LE VOLEUR

Summum - - ÉDITO - PHOTOGRAPHE : SA­RAH DA­GE­NAIS

Pour une fois… je vais vous le dire… c’est LUI l’épais.

Un beau soir d’au­tomne, on re­vient du res­to ma blonde et moi. On com­mence à pré­pa­rer nos va­lises, car on part pour Chi­ca­go. Pe­tit voyage d’amou­reux t’sais! Nous ter­mi­nons la pré­pa­ra­tion de nos va­lises, moi un sac à dos, elle l’équi­valent d’un ves­tiaire de ho­ckey… À la toute fin, elle cherche ses lu­nettes de soleil. Je me rap­pelle les avoir pla­cées dans la cuisine en sui­vant la liste d’items à ne pas ou­blier (oui, oui, c’est elle qui l’avait pré­pa­rée cette liste).

- Ché­rie, tes lu­nettes sont sur la table de cuisine. - NON! - Hey, je sais, je les ai pla­cées moi-même! - Non, sont pas là. - Re­garde avec tes yeux d’adultes (ouais, quand je suis cer­tain, je suis un peu ba­veux, t’sais) - Hey, sont pas là… j’pas folle. - OK, j’m’en viens te mon­trer moi-même où elles sont.

J’ar­rive dans la cuisine… BÂTARD! Sont pas là. - L’es­ti de chat… y’a dû les je­ter par terre en­core. - Y’a ja­mais fait ça Guillaume! - Bon, ça y est, dé­fends le chat main­te­nant… - Guillaume, as-tu ou­vert la fe­nêtre de la porte du bal­con? - C’est quoi le rap­port… - Ben elle est ou­verte… - Ben là ché­rie, tu penses quand même pas que tes lu­nettes sont par­ties au vent?

Je me lève la tête et, ef­fec­ti­ve­ment, la fe­nêtre est ou­verte… pis la mous­ti­quaire n’est plus là. Moi, le grand Sher­lock, mon pre­mier ré­flexe est : « Bon, la mous­ti­quaire est par­tie au vent. » Hum… Après mûre ré­flexion, ça prend du vent en ta­bar­nane pour dé­cro­cher une mous­ti­quaire, parce qu’on se rap­pelle que la fonc­tion de base d’une mous­ti­quaire, c’est ça, LAIS­SER PAS­SER LE VENT!

À par­tir de là, ça se bous­cule ra­pi­de­ment. La table de cuisine est donc ben clean. Ah oui! peut-être parce qu’il n’y a plus de… lu­nettes de soleil, Mac­book Pro, ipod, ap­pa­reil pho­to, montre. Vous vous dites sû­re­ment : « Mais oui, mais Guillaume, fais le mé­nage aus­si au lieu de lais­ser ça à la vue. » C’était sur la table pour pré­pa­rer les va­lises au dé­part! Parce que moi, quand je le vois, je ne l’ou­blie pas. Le voleur aus­si pense de même, vi­si­ble­ment!

Bon, c’est juste du ma­té­riel… C’est tou­jours ben moins pire que de se ré­veiller dans un bain de glace avec un rein en moins.

Je cogne chez ma voi­sine d’en des­sous : - Avez-vous vu quelque chose de sus­pect? - Non, juste votre co­loc qui sem­blait pres­sé qui est sor­ti par la cour ar­rière. - Mon co­loc? - Ben le gars, il de­vait être en re­tard à un mee­ting, il cou­rait avec son or­di­na­teur dans les bras. Il a même échap­pé une en­ve­loppe; c’est moi qui lui ai re­don­née en lui ou­vrant la porte de la clô­ture.

MA VOI­SINE A TENU LA PORTE À MON VOLEUR! J’avais beau y pen­ser, je me di­sais : « Une en­ve­loppe, mais quelle en­ve­loppe? » Y’est tou­jours ben pas par­ti avec mon compte d’hy­dro… Et bang! Je com­prends! Je monte en cou­rant dans ma chambre, ouvre le ti­roir de ma table de che­vet… plus d’en­ve­loppe.

NONNNNNNN! Cette en­ve­loppe. D’ar­gent li­quide. Dans ma ca­chette se­crète. 2000 $. Bon, après avoir par­lé avec les en­quê­teurs, pa­raî­trait-il que c’est pos­si­ble­ment la moins bonne ca­chette et la plus évi­dente : LA TABLE DE CHE­VET!

Sur In­ter­net, on conseille plus de ca­cher son ar­gent dans le congé­la­teur... Je sais ben pas pour­quoi. Sû­re­ment que ça gèle tes fonds!

Le len­de­main ma­tin, j’étais ren­du fou. Tout le monde était sus­pect. Le taxi pour l’aé­ro­port ar­rive : - Com­ment tu sais mon adresse toé? - Heu, vous m’avez ap­pe­lé. - S’cu­sez, je suis un peu sur les nerfs.

Ar­ri­vé aux douanes de l’aé­ro­port, je dé­pose mon sac sur le comp­toir d’ins­pec­tion : - Vous n’avez pas de lap­top dans votre sac? - Com­ment sais-tu que j’ai pu de lap­top toé? - Heu, c’était une ques­tion. - S’cu­sez, je suis donc ben sur les nerfs. - Tas­sez-vous à droite pour l’ins­pec­tion com­plète… - Ah, câ­lice! Je ne suis pas sur les nerfs parce que j’ai quelque chose d’illé­gal… - Je vous de­man­de­rais de gar­der le si­lence pen­dant qu’on vé­ri­fie vos ba­gages. - C’est bon mon­sieur Pineault, tout est en règle. - Mer­ci. - Bon vol. - Qu’es­sé vol, tu me cherches-tu?

Ma blonde : - UN VOL D’AVION GUILLAUME!

Y’a rien qui com­mence plus mal des va­cances que d’ap­pe­ler ses as­su­rances en attendant à la gate pour le dé­part de ton avion. Parce qu’on di­rait qu’il faut ab­so­lu­ment tom­ber sur le Sher­lock Holmes des ré­cla­ma­tions : - C’est pour une ré­cla­ma­tion? - Oui, à la suite d’un vol! - Avez-vous tou­ché les lieux du crime? - Ben oui, j’ha­bite là, c’est ben dur de pas avoir tou­ché ma table de cuisine! - Dom­mage, on au­rait peut-être pu prendre des em­preintes… - Hey, ça va CSI Ho­che­la­ga! - Avez-vous fil­mé le vol? - Ben oui, c’est ça et je vou­lais qu’on le re­garde en­semble… Ben non, es­ti, si­non je se­rais pas au té­lé­phone avec toi, je se­rai avec 2-3 chums pis des battes de ba­se­ball en di­rec­tion du voleur! - Est-ce que c’est vous qui avez com­mis le vol? - BEN VOYONS DONC, TU ME NIAISESTU? Mais com­bien de per­sonnes, hon­nê­te­ment, as-tu pié­gées avec cette ques­tion-là? Y’en as-tu vrai­ment beau­coup qui ont dit : « Dé­so­lé, vous m’avez eu, mon er­reur? » - Écou­tez mon­sieur Pineault, tout est pos­sible. - Cou­donc, c’tu toi qui m’a vo­lé d’abord? - C’est ri­di­cule mon­sieur Pineault. - Écou­tez mon­sieur… TOUT EST POS­SIBLE!

Une fois le tout ac­cep­té par les as­su­rances et le roi de l’in­ter­ro­ga­tion, je me suis ra­che­té tous les ob­jets qui m’ont été vo­lés, prin­ci­pa­le­ment mon Mac­book Pro (pour pou­voir écrire mes chro­niques de SUMMUM!)… Une fois les ré­cla­ma­tions rem­bour­sées, j’en ai pro­fi­té pour ap­pe­ler Sher­lock aux as­su­rances, l’en­voyer pro­me­ner pour le mau­vais ser­vice que j’ai eu quand j’étais en état de crise… et pour an­nu­ler mes as­su­rances avec eux.

Après mûre ré­flexion, comme je ne vou­lais pas re­vivre les mêmes erreurs, j’ai chan­gé mes ca­chettes. Ce­pen­dant, comme ce n’est pas re­com­man­dé de ca­cher son lap­top dans le congé­la­teur, j’ai eu un flash de fou. Comme je ne cuisine ja­mais, je me suis dit, je vais le ca­cher dans le four, les vo­leurs ne re­gar­de­ront ja­mais là!

Ef­fec­ti­ve­ment, les vo­leurs ne re­gardent ja­mais là… La belle-mère non plus, d’ailleurs. Elle est ve­nue ai­der ma blonde pour un pot­luck où elle de­vait faire un ma­ca­ro­ni au fro­mage. Vou­lant bien faire, la belle-mère a pré­chauf­fé le four… Qui re­garde dans son four avant de le pré­chauf­fer? PER­SONNE!

Le sys­tème de feu part, je rentre dans la cuisine en cou­rant. QU’EST-CE QUI SE PASSE?

Belle-mère : On fai­sait juste pré­chauf­fer le four pis la bou­cane a com­men­cé… Moi : NONNNNNNNNN! MON LAP­TOP!

Elle ouvre le four.

Belle-mère : Ha! Ha! Ha! Ben là, c’est vrai­ment un MAC and CHEESE! Moi : … Belle-mère : Au moins, vous avez des as­su­rances.

Ah! Ben criss! J’ai peut-être pris le temps d’en­voyer chier Sher­lock et d’an­nu­ler mes as­su­rances, mais j’en n’ai pas re­pris d’autres ailleurs…

Fi­na­le­ment, c’est vrai­ment en­core moi l’épais!

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