LAU­RENCE MER­CIER: MÉ­DI­TER SA VIE

La pra­tique de la mé­di­ta­tion at­ten­tive a lit­té­ra­le­ment trans­for­mé Lau­rence Mer­cier, une scien­ti­fique pure et dure. En­sei­gner ses nom­breux bien­faits est de­ve­nu sa mis­sion et sa pas­sion.

Sélection - - La Une - PAR AN­DRÉ LA­VOIE PHO­TO DE WILL LEW

AVEC EN POCHE un doc­to­rat en gé­nie bio­mé­di­cal de l’Uni­ver­si­té McGill, et après un dé­but de car­rière pro­met­teur, ja­mais on n’au­rait pu pré­sa­ger que Lau­rence Mer­cier lais­se­rait tout tom­ber pour en­sei­gner la mé­di­ta­tion at­ten­tive. C’est pour­tant le choix lon­gue­ment mû­ri qu’elle a fait après la dé­cou­verte de cette pra­tique à la fa­veur d’un cours de yo­ga, et au mo­ment où elle tra­ver­sait un dou­lou­reux di­vorce avec le père de ses deux en­fants. Dans son stu­dio, dans les mé­dias ou les en­tre­prises, l’en­sei­gnante dis­tille son sa­voir, et par­tage son en­thou­siasme.

Com­ment un es­prit scien­ti­fique tel que le vôtre, qui évo­lue dans le mi­lieu mé­di­cal, dé­cide du jour au len­de­main d’ef­fec­tuer un tel vi­rage ?

Un scien­ti­fique ne veut pas seu­le­ment sa­voir qu’une chose est bonne avant de la consi­dé­rer ; il l’ex­pé­ri­mente, ob­serve les ré­sul­tats, et tire des conclu­sions. Au dé­but, sans connaître les bien­faits de la mé­di­ta­tion, je les res­sen­tais, mais je ne pou­vais rien conclure de cette ex­pé­rience sur quel­qu’un d’autre. Par la suite, j’ai choi­si une ap­proche plus scien­ti­fique, car le simple ci­toyen qui n’en voit pas en­core les bien­faits doit sa­voir ce que ça peut lui ap­por­ter. C’est pour­quoi j’in­siste sur cet as­pect dans mon cours d’in­tro­duc­tion. En 2014 seu­le­ment, la mé­di­ta­tion a fait l’ob­jet de plus de 1000 études scien­ti­fiques.

Et ces bien­faits, ils sont nom­breux ?

De nom­breuses études montrent des chan­ge­ments sur le fonc­tion­ne­ment cel­lu­laire du corps et du cer­veau, en­fin sur l’en­semble de l’or­ga­nisme, ce qui ex­plique les bien­faits sur les plans phy­sique et men­tal. Un su­jet moins stres­sé, moins ten­du, ré­duit sa ten­sion ar­té­rielle, et donc les risques de ma­la­die car­diaque. Mais la mé­di­ta­tion, c’est sur­tout une ma­nière de prendre conscience de ce qui se passe dans notre corps, et dans notre psy­ché ; ça ra­mène à la sur­face des choses en­fouies (notre an­xié­té, par exemple), ce qui nous per­met en­suite d’op­ter pour le meilleur trai­te­ment.

Crai­gnez-vous que la mé­di­ta­tion ne soit qu’un ef­fet de mode ?

J’ap­pelle ça par­fois la « mac­do­nal­di-sa­tion de la mé­di­ta­tion » ! L’en­sei­gner dans toutes sortes de mi­lieux, peu im­porte la rai­son, n’est pas in­quié­tant, car elle va faire son oeuvre. Pre­nez une per­sonne qui veut bien man­ger pour des rai­sons su­per­fi­cielles, comme la beau­té et la min­ceur ; ça au­ra quand même des ef­fets bé­né­fiques sur sa san­té. Si, par exemple, quel­qu’un vient me voir dans l’in­ten­tion de mé­di­ter afin d’être plus pro­duc­tif au tra­vail, il va at­teindre son ob­jec­tif, et bien d’autres, au rythme où il se­ra prêt à les ac­cueillir. Ce que je crains da­van­tage, ce sont les gens qui offrent des cours sans for­ma­tion adé­quate, et sans ex­pé­rience, avec des slo­gans tels que : « Ap­pre­nez à mé­di­ter, fi­ni à ja­mais le stress ! » Ce sont des pa­roles trom­peuses qui en­tre­tiennent des at­tentes ir­réa­listes.

Pour ce qui est de vivre dans le mo­ment pré­sent, les en­fants sont nos maîtres. Je n’ai rien à leur ap­prendre !

Ces at­tentes conduisent iné­vi­ta­ble­ment à l’aban­don.

Je donne tou­jours l’exemple d’un spor­tif dé­bu­tant dans un gym­nase qui en voit un autre plus ex­pé­ri­men­té faire 30 pompes. Il croit que c’est fa­cile, n’y ar­rive pas, et aban­donne, se di­sant que ce n’est pas pour lui. C’est pour­quoi je pro­pose tou­jours aux no­vices de mé­di­ter six ou sept mi­nutes par jour. Bien man­ger ou s’en­traî­ner, c’est un in­ves­tis­se­ment quo­ti­dien d’au moins une heure ; c’est très rare qu’on me dise ne pas avoir six ou sept mi­nutes dans une jour­née pour prendre soin de soi…

Que pen­sez-vous de ce phé­no­mène crois­sant de la mé­di­ta­tion chez les en­fants ?

Pour ce qui est de vivre dans le mo­ment pré­sent, les en­fants sont nos maîtres. Je n’ai rien à leur ap­prendre ! Quand un pa­rent ou un en­sei­gnant me contacte pour en­sei­gner la mé­di­ta­tion à son en­fant ou à ses élèves, mon ré­flexe est de le faire mé­di­ter en pre­mier et, au be­soin, de faire mé­di­ter l’en­fant par la suite. Ce qui cause l’an­xié­té chez les pe­tits, ce sont sou­vent les adultes qui les en­tourent. Et plus ils sont jeunes, plus ils ap­prennent par ab­sorp­tion : ils ne font pas ce qu’on leur dit de faire, mais plu­tôt ce qui émane de nous, de nos com­por­te­ments.

La so­cié­té se por­te­rait-elle mieux si tous les adultes mé­di­taient ?

Je pense que le monde irait mieux si cha­cun pre­nait conscience de ce qui se passe en soi. Pour cer­tains, ça passe par la com­po­si­tion d’une chan­son, d’un poème, la pein­ture, une pro­me­nade dans la na­ture, etc. Est-ce que la mé­di­ta­tion est la voie idéale pour tout le monde ? Non. Mais se connec­ter à soi et se dé­tendre, nous en avons tous be­soin.

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