À la re­cherche de ma mère

Per­du et pla­cé à l’adop­tion, Joel de Car­te­ret est re­ve­nu 30 ans plus tard sur les lieux de sa nais­sance pour réa­li­ser l’im­pos­sible

Sélection - - Sommaire - PAR RO­BERT KIENER

Pla­cé à l’adop­tion, Joel de Car­te­ret est re­ve­nu 30 ans plus tard dans le pays où il est né pour réa­li­ser l’im­pos­sible.

« JE N’Y CROIS PAS ! C’est im­pos­sible ! » songe Joel de Car­te­ret lors­qu’un ven­deur du Muñoz Mar­ket, lieu grouillant d’ac­ti­vi­té du Grand Ma­nille, lui ré­vèle l’in­croyable nou­velle.

L’homme de 35 ans sent son coeur tam­bou­ri­ner comme une caisse claire dans sa poi­trine et des gouttes de trans­pi­ra­tion cou­ler sur son front en en­ten­dant le ven­deur lui don­ner l’in­for­ma­tion qu’il cherche de­puis si long­temps : « Je pense sa­voir qui est votre mère. Et où elle se trouve. » Il a pas­sé la ma­jeure par­tie du mois der­nier aux Phi­lip­pines, à cher­cher sans re­lâche – et sans suc­cès – des in­dices sur elle. Et main­te­nant, cette nou­velle. À cet ins­tant, il com­prend que sa vie se­ra chan­gée à ja­mais.

Trente ans après son adop­tion par une fa­mille aus­tra­lienne avec la­quelle il a gran­di à Mel­bourne, Joel de Car­te­ret est de re­tour dans le pays qui l’a vu naître. Il s’est lan­cé dans une quête ap­pa­rem­ment im­pos­sible : re­trou­ver sa mère bio­lo­gique. Ses amis et sa fa­mille en Aus­tra­lie l’ont pré­ve­nu qu’il avait peu de chance d’y ar­ri­ver après toutes ces an­nées. Beau­coup, sur­tout Ju­lie de Car­te­ret, sa mère adop­tive, s’in­quié­taient pour lui et l’ont mis en garde : « Tu au­ras le coeur bri­sé. »

Bien qu’il ne connaisse pas son nom, et ne se rap­pelle pas même son vi­sage, il est pour­tant bien dé­ter­mi­né.

L’idée de re­trou­ver sa mère phi­lip­pine tour­mente Joel de­puis des dé­cen­nies. « J’ai be­soin de le faire, ré­pé­tait-il. Je me le dois à moi-même et à ma mère bio­lo­gique. J’ai dû lui bri­ser le coeur en me per­dant. » En se­cret, il sen­tait aus­si qu’il lui fal­lait la re­trou­ver pour dé­cou­vrir cette part de lui-même « qui man­quait de­puis toutes ces an­nées ». Mais Ju­lie a ten­té de l’en dis­sua­der.

Quand ré­cem­ment, dans un res­tau­rant de Syd­ney, son fils lui a an­non­cé qu’il pré­voyait un voyage aux Phi­lip­pines pour re­trou­ver sa mère bio­lo­gique, elle lui a ré­tor­qué : « Mais, Joel, tu ne connais ni son nom, ni ta date de nais­sance, ni l’en­droit où tu vi­vais. Tu ne connais­sais pas même ton nom lorsque tu es ar­ri­vé à l’or­phe­li­nat. » D’après les do­cu­ments four­nis par l’éta­blis­se­ment, on lui a don­né son nom à son ar­ri­vée là-bas. Alors qu’un ser­veur rem­plis­sait leurs verres d’eau, elle a pour­sui­vi : « Tu ne sais pas non plus où elle peut être. Est-elle vi­vante ? Comment pour­rais-tu la trou­ver ? »

Elle a re­te­nu une larme et sen­ti son coeur se bri­ser lorsque Joel lui a ré­pon­du : « Je sais, ma­man. Mais je dois es­sayer. »

« MAIS JOEL, TU NE CONNAIS PAS LE NOM DE TA MÈRE, A DIT JU­LIE. TU NE CONNAIS PAS TA DATE DE NAIS­SANCE. »

Ju­lie a in­sis­té, es­pé­rant évi­ter ce cha­grin à son fils. Elle s’est pen­chée au-des­sus de la table et a de­man­dé : « Que se pas­se­ra-t-il si tu ne la trouves pas ? Se­ras-tu ca­pable de tour­ner la page si tes re­cherches ne mènent à rien ? »

Joel a mar­qué un temps, pris une bou­chée de sa sa­lade et a re­gar­dé sa mère dans les yeux. « Je vois ce que tu veux dire, ma­man, et je com­prends. Mais je dois le faire. Je dois dé­cou­vrir qui je suis et d’où je viens. »

Quelques se­maines plus tard, il a ap­pe­lé sa mère en at­ten­dant son vol pour Ma­nille où il al­lait com­men­cer ses re­cherches. «Je m’en vais. Sou­haite-moi bonne chance. »

Très émue, elle a ré­pon­du : « Je t’aime, Joel. Bonne chance.» Mais elle avait peu d’es­poir qu’il réus­sisse.

Main­te­nant, après des an­nées à se ques­tion­ner – et des se­maines de re­cherches déses­pé­rées – au su­jet d’une femme dont il se sou­vient à peine dans un pays dont il ne parle pas la langue, il est cer­tain d’avoir réus­si à trou­ver cette ai­guille dans la botte de foin. Grâce à un in­con­nu bien in­ten­tion­né, il est sur le point d’at­teindre son but.

TRENTE ANS PLUS TÔT, au ma­tin du 25 juillet 1985, Lin­da Rio a po­sé son re­gard sur son fils de cinq ans pro­fon­dé­ment en­dor­mi dans leur mo­deste mai­son de Que­zon Ci­ty, en pé­ri­phé­rie du Grand Ma­nille. « Je vais le lais­ser dor­mir », a-t-elle son­gé en re­gar­dant sa pe­tite poi­trine se sou­le­ver et s’abais­ser. La mère cé­li­ba­taire a pris son sac à main et s’est ren­due à son tra­vail de cou­tu­rière dans une usine de tex­tile voi­sine, lais­sant son fils en com­pa­gnie d’un co­lo­ca­taire.

En­vi­ron une heure plus tard, l’en­fant s’est ré­veillé, a bon­di hors du lit et a com­men­cé à cher­cher « Ma ». Il l’a cher­chée dans la mai­son et, ne la trou­vant pas, il a com­men­cé à pa­ni­quer.

Ce­la ne lui res­sem­blait pas : ils se ren­daient tous les jours à son tra­vail en­semble en em­prun­tant les trans­ports en com­mun à la fois bus et taxi, les co­lo­rés jeep­neys.

Lors­qu’il a com­pris qu’elle était par­tie, il s’est pré­ci­pi­té dans la rue pour la trou­ver. Évi­tant les pas­sants, les chiens er­rants, les jeep­neys et les ca­mions de li­vrai­son qui en­com­braient la rue, il l’a cher­chée par­tout, mais elle n’était nulle part. Il pleu­rait à chaudes larmes en er­rant dans les ruelles ar­rière bon­dées de Que­zon Ci­ty. Ma ! Où es-tu ?

IL EST FI­NA­LE­MENT ar­ri­vé au ten­ta­cu­laire et bon­dé Muñoz Mar­ket, où il a lon­gé les al­lées en­com­brées de cen­taines de ven­deurs à la criée pro­po­sant de tout, des pou­lets tout juste abat­tus et pois­sons fraî­che­ment pê­chés à des por­ce­lets li­go­tés qui coui­naient. Ce spec­tacle chao­tique et so­nore – l’éclat des énormes cou­teaux tran­chant la nour­ri­ture et les clients criant leurs com­mandes aux ven­deurs, en plus du fu­met âcre et trop su­cré de la nour­ri­ture en vente – as­saillait ses sens.

En larmes, il mar­chait sans but dans les al­lées noires de monde, en san­dales, short et maillot de corps, es­pé­rant aper­ce­voir sa mère. Après des heures de re­cherche, tou­jours plus loin dans le dé­dale du mar­ché sans le moindre signe de Lin­da, le mi­nus­cule et ti­mide en­fant de cinq ans a com­pris qu’elle avait dis­pa­ru et, apeu­ré, qu’il s’était aus­si per­du.

Un chauf­feur de jeep­ney des en­vi­rons, Jose Man­se­lo, a re­mar­qué le gar­çon en pleurs re­cro­que­villé à l’ar­rière de l’énorme mar­ché. Il a im­mé­dia­te­ment com­pris que quelque chose n’al­lait pas, mais l’en­fant était ter­ri­fié et di­sait seule­ment qu’il était per­du. Jose l’a em­me­né chez lui puis au com­mis­sa­riat de po­lice. Mais tout ce que l’en­fant ef­frayé a pu ré­vé­ler à la po­lice, c’était que Ma était cou­tu­rière et Pa­pa chauf­feur de jeep­ney.

Entre-temps, Lin­da est ren­trée à la mai­son pour dé­cou­vrir avec stu­peur que son fils avait dis­pa­ru. Elle l’a cher­ché dans le quar­tier avant de re­tour­ner pré­ci­pi­tam­ment à l’usine de tex­tile, où il était peut-être al­lé. Mais per­sonne ne l’avait vu. Avec plu­sieurs amis, elle l’a cher­ché par­tout, et a fi­ni par quit­ter son tra­vail pour pou­voir conti­nuer ses re­cherches à temps plein. Elle est même pas­sée à la ra­dio lo­cale, sup­pliant les au­di­teurs de l’ai­der à le re­trou­ver. Mais per­sonne n’avait vu l’en­fant de cinq ans.

Des se­maines, puis des mois sont pas­sés sans nou­velles. C’était comme s’il s’était vo­la­ti­li­sé.

ILS SONT GRANDS comme des arbres. On di­rait des fan­tômes blancs, a pen­sé Joel en le­vant les yeux vers les deux vi­sages très pâles qui le sur­plom­baient – ceux de George et Ju­lie de Car­te­ret – à l’or­phe­li­nat RSCC de Ma­nille, où il était ar­ri­vé 18 mois plus tôt. Et ils ont une odeur bi­zarre.

Le couple d’Aus­tra­liens était ve­nu dans cet or­phe­li­nat des Phi­lip­pines pour adop­ter Joel. Ju­lie ne par­ve­nait pas à tom­ber en­ceinte, mais elle et George sou­hai­taient par-des­sus tout fon­der une fa­mille.

Joel était trop jeune pour connaître le nom de sa mère, et comme per­sonne n’était ve­nu le ré­cla­mer, il avait d’abord été dé­cla­ré « en­fant trou­vé » et souf­frait de sé­vère mal­nu­tri­tion. Puis, après avoir épui­sé tous les moyens connus pour re­trou­ver ses pa­rents, les tra­vailleurs so­ciaux l’ont fi­na­le­ment dé­cla­ré «aban­don­né». Il était dé­sor­mais can­di­dat à l’adop­tion.

Il a com­men­cé par se ca­cher der­rière l’em­ployé de l’or­phe­li­nat, mais s’est bien­tôt sen­ti à l’aise avec George et Ju­lie. Leur re­gard bien­veillant, leur voix chaude et apai­sante le cal­maient. Lors­qu’un tra­vailleur so­cial a de­man­dé à Joel s’il vou­lait par­tir en Aus­tra­lie, il a aus­si­tôt ho­ché la tête, « oui ». Après un an et de­mi d’or­phe­li­nat, il avait re­trou­vé une mai­son et de nou­veaux pa­rents, ai­mants et très grands.

Une fois ins­tal­lé dans son nou­veau foyer de Mel­bourne, Joel s’est épa­noui. Même s’il ne par­lait pas un mot d’an­glais, il s’est très vite lié d’ami­tié avec les en­fants de sa rue, ado­rait jouer au cri­cket, et a ap­pris la langue en re­gar­dant la té­lé­vi­sion. Ju­lie s’émer­veillait lorsque, en re­gar­dant un jeu té­lé­vi­sé po­pu­laire qui pas­sait le soir, il ré­pé­tait au ha­sard des mots que le pré­sen­ta­teur pro­non­çait.

Au cours de sa pre­mière an­née d’école, il s’achar­nait sur ses ex­po­sés, cher­chant cou­ra­geu­se­ment dans sa mé­moire le mot juste, sous le re­gard de ses ca­ma­rades. Son en­sei­gnant a un jour dé­cla­ré à Ju­lie : « Joel est un pe­tit gar­çon très dé­ter­mi­né ! »

Ju­lie et George étaient ra­vis de voir que leur fils s’adap­tait bien à sa nou­velle mai­son et au mode de vie aus­tra­lien, tel­le­ment dif­fé­rent de sa rude exis­tence aux Phi­lip­pines. Tou­te­fois, quelques in­dices lais­saient pen­ser que les ques­tions se bous­cu­laient der­rière son sou­rire. Un jour, en­vi­ron six mois après son ar­ri­vée en Aus­tra­lie, Joel a de­man­dé à Ju­lie: «Quand vais-je de­ve­nir blanc ? » Il s’at­ten­dait à ce que sa peau change de cou­leur, comme par ma­gie, après avoir vé­cu quelque temps au pays.

Une autre fois, quand il avait 10 ans, il est en­tré dans la cui­sine alors que Ju­lie pré­pa­rait le dî­ner et lui a de­man­dé : «Bon, quand va-t-on trou­ver ma ma­man ? » Ce­la a alar­mé Ju­lie, mais elle l’a fait as­seoir et lui a ex­pli­qué avec

LORS DE SA PRE­MIÈRE AN­NÉE D’ÉCOLE, SON EN­SEI­GNANT A UN JOUR AF­FIR­MÉ À JU­LIE : « JOEL EST UN PE­TIT GAR­ÇON TRÈS DÉ­TER­MI­NÉ. »

dou­ceur que, même si elle au­rait beau­coup ai­mé qu’il en soit au­tre­ment, ni elle ni l’agence d’adop­tion à Ma­nille ne connais­saient son nom de fa­mille, ce­lui de sa mère, ou l’en­droit où elle vi­vait.

«Je suis dé­so­lée, mon ché­ri, lui a-t-elle dit en ser­rant ses pe­tites mains dans les siennes. Mais nous ne re­trou­ve­rons ja­mais ta mère. J’ai­me­rais que ce soit pos­sible, mais ce n’est pas le cas. Je peux te dire une chose : elle t’ai­mait très fort. »

LIN­DA N’A JA­MAIS ces­sé de cher­cher son fils. Ce­pen­dant, ses vi­sites au ba­ran­gay

(le bâ­ti­ment ad­mi­nis­tra­tif lo­cal), au com­mis­sa­riat, ses an­nonces aux sta­tions de ra­dio de Ma­nille et ses re­cherches constantes n’ont me­né à rien. Elle a même dis­tri­bué des tracts avec la pho­to de Joel in­di­quant « En­fant dis­pa­ru », son adresse ain­si que les contacts du ba­ran­gay. En vain.

Où qu’elle soit al­lée, elle dé­vi­sa­geait tous les en­fants, se de­man­dant si l’un d’eux pou­vait être son fils. Les an­ni­ver­saires de Joel étaient une date par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­cile. Chaque an­née, Lin­da in­vi­tait de la fa­mille et des amis pour le cé­lé­brer et prier pour lui au­tour de son plat pré­fé­ré : du porc rô­ti et des nouilles chi­noises. À chaque fois, rires et pleurs se mê­laient. « Où qu’il soit, di­ra-t-elle à sa soeur à une de ces oc­ca­sions, je sais qu’il est dans un bel en­droit. »

Elle a épin­glé sa pho­to sur la porte de son pla­card pour le voir chaque ma­tin au ré­veil. Lin­da a éga­le­ment gar­dé son vé­lo à l’usine de tex­tile et pen­sait à lui dès qu’elle le voyait, ap­puyé contre un mur. Il ado­rait pé­da­ler au­tour d’elle pen­dant qu’elle tra­vaillait. « J’at­tends le jour où il s’en ser­vi­ra à nou­veau », a-t-elle un jour souf­flé à une col­lègue.

AU FIL DES ANS, en Aus­tra­lie, Joel pen­sait sou­vent à sa mère bio­lo­gique et se de­man­dait ce qui s’était pro­duit des an­nées au­pa­ra­vant. Il se rap­pe­lait son sou­rire ai­mant et sa fa­çon de sé­cher

ses larmes lors­qu’il pleu­rait, avec le mou­choir qui ne la quit­tait ja­mais. Puis des pen­sées plus sombres s’em­pa­raient de lui. Il se de­man­dait par­fois s’il avait été aban­don­né et a un jour ad­mis à un ami : « Et si ma mère ne vou­lait pas de moi et m’avait lais­sé à l’or­phe­li­nat ? »

En 2000, à 20 ans, Ju­lie l’a em­me­né aux Phi­lip­pines avec sa soeur, Grace – l’en­fant na­tu­rel qu’elle a fi­ni par avoir avec George – pour faire le tour du pays et vi­si­ter l’or­phe­li­nat où Joel avait vé­cu quelque 15 ans plus tôt.

S’il était heu­reux – et ému aux larmes –de re­vi­si­ter son an­cien foyer, il a été conster­né de dé­cou­vrir que les tra­vailleurs so­ciaux ne sa­vaient rien de ses pa­rents ni de l’en­droit où ils pou­vaient vivre. Joel vou­lait re­tour­ner au Muñoz Mar­ket, où le chauf­feur Jose Man­se­lo l’avait trou­vé, mais Ju­lie es­ti­mait que c’était un quar­tier dan­ge­reux. Il a in­sis­té, mais elle s’est mon­trée in­flexible.

Ce­pen­dant, tous trois ont feuille­té l’an­nuaire, à la re­cherche d’un dé­nom­mé Man­se­lo. Il n’y avait rien. Ju­lie a alors dit à son fils qu’elle ne sa­vait plus où cher­cher. Elle voyait bien qu’il était ter­ri­ble­ment dé­çu, mais s’est dit qu’il com­pren­drait peu­têtre main­te­nant à quel point il se­rait dif­fi­cile et vain de conti­nuer à cher­cher sa mère bio­lo­gique.

Cette pre­mière vi­site dans son pays na­tal a aus­si été très émouvante pour Joel. Il était en­tou­ré de per­sonnes au teint mat qui lui res­sem­blaient. « Pour la pre­mière fois, je me sens vrai­ment à ma place. Tout le monde me res­semble », a-t-il confié à Ju­lie. Ses yeux se sont rem­plis de larmes, une boule s’est for­mée dans sa gorge, mais il a pour­sui­vi : « Ma­man, ici, je ne suis pas un étran­ger. »

C’est une vi­site dans un or­phe­li­nat thaï­lan­dais en 2015 qui a convain­cu Joel, dé­sor­mais réa­li­sa­teur de do­cu­men­taires ac­com­pli de 34 ans, de se mettre à la re­cherche de sa mère. Alors qu’il fil­mait pour une or­ga­ni­sa­tion ca­ri­ta­tive aus­tra­lienne, un pe­tit gar­çon est ve­nu à sa ren­contre et lui a pris la main. Il sem­blait avoir cinq ou six ans, l’âge qu’il avait à son ar­ri­vée à l’or­phe­li­nat de Ma­nille. L’en­fant l’a ti­ré par la main et l’a en­traî­né dans le dor­toir pour lui mon­trer fiè­re­ment son lit.

Alors que le pe­tit aux che­veux ébou­rif­fés lui pré­sen­tait en thaï les quelques jouets qu’il pos­sé­dait, des sou­ve­nirs sont re­ve­nus en mé­moire à Joel. « Je dor­mais dans un lit sem­blable. Nous avons tous les deux per­du nos pa­rents. Je me de­mande… »

« POUR LA PRE­MIÈRE FOIS DE MA VIE, JE ME SENS À MA PLACE, A DÉ­CLA­RÉ JOEL À SA MÈRE ADOP­TIVE. TOUT LE MONDE ME RES­SEMBLE. »

Pho­to­gra­phie de Joel à cinq ans, prise à son ar­ri­vée à l’or­phe­li­nat. Il a été adop­té 18 mois plus tard.

Jo-Jo avait cinq ans lors­qu’il a déses­pé­ré­ment cher­ché sa mère dans les rues ani­mées à l’ex­té­rieur du Muñoz Mar­ket.

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