MA­LADE MAL­GRÉ MOI!

Summum - - ÉDITO - PHO­TO­GRAPHE : FRANCA PERROTTO - WWW.FRANCAPERROTTO.COM

« Roof, t’es un ma­lade! » Voi­ci la phrase que j’ai en­ten­due le plus sou­vent dans les trois der­nières an­nées. Ça, puis la phrase : « Alex, est-ce que ça te dé­range si mes amies man­ne­quins nous re­joignent à ta chambre d’hô­tel? » C’est vrai, je vous l’dis! J’en­tends tou­jours cette phrase-là, dans mes rêves…

Je crois que chaque hu­mo­riste a sa fa­çon de se faire abor­der. Yvon Des­champs, c’est sû­re­ment : « Mon­sieur Des­champs, c’est un hon­neur de vous ren­con­trer, puis-je vous de­man­der un au­to­graphe sur ce pa­pier de soie? » Moi, c’est : « Roof, t’es un ma­lade! » Et 95 % des fi­nis­sants de l’école na­tio­nale de l’hu­mour, c’est : « J’vais t’prendre six Mc­cro­quettes pis la frite chan­gée en poutine. »

À no­ter que je vou­lais nom­mer le nom d’un hu­mo­riste pour le gag ci-haut, mais il tra­vaille dans un dé­pan­neur où ils vendent le ma­ga­zine, et j’au­rais trou­vé ça un peu chien qu’il voit son nom dans ma chro­nique. Qui sait, ce se­ra peut-être moi dans 10 ans qui vous ven­dra le SUM­MUM dans un Cou­che­tard? Je sais, vous al­lez me dire : « Alex c’est im­pos­sible! Dans 10 ans, le SUM­MUM va avoir fait faillite… »

Sans blague, c’est vrai­ment ce que je me fais crier sur la rue lors­qu’on me re­con­naît. J’ai même dé­jà en­ten­du cette phrase une fois alors que j’étais en France pour des tour­nages. Pas parce que je suis plus drôle qu’un hu­mo­riste fran­çais (quoique…), mais bien grâce au fa­meux pou­voir du Web qui te per­met de faire le tour de la pla­nète avec une vi­déo vi­rale.

Veuillez no­ter que je ne me vante pas d’être connu. Au contraire, car être connu sur In­ter­net, ça ne compte pas vrai­ment. La preuve : il y a des chats qui sont plus connus que moi sur You­tube. Tu le sais que ta car­rière ne vole pas très haut quand tu te fais clan­cher par des pho­tos de ma­tous qui s’lèchent l’anus… ou quand t’écris pour le SUM­MUM pour ar­ron­dir tes fins de mois.

Me faire trai­ter de ma­lade, c’est le plus beau com­pli­ment que tu peux me faire. À moins que je sois dans une ca­mi­sole de force en psy­chia­trie, bien évi­dem­ment. Me faire trai­ter de ma­lade prouve que l’hu­mour que je livre est non seule­ment un pro­duit clair, mais ça me prouve que tu ne me trouves pas juste « bon », ou tout sim­ple­ment « cor­rect ».

Pen­dant que Jean-mi­chel Anc­til au­to­gra­phie des pos­ters de son spec­tacle, que les chan­teurs de Star Aca­dé­mie signent leur chèque de B.S., qu’éric Sal­vail ne signe… pu grand-chose, moi, je signe des poi­trines fé­mi­nines et des pé­nis. Des fois, c’est sur la même per­sonne… que vou­lez-vous, on ne choi­sit pas son pu­blic!

Je me sou­viens en­core du pre­mier pé­nis que j’ai si­gné. Je sor­tais d’un mee­ting re­la­ti­ve­ment im­por­tant pour être porte-pa­role d’une marque s’adres­sant à un pu­blic fa­mi­lial. En sor­tant de notre dî­ner d’af­faires, le re­pré­sen­tant de la com­pa­gnie et moi mar­chions en­semble vers notre voi­ture. La ren­contre s’était bien dé­rou­lée. J’étais à une si­gna­ture de faire une tonne d’ar­gent et me faire connaître par le grand pu­blic jus­qu’à ce que j’en­tende : « As­ti, Alex Roof! T’es mon idole man! Peux-tu si­gner ma queue? » Nous nous sommes re­tour­nés pour dé­cou­vrir une gang de gars avec la ma­traque sor­tie de leur pan­ta­lon, un sty­lo-feutre à la main, prêts à se faire au­to­gra­phier le boyau d’ar­ro­sage. J’avais donc le choix de si­gner mon pre­mier gros contrat de pub ou mon pre­mier pé­nis. Et comme j’aime faire plai­sir à mes fans, je leur ai ré­pon­du : « Y sont ben trop pe­tits, j’peux-tu juste mettre mes ini­tiales? » Et c’est comme ça que je ne suis pas de­ve­nu por­te­pa­role pour une marque de yo­gourt.

Un gars m’a dé­jà de­man­dé après un spec­tacle de cou­cher avec sa blonde, di­sant que pour lui ce se­rait un hon­neur. Et ce n’était pas pour un trip à trois, il vou­lait « fê­ter » leur « un an » de « couple » en me lais­sant fiè­re­ment « cou­cher » avec sa « blonde ». Dé­so­lé pour l’abus de guille­mets, mais j’ai eu une mise en de­meure de la part de cha­cun de ces mots : ils re­fusent d’être tous réunis, en­semble dans cette même phrase sans être iso­lés les uns des autres.

Et ça ne tourne pas tou­jours au­tour du sexe. Une fois, j’ai croi­sé un père et son en­fant qui avait l’âge de se faire car­ter au dé­pan­neur. Hon­nê­te­ment, il de­vait avoir 12 ans. Son père m’ac­coste di­sant qu’ils sont tous les deux fans de moi. Fier de son kid, le père lui de­mande : « Vas-y, ra­conte une des blagues d’alex Roof comme tu le fais à la mai­son! »

Dé­jà là, je suis mal à l’aise. Car j’ai un hu­mour qui s’ex­porte mal dans la bouche des en­fants de 12 ans. Ce­la dit, il s’ex­cla­ma en in­ter­pré­tant un de mes gags avec une at­ti­tude mal­adroite : « Sa­vez-vous c’est quoi la dif­fé­rence entre mon pé­nis pis un sty­lo-feutre? Y’en a pas, les deux sont p’tits pis y sentent forts! »

Hon­nê­te­ment, j’avais le goût d’ap­pe­ler la po­lice… pas parce que j’étais ou­tré qu’un kid fasse un de mes gags vul­gaires, mais parce qu’il avait « scrap­pé » mon gag! Il avait ou­blié d’ajou­ter : « Pis par­fois, y’a des en­fants qui se l’mettent dans bouche! »

Je suis « connu » par un cer­tain bas­sin de gens et ça m’ap­porte des avan­tages. Les trois der­nières fois que je suis al­lé au res­to, je n’ai pas payé. Bon, OK, je suis bar­ré du res­tau­rant et la po­lice me re­cherche, mais c’est un dé­tail. À no­ter que le mot « connu » était entre guille­mets, car le mot m’a en­voyé une mise en de­meure, qui va comme suit :

Ob­jet : Mise en de­meure Mon­sieur Roof, La pré­sente mise en de­meure est pour vous de­man­der de mettre des guille­mets au­tour de moi. On m’uti­lise nor­ma­le­ment ac­com­pa­gné de noms tels que Ein­stein, So­crate et Pi­cas­so. Je ne vous connais pas, mais à lire vos chro­niques, je n’ai pas en­vie qu’on m’as­so­cie à vous.

Cor­dia­le­ment, Le mot « connu »

Pour­quoi m’ar­rive-t-il ce genre de choses? Car mon hu­mour est par­fois cru, par­fois ex­trême, mais tou­jours fi­dèle à moi-même. Vous me li­sez pré­sen­te­ment, et vous avez en­vie de lire quelque chose qui brasse. Vous n’avez pas en­vie que j’vous dise que j’ai plan­té des graines dans mon jar­din la fin d’se­maine pas­sée. Par contre, y’a plein d’autres en­droits que vous avez en­vie d’en­tendre où j’ai plan­té ma graine.

Je vous in­vite jus­te­ment à ve­nir voir mon spec­tacle d’hu­mour en ache­tant vos billets au www.alex­roof.ca ou à al­ler vi­sion­ner mes vi­déos hu­mo­ris­tiques au www.pour­quoi­pas.ca

Ne ju­gez pas mon hu­mour via une chro­nique écrite, ce se­rait comme ju­ger Jacques Ville­neuve avec ses chan­sons. La preuve, j’au­rais pu me for­cer pour trou­ver un autre gag que ce­lui de Jacques Ville­neuve. Cette chro­nique, je l’ai ac­cep­tée, car on m’avait dit que lors des séances photo, je se­rais avec des man­ne­quins. Et jus­qu’à date, je vous dirais que je ne suis pas dé­çu : j’ai réa­li­sé mon rêve men­tion­né en dé­but de chro­nique. Je ne vous dis pas avec quelle fille, mais je peux vous don­ner un in­dice. C’est la fille à la page cor­res­pon­dant à la ré­ponse de cette équa­tion :

∑(k=0)^n(n¦k) x^k a^(n-k)=ta mère

Le jour où je fe­rai l’una­ni­mi­té et que je plai­rai à tout le monde, je vais ces­ser de faire ce que je fais, car ce se­ra un signe que j’au­rai trop di­lué mon hu­mour pour plaire à un large pu­blic. Ja­mais je n’ac­cep­te­rai que mon hu­mour soit di­lué au point qu’il goûte l’eau.

Je fais de l’hu­mour à ma fa­çon. Cer­tains d’entre vous vont m’ai­mer, d’autres vont me dé­tes­ter, mais ja­mais vous ne res­te­rez in­dif­fé­rents. De l’eau, ils en vendent dé­jà au dé­pan­neur. Pour l’hu­mour cor­ro­sif, abra­sif, qui n’a peur de rien, ve­nez voir mon spec­tacle d’hu­mour en ache­tant vos billets au www. alex­roof.ca ou vi­sion­nez mes vi­déos hu­mo­ris­tiques au www.pour­quoi­pas.ca

Vous pou­vez éga­le­ment al­ler je­ter un oeil sur ma bou­tique de linge en ligne au www. la­po­chet­te­se­crete.com!

Oui, j’ai vrai­ment écrit une chro­nique pour me « plo­guer » plu­sieurs fois. Parce que comme disent mes fans : j’t’un ma­lade!

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