ENTREVUE : DRAKE

Summum - - SOMMAIRE - PAR FRANK GRIVE

Alors que plu­sieurs d’entre nous l’ont connu dans le rôle de Jim­my Brooks dans la sé­rie De­gres­si: The Next Ge­ne­ra­tion, Drake est sans contre­dit l’un des plus grands rap­peurs de la pla­nète. L’une de ses meilleures tounes, Hot­line Bling, a même dé­pas­sé le mil­liard de vues sur Youtube. Ori­gi­naire de To­ron­to, ce­lui qui cu­mule tro­phées et suc­cès de­puis ses dé­buts dans l’uni­vers du hip-hop ac­corde bien peu d’en­tre­vues. Heu­reu­se­ment, on a mis la main sur l’une d’entre elles!

Plu­sieurs d’entre nous l’ont connu dans la sé­rie De­gras­si: The Next Ge­ne­ra­tion – ou l’ont vu, car on sait très bien que vous n’avoue­rez ja­mais l’avoir re­gar­dée à l’ado­les­cence – dans le rôle de Jim­my Brooks. Puis, il a fait ses pre­miers pas dans l’in­dus­trie du rap! En­tre­tien comme il s’en fait peu avec l’un des To­ron­tois les plus po­pu­laires de la pla­nète.

Drake, en 2010, tu ve­nais de vivre un réel suc­cès et tu étais hors de tout doute le nou­veau rap­peur du mo­ment. Quand on re­garde les re­mer­cie­ments et ceux qui ont par­ti­ci­pé à Thank Me La­ter, il y a beau­coup plus de pro­duc­teurs des États-unis et d’ar­tistes in­vi­tés et on sent une ten­dance pop. C’est comme si tu étais al­lé là et que tu es re­ve­nu plus rap dans tes plus ré­cents al­bums. Oui, je pense que Thank Me La­ter est ar­ri­vé à un mo­ment de ma vie où je res­sen­tais le be­soin de me prou­ver à tout le monde et de prou­ver que je pou­vais faire des chan­sons avec telle ou telle per­sonne. Je vou­lais faire en sorte que les gens m’ac­ceptent.

As-tu dé­jà res­sen­ti que cer­taines per­sonnes ne te res­pec­taient pas ou as-tu dé­jà eu des soup­çons se­lon les­quels cer­taines per­sonnes n’étaient pas sin­cères avec toi parce que tu viens de To­ron­to? Non, je ne crois pas que les gens m’ont ju­gé par rap­port à d’où je viens. Je me suis juste tou­jours na­tu­rel­le­ment sen­ti comme un « out­si­der » partout. Je pense que ça vient du fait que, plus tu réus­sis en mu­sique, plus tu vas te sen­tir comme un « out­si­der ». […] Je pour­rais ve­nir d’aus­tra­lie, ou de n’im­porte où : quand tu com­mences à bien t’en sor­tir, les gens te font sen­tir comme si tu ve­nais d’ailleurs et que tu n’es pas comme eux. Je pour­rais être di­rec­te­ment un membre de leur en­tou­rage et ils me fe­raient sen­tir comme si je n’avais pas ma place.

Dans l’oeil des ad­mi­ra­teurs, quelque chose a chan­gé au mo­ment de la sor­tie de No­thing Was the Same (2013), qui est un al­bum plus terre à terre et où tu sembles vou­loir avoir une ré­flexion dif­fé­rente sur les choses de la vie… Oui, c’était sur­tout que je vou­lais pas­ser plus de temps à la mai­son. Je n’étais pas épar­pillé partout sur la pla­nète, je n’étais plus sur la route. Je me suis rap­pe­lé ce que je vou­lais et de­vais vrai­ment faire. Je m’étais un peu per­du. J’ai sim­ple­ment com­men­cé à me rendre compte de la culture in­croyable que nous avons ici et j’ai com­men­cé à écrire. Et je vou­lais juste ba­lan­cer ça au vi­sage de tout le monde et dire : « Re­gar­dez ça! C’est quelque chose! » […] Je suis fier d’où je viens et d’avoir com­plè­te­ment évo­lué. Au­jourd’hui, je re­garde Thank Me La­ter et je me dis : « C’était mon la­bel Young Mo­ney, tout était plus gros, toutes les villes avaient l’air plus grosses et les lu­mières avaient l’air plus brillantes. » J’es­sayais juste de ne pas me plan­ter… Mais c’est ce que c’est et je suis fier de ça aus­si, peu im­porte ce que les gens peuvent en dire. J’ai beau­coup gran­di dans cette merde! Si c’est de ma faute, c’est bien cor­rect : c’est mon er­reur!

Views (2016) a été un des meilleurs al­bums de­puis quelques an­nées. Com­ment est-ce un tour­nant pour toi? C’était la bonne chose à faire au bon mo­ment. Par­fois, tu sens que tu es tout près de quelque chose de tel­le­ment gros, mais ça ne lève pas et ça ne lè­ve­ra ja­mais vrai­ment. Avec Views, nous sen­tions tous que nous ve­nions de créer quelque chose de très spécial que les gens com­pren­draient et, heu­reu­se­ment, ils ont ef­fec­ti­ve­ment com­pris! Je sen­tais vrai­ment qu’en tant que concept, c’était tel­le­ment large, ça cou­vrait tel­le­ment d’idéo­lo­gies, l’al­bum mé­ri­tait le suc­cès qu’il a eu. C’est aus­si ar­ri­vé à un mo­ment où j’avais quelques conflits et doutes avec le rap, alors le suc­cès a va­li­dé un pa­quet de trucs chez moi. Quand je re­garde en ar­rière, c’est vrai­ment un dé­noue­ment heu­reux!

De toute évi­dence, tu en­tre­tiens des ami­tiés qui sont très im­por­tantes pour toi et qui datent de plu­sieurs an­nées, mais la ja­lou­sie a aus­si joué un rôle im­por­tant dans ta car­rière. Je n’ai pas de pro­blème avec mes vrais amis dans la vraie vie. Il faut sa­voir sé­pa­rer la vraie vie du che­mi­ne­ment de car­rière. Je suis très fier de ma vraie vie et du ju­ge­ment dont j’ai fait preuve à tra­vers les an­nées. Les gens que j’ai gar­dés dans ma garde rap­pro­chée, et qui ne viennent pas de l’in­dus­trie, ont tou­jours été loin des pro­jec­teurs et ont tou­jours été francs avec moi. Mais il y en a d’autres qui croisent ton che­min et tu le sais dès le dé­part qu’ils sont mau­vais pour toi : ils sont là pour eux seule­ment. Et c’est une ré­ac­tion hu­maine na­tu­relle : c’est de la sur­vie! Mais je me dois ce­pen­dant de bien dis­tin­guer ce genre de com­por­te­ment chez les gens et m’en pro­té­ger. Tu ne peux pas te trom­per quand vient le temps de faire confiance à des gens, car cer­taines per­sonnes ne mé­ritent tout sim­ple­ment au­cune confiance!

L’agres­si­vi­té est une part importante du rap qui, jus­qu’à un cer­tain point, lui donne mau­vaise ré­pu­ta­tion. Pour­tant, le rock aus­si doit être agres­sif pour fonc­tion­ner, tant dans la pré­sen­ta­tion que dans les pa­roles. Penses-tu qu’il doit y avoir en­core de l’édu­ca­tion au­tour du hi­phop et du rap? Je pense qu’il doit y avoir quelque chose qui soit dit sur le fait que tout le monde veut être LE gars res­pec­té dans la rue par les autres « toughs ». Tout le monde veut être le meilleur parce que l’on fait un type de mu­sique qui est de la pure li­ber­té d’ex­pres­sion et qui tourne beau­coup au­tour de par­ler de soi. […] On uti­lise le rap pour par­ler de soi aux gens, pour les mettre à jour. En tout cas, moi je le fais! Ma mu­sique est une mise à jour, je ne veux pas par­ler à tra­vers les mé­dias so­ciaux. J’aime être en entrevue et que l’on me de­mande en entrevue, mais je ne veux pas faire ça tout le temps. J’aime mieux dire ce que j’ai à dire en m’ex­pri­mant sur un al­bum. Ce­ci étant dit, je pense que c’est de là que toute cette source de confron­ta­tion pro­vient dans notre genre mu­si­cal, parce qu’entre le mo­ment où je fais un al­bum et le mo­ment où je me re­tire après, beau­coup de gens disent beau­coup de choses. Ils font leurs ré­cri­mi­na­tions ou, tu sais, quand tu n’es pas dans le cycle d’un nou­vel al­bum, il y au­ra tou­jours quel­qu’un qui vou­dra ta place. Tu dois donc tou­jours re­ve­nir avec un es­prit de conqué­rant, de ven­geance. Tou­jours. Et j’aime ça. Je suis là pour ga­gner.

Drake se­ra de pas­sage au Centre Bell à Mon­tréal les 4 et 5 sep­tembre pro­chains.

JE SUIS LÀ POUR GA­GNER

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