire : comme c’est bi­zarre ! »

Pour­quoi nour­ris­sons-nous le fan­tasme de ren­ver­ser un pié­ton ? Est-ce parce que nous sommes conscients de la fra­gi­li­té de la vie ? (Une mau­vaise dé­ci­sion de notre part se­rait fa­tale.)

Ce pour­rait être une co­lère la­tente. « Peut-être que nous n’avons ja­mais osé faire face à l’agres­si­vi­té qui nous ha­bite », lance le Dr Schaub.

Mais peut-être que l’éven­tuel em­poi­son­neur peut sim­ple­ment en avoir marre de cui­si­ner pour ceux qui ne rendent ja­mais la pa­reille. « Ce­la ne

veut pas dire qu’il vou­drait vrai­ment les tuer ; la pen­sée n’est qu’une mé­ta­phore », dit-il. Ça mi­jote, comme un dî­ner aux épices un peu spé­ciales.

In­dice de gra­vi­té : 3 Vous êtes fou… si vous vou­lez vrai­ment les tuer. Si c’est de la co­lère, oc­cu­pez-vous-en. Si­non, ne vous en faites pas.

Ma vieille mère com­mence à dire des choses comme « Ah oui, les en­fants étaient là il y a un ins­tant», mais il n’y a pas d’en­fants là où elle vit. Est-ce un dé­but d’alz­hei­mer ?

Ap­pe­lé trouble du corps de Lewy, c’est une forme de dé­mence plu­tôt fré­quente. Moins cou­rant que l’alz­hei­mer, ce trouble se ma­ni­feste lors­qu’une « per­sonne âgée n’ayant ja­mais eu d’hal­lu­ci­na­tions dans sa vie voit des en­fants, des proches dé­cé­dés ou des pe­tits ani­maux », dit Char­lynn Ruan.

Cette ma­la­die touche une par­tie du cer­veau res­pon­sable de la vue; la per­sonne voit réel­le­ment des choses que per­sonne ne voit. Mal­heu­reu­se­ment, comme toutes les dé­mences, elle est in­cu­rable.

Mais ces hal­lu­ci­na­tions semblent te­nir com­pa­gnie aux su­jets pen­dant un temps. Si vous de­man­dez com­ment vont les en­fants (ou les pe­tits ani­maux sym­pa­thiques), ils peuvent ré­pondre qu’« ils sont là, près de la plante », af­firme Mme Ruan.

À l’époque, on les ap­pe­lait « anges » ou « es­prits » ; ils en jouent le rôle.

In­dice de gra­vi­té : 8 Des mé­di­ca­ments sur or­don­nance peuvent at­té­nuer les hal­lu­ci­na­tions.

Quand j’in­ter­roge quel­qu’un (sur un iti­né­raire, par exemple), mes pen­sées s’égarent. Au lieu d’écou­ter com­ment me rendre à des­ti­na­tion, je fixe les hor­ribles bou­tons de che­mise de mon in­ter­lo­cu­teur. Pour­quoi ne puis-je pas me concen­trer ?

Peut-être es­sayez-vous tel­le­ment de mon­trer votre at­ten­tion que vous pen­sez plu­tôt dé­jà à la suite. « C’est fré­quent lors des pre­miers ren­dez­vous, dit Alan Hil­fer. Au lieu d’écou­ter la ré­ponse, on pense dé­jà à la ques­tion qu’on po­se­ra pour mon­trer qu’on est at­ten­tif. »

Se­lon Ti­na B. Tes­si­na, on peut en­traî­ner le cer­veau à être plus concen­tré en al­lu­mant briè­ve­ment la té­lé­vi­sion ou la ra­dio et en s’ef­for­çant d’être at­ten­tif ; puis, on éteint et on es­saie de se rap­pe­ler ce qui a été dit. Ce­la dé­ve­loppe ra­pi­de­ment l’at­ten­tion.

In­dice de gra­vi­té : 3 Pas trop fou, juste pré­dis­po­sé à la dis­trac­tion.

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