Le vrai vi­sage de Vla­di­mir Pou­tine

L’ES­PION DE­VE­NU L’HOMME LE PLUS PUIS­SANT DU MONDE

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PAR MI­CHEL BOU­CHARD – SI ON DE­VAIT S’INS­PI­RER D’UNE PER­SONNE RÉELLE AFIN DE TROU­VER UN MÉ­CHANT IDÉAL POUR LE PRO­CHAIN FILM DE JAMES BOND, ON POUR­RAIT PRENDRE COMME MO­DÈLE LE GRAND PA­TRON DE SPACE X ET DE TES­LA, LE MIL­LIAR­DAIRE ELON MUSK, AVEC SES TECH­NO­LO­GIES AU­DA­CIEUSES ET SON DÉ­SIR DE CHAN­GER LA FACE DE LA PLA­NÈTE. ON POUR­RAIT TOUT AU­TANT CALQUER LE VI­LAIN SUR LE RI­CHIS­SIME RI­CHARD BRAN­SON, LE PA­TRON DE VIR­GIN OU SUR JEFF BEZOS, CE­LUI QUI S’EST HISSÉ AU SOM­MET DE LA LISTE DES HOMMES LES PLUS FORTUNÉS AU MONDE COMME PDG D’AMA­ZON. MAIS L’UL­TIME MÉ­CHANT SE­RAIT DA­VAN­TAGE UN HOMME PO­LI­TIQUE PUIS­SANT. UN CHEF D’ÉTAT CRAINT, BRILLANT ET MAGNANIME CA­PABLE D’INS­PI­RER À LA FOIS LA PEUR ET LE RES­PECT, DES AT­TRI­BUTS QUI EXCLUENT DE FACTO DO­NALD TRUMP, KIM JUNG-UN, JUS­TIN TRU­DEAU ET RÉ­GIS LABEAUME. LE VI­LAIN IDÉAL INS­PI­RÉ D’UNE PER­SONNE RÉELLE SE­RAIT SANS CONTRE­DIT VLA­DI­MIR POU­TINE, HOMME PO­LI­TIQUE RUSSE ÉNIG­MA­TIQUE AU PAS­SÉ TROUBLE.

D’OÙ VIENT VLA­DI­MIR POU­TINE? Vla­di­mir Pou­tine a vu le jour le 7 oc­tobre 1952 dans la ville de Le­nin­grad, au­jourd’hui Saint-pé­ters­bourg; une ci­té alors dé­vas­tée par les consé­quences de la Deuxième Guerre mon­diale, là où il gran­dit avec ses pa­rents et ses deux frères dans un mo­deste ap­par­te­ment.

Bles­sé griè­ve­ment après son pas­sage dans l’ar­mée, son père est contraint de tra­vailler dans une usine. En­fant, Pou­tine se pas­sionne pour le sport et le ci­né­ma. Cet ama­teur des Beatles se met au judo (cein­ture noire 5e dan en 2001), un sport où il dé­cro­che­ra une cein­ture noire à l’âge de 18 ans. Il pra­tique aus­si le ka­ra­té (cein­ture noire 8e dan), le taek­won­do (cein­ture noire 9e dan) et le sam­bo, un art mar­tial russe. On ra­conte que si Pou­tine a dé­ci­dé de pra­ti­quer un sport de com­bat à l’âge de 11 ans, c’était pour te­nir tête aux gros bras de son école, lui dont la pu­ber­té tar­dait à se ma­ni­fes­ter.

SES ÉTUDES ET SON TRA­VAIL D’ES­PION Au mi­lieu des an­nées 70, Vla­di­mir Pou­tine dé­croche son di­plôme du dé­par­te­ment in­ter­na­tio­nal de la fa­cul­té ju­ri­dique de l’uni­ver­si­té d’état de Le­nin­grad, ce qui lui pave la voie vers un em­ploi au sein de l’état dans le dé­par­te­ment de la sé­cu­ri­té. Près de 10 ans plus tard, il s’ins­crit à l’école su­pé­rieure du KGB de Mos­cou, là où il axe son champ d’études sur les pays ger­ma­no­phones. Cette spé­cia­li­sa­tion lui per­met d’ob­te­nir un job de di­rec­teur de la Mai­son de l’ami­tié so­vi éto-al­le­mande, en Ré­pu­blique dé­mo­cra­tique d’al­le­magne. Sous cette cou­ver­ture, il re­crute des es­pions à la solde de la Rus­sie avec comme ob­jec­tif de les dé­ployer sur le ter­ri­toire des États-unis. LA VIE SE­CRÈTE DE LA FA­MILLE POU­TINE Vla­di­mir Pou­tine a épou­sé en pre­mières noces Lyud­mi­lia Pu­ti­na, avec qui il a eu deux filles, Ye­ka­te­ri­na et Ma­riya. En 2013, alors qu’il as­siste à un spec­tacle de bal­let, les jour­na­listes l’ac­costent et lui de­mandent pour quelle rai­son son épouse et lui sont si ra­re­ment en­semble. Il leur ré­pon­dra en confir­mant son di­vorce… Et vlan! Par­lant d’épouse, des ru­meurs éma­nant de ser­vices se­crets de pays d’eu­rope disent que Pou­tine au­rait eu de nom­breuses in­fi­dé­li­tés par le pas­sé et qu’il n’a pas la main tendre avec les femmes lorsque les choses ne se passent pas comme il le veut.

Pou­tine a dé­ployé des me­sures de sé­cu­ri­té ex­cep­tion­nelles pour s’as­su­rer que per­sonne ne pour­rait s’en prendre à ses filles. Ma­riya et Ye­ka­te­ri­na Pu­ti­na ont donc fré­quen­té l’école sous des noms d’em­prunt et au­cune pho­to ré­cente d’elles n’est dis­po­nible.

Par ailleurs, l’homme le plus craint sur terre est un amou­reux des ani­maux. Il a plu­sieurs chiens de grande taille et il aime bien les uti­li­ser pour im­pres­sion­ner et ins­pi­rer la peur lors­qu’il re­çoit des di­gni­taires d’autres pays. Il a no­tam­ment uti­li­sé cette tac­tique dans une ren­contre avec An­ge­la Mer­kel, la chan­ce­lière de l’al­le­magne, de qui il sa­vait la pho­bie de la race ca­nine.

SES DÉ­BUTS EN PO­LI­TIQUE Il quitte le KGB en 1992 alors qu’il est lieu­te­nant-co­lo­nel et rentre à Saint-pé­ters­bourg pour s’im­pli­quer ac­ti­ve­ment en po­li­tique mu­ni­ci­pale. Il ac­cède au poste de conseiller du di­rec­teur du conseil mu­ni­ci­pal, puis il de­vient vice-pré­sident du conseil mu­ni­ci­pal. Vla­di­mir Pou­tine a no­tam­ment pour man­dat de se char­ger du mar­ché de l’in­ves­tis­se­ment, de la co­en­tre­prise et des re­la­tions avec les com­pa­gnies étran­gères.

Son as­cen­sion po­li­tique ne fait que com­men­cer. Quatre an­nées après avoir quit­té l’ar­mée, Pou­tine dé­mé­nage à Mos­cou et ac­cède au poste d’ad­joint de Pa­vel Bo­ro­dine, alors en charge des af­faires de la pré­si­dence russe. Il conti­nue de ga­gner en grade et de­vient le chef de la Di­rec­tion du contrôle de l’ad­mi­nis­tra­tion de la Fé­dé­ra­tion de Rus­sie, puis di­rec­teur du Ser­vice fé­dé­ral de sé­cu­ri­té. En 1998, on lui oc­troie le poste de di­rec­teur du Ser­vice fé­dé­ral de sé­cu­ri­té et quelques mois plus tard, il est de­ve­nu se­cré­taire du Conseil de sé­cu­ri­té de Rus­sie. À la suite de la dé­mis­sion at­ten­due de Bo­ris El­stine, Vla­di­mir Pou­tine de­vient pré­sident de la Rus­sie par in­té­rim lors du tout der­nier jour de l’an­née 1999.

C’est en mars 2000 qu’il se fait élire of­fi­ciel­le­ment à titre de pré­sident et son man­dat se­ra re­con­duit quatre ans plus tard. En 2008, il re­met sa dé­mis­sion comme pré­sident et pas­se­ra les quatre an­nées sub­sé­quentes comme chef du gou­ver­ne­ment russe, puisque la loi ne lui per­met pas de bri­guer plus de deux man­dats de ma­nière consé­cu­tive. Afin de s’as­su­rer de ne plus avoir à quit­ter aux huit ans, Pou­tine uti­lise son pou­voir pour faire pas­ser une loi afin de lui per­mettre de de­meu­rer en poste pas­sé ce terme. Il étire les man­dats à six ans à condi­tion que les can­di­dats aient bri­gué deux man­dats par le pas­sé et aient at­ten­du quatre ans avant de re­ve­nir au terme de ces man­dats… De sorte qu’avec son élec­tion ré­cente, Pou­tine pour­rait tech­ni­que­ment avoir cu­mu­lé 24 ans à la tête du pays en 2024.

L’in­fluence po­li­tique de la per­son­na­li­té de l’an­née 2007 du ma­ga­zine Time se fait ra­pi­de­ment sen­tir. Dans une Rus­sie désor­ga­ni­sée à la suite de la chute du com­mu­nisme, il a pour ob­jec­tif de re­le­ver l’éco­no­mie de son pays et de re­do­rer le bla­son de sa na­tion. Il re­prend le contrôle de l’en­semble de l’ad­mi­nis­tra­tion et chasse les oli­garques fi­nan­ciers, qui ont pas­sé des an­nées à s’en­ri­chir sur le dos de l’état avec la pri­va­ti­sa­tion des ac­tifs dans les an­nées 90. Il en met­tra plu­sieurs en pri­son pour as­seoir son au­to­ri­té.

Ce­lui qui maî­trise éga­le­ment le pia­no et le chant ré­forme l’éco­no­mie de la Rus­sie, il fixe un im­pôt sur le re­ve­nu à taux fixe, il crée des lois qui per­met­tront aux so­cié­tés de croître plus ai­sé­ment. Ces me­sures per­mettent à sa Rus­sie de ré­duire sa dette et de mettre en place des me­sures so­ciales avan­ta­geuses.

Les conflits en Géor­gie et en Ukraine sou­lèvent l’ire des pays oc­ci­den­taux et lui per­mettent de confir­mer son pou­voir sur le monde. Les autres na­tions évitent de s’im­pli­quer dans ces guerres de peur de ra­vi­ver des re­lents de la Guerre froide.

Au fil du temps, Pou­tine change de ton et ac­croît son au­to­ri­té avec des me­sures plus dras­tiques et plus conser­va­trices. Les as­sas­si­nats de jour­na­listes et le contrôle de la li­ber­té de presse font de plus en plus ja­ser.

La Rus­sie est mise de cô­té par le G8, qui de­vient un G7. Les re­la­tions di­plo­ma­tiques sont de plus en plus ten­dues et les ru­meurs per­sis­tantes d’in­gé­rence de Pou­tine dans les élec­tions amé­ri­caines ra­vivent les ten­sions.

Dans l’ob­jec­tif de re­don­ner ses lettres de no­blesse à la Rus­sie, il a joué la carte du sport pour dé­mon­trer au reste de la pla­nète que son pays se por­tait bien, no­tam­ment avec les Jeux olym­piques de Sot­chi et la pré­sen­ta­tion de la Coupe du monde de la FI­FA, là où il n’a pas lé­si­né sur les dé­penses. En dé­tour­nant l’at­ten­tion avec le sport, il a ain­si pu pour­suivre ses of­fen­sives ar­mées et faire des avan­cées en Ukraine par exemple.

Avec Pou­tine, il est main­te­nant clair qu’une nou­velle Guerre froide en­core plus pernicieuse est en train de se profiler. DES EX­PLOITS IN­CROYABLES… ET PEU CRÉ­DIBLES Si Kim Jong-il était re­con­nu pour des ex­ploits fa­bri­qués de toute pièce comme sa par­tie de golf avec une carte de 38 sous le par et cinq trous d’un coup, Vla­di­mir Pou­tine, pour sa part, a cette ten­dance à mettre en scène des ac­com­plis­se­ments.

Par exemple, il a joué une par­tie de ho­ckey contre des ex-joueurs de la LNH, no­tam­ment Pa­vel Bure et Va­le­ri Ka­mens­ky, et il a mar­qué 8 des 16 buts des siens… Pour­tant, il était clai­re­ment le joueur le plus lent et le moins ha­bile sur la pa­ti­noire, à éga­li­té avec la zam­bo­ni et ces types qui se plaisent à in­ter­rompre les matchs de ho­ckey en dé­fi­lant à poil sur la glace.

Adepte de la plon­gée sous-ma­rine, Pou­tine a pra­ti­qué son pas­se­temps sur un site ar­chéo­lo­gique dans la mer Noire, là où il a ex­tir­pé des pro­fon­deurs des re­liques de la Grèce an­tique, tel un In­dia­na Jones. Plus tard, on a ré­vé­lé que ces re­liques avaient été pla­cées là pour le spec­tacle.

En 2010, il a aus­si ai­dé des com­pa­triotes pom­piers à vaincre des feux de fo­rêt en co­pi­lo­tant un avion-ci­terne… Outre le ho­ckey et la plon­gée, il pra­tique éga­le­ment la pêche, l’équi­ta­tion, le raf­ting, et le ski. Adepte de course au­to­mo­bile, il a même dé­jà pris place dans une voi­ture de For­mule 1 de l’écu­rie Re­nault.

«UNE NOU­VELLE GUERRE FROIDE EN­CORE PLUS PERNICIEUSE EST EN TRAIN DE SE PROFILER»

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