Xe­na, la prin­cesse guer­rière

LA PRIN­CESSE GUER­RIÈRE

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PAR MI­CHEL BOU­CHARD – LA TÉ­LÉ­VI­SION MET SOU­VENT EN VE­DETTE DES PER­SON­NAGES IS­SUS DE LÉ­GENDES OU DU FOLKLORE. CES PER­SON­NAGES DO­TÉS DE CA­PA­CI­TÉS SURHUMAINES CAPTIVENT L’IMA­GI­NAIRE ET SÉ­DUISENT LES AMA­TEURS DE SCIENCE-FIC­TION. ON N’A QU’À PEN­SER À BAYWATCH POUR SE RENDRE COMPTE QUE LE LIEN ENTRE LA PHRASE D’INTRO ET LES FILLES EN MAILLOTS ROUGES EST DOU­TEUX AU POS­SIBLE. TOUT ÇA POUR PAR­LER D’UNE SÉ­RIE CULTE QUI A FAIT LE DÉ­LICE DES TÉ­LÉ­SPEC­TA­TEURS À LA FIN DES AN­NÉES 90 : XE­NA, LA PRIN­CESSE GUER­RIÈRE. UNE PRO­DUC­TION QUI AMALGAMAIT LE VI­SUEL DE BAYWATCH, L’AC­TION DE LA SÉ­RIE HER­CULE ET LA TRAME NAR­RA­TIVE DÉCOUSUE D’UNE SAI­SON DES CA­NA­DIENS.

Xe­na, c’était du bon­bon pour les yeux et de la mu­sique aux oreilles. En fait, c’était un plai­sir cou­pable. Com­ment de­meu­rer de glace de­vant un gé­né­rique conte­nant des phrases dignes d’une ré­édi­tion de La Bible croi­sée avec The Lord of the Rings, Les Mys­té­rieuses Ci­tés d’or et un épi­sode de Dé­cou­verte : « À l’époque des Dieux de la my­tho­lo­gie, des Sei­gneurs de la guerre et des Rois de lé­gende, un pays en plein dé­sordre de­man­dait un hé­ros. Alors sur­vint Xe­na, une pres­ti­gieuse prin­cesse is­sue du coeur des ba­tailles. Com­bat. Pas­sion. Dan­ger. Par son cou­rage, Xe­na chan­ge­ra la face du monde. »

Xe­na, la prin­cesse guer­rière, est une sé­rie té­lé­vi­sée qui a sé­vi au pe­tit écran de 1995 à 2001, étalée sur 134 épi­sodes de 42 mi­nutes.

La très com­plexe trame nar­ra­tive de la sé­rie se ré­sume en l’his­toire d’une guer­rière – pas mal sexy – de la Grèce an­tique en quête de ré­demp­tion. Pour faire court, après s’être ren­du compte qu’elle était la res­pon­sable de la mort d’un bon nombre de gens de son vil­lage, la fille ne se sent pas su­per bien et dé­cide de prendre la route avec sa com­plice, Ga­brielle, pour ai­der les plus dé­mu­nis et les plus faibles. C’est un peu comme si on sui­vait l’épo­pée d’un per­son­nage de Game of Th­rones qui se prend pour Doc­teur Who, vit comme le Va­ga­bond et se pro­mène en com­pa­gnie de la fille de Fu­gueuse.

Le per­son­nage de Xe­na a pris nais­sance dans la té­lé­sé­rie Her­cule, alors qu’elle y jouait un per­son­nage se­con­daire. Les pro­duc­teurs avaient comme ob­jec­tif de faire mou­rir la guer­rière après trois épi­sodes, mais, char­més par le ré­sul­tat, ils ont chan­gé leur fu­sil d’épaule en créant une sé­rie au­tour du per­son­nage.

Lu­cy Law­less n’était pas le pre­mier

choix des pro­duc­teurs pour jouer Xe­na; en fait, elle n’était pas le deuxième choix non plus, mais c’est à elle que le rôle est re­ve­nu en fin de compte.

La sé­rie a été pro­duite par Sam Rai­mi – qui a cha­peau­té la tri­lo­gie The Lord of the Rings – et a été tour­née en Nou­velle-zé­lande. C’est ça qui est ça.

L’arme de Xe­na, le cha­kram, est une arme réelle, même si ça a des al­lures de fris­bee. Elle était uti­li­sée en Inde dans les an­nées « je sais plus trop pis j’ai pas le temps, la page Wi­ki­pé­dia était trop longue », mais ne l’est plus du tout au­jourd’hui, dé­lais­sée au pro­fit d’armes d’as­saut. On se de­mande bien pour­quoi.

Il n’a pas fal­lu long­temps pour que la sé­rie Xe­na de­vienne beau­coup plus po­pu­laire que la sé­rie Her­cule, qui met­tait en ve­dette le seul et unique Ke­vin Sor­bo. Un genre de mé­lange entre Hulk Ho­gan et Da­vid Spade. D’ailleurs, on ne le voit pas beau­coup der­niè­re­ment, ce qui pousse à croire que les termes « seul » et « unique » sont plus qu’ap­pro­priés.

Même si Xe­na est Grecque et qu’elle vit à l’époque de la Grèce an­tique, donc au­tour de 2000 ans avant J.-C., elle a ac­cu­mu­lé pas­sa­ble­ment d’air Miles, elle qui est pas­sée par la Chine, l’inde, l’égypte, le Ma­roc, la Si­bé­rie, la Grande-bre­tagne, le Ja­pon et même les pays scan­di­naves. Non, pas de men­tion de Baie-co­meau ou de Can­diac. Pire, elle a même voya­gé à l’époque mé­dié­vale, ce qui rend un peu per­plexe sur le plan his­to­rique, di­sons-le.

Les mythes et les époques, tout comme les lieux, sont to­ta­le­ment confus dans la sé­rie, mais Fran­çois Bu­gin­go nous as­sure que tout est his­to­ri­que­ment fiable.

À l’ori­gine, Xe­na de­vait être une

guer­rière blonde, mais comme les che­veux de Lu­cy Law­less ne ré­agis­saient pas su­per bien au trai­te­ment, on a dé­ci­dé de lais­ser Xe­na por­ter une ti­gnasse noire, de peur de se re­trou­ver avec une Xe­na chauve dès la deuxième sai­son.

La sé­rie a connu beau­coup de suc­cès. Les adeptes étaient com­plè­te­ment ac­cros et Xe­na a fi­gu­ré par­mi les cinq sé­ries les plus re­gar­dées du­rant ses six an­nées de dif­fu­sion.

À par­tir du mi­lieu de la pre­mière sai­son, chaque épi­sode de la sé­rie ve­nait avec un faux mes­sage d’aver­tis­se­ment au gé­né­rique. Ain­si, plu­tôt que d’y lire qu’au­cun ani­mal n’avait été mal­trai­té du­rant le tour­nage, on y re­trou­vait des pe­tites phrases hu­mo­ris­tiques du genre : « Au­cun cen­taure n’a été mal­trai­té », « Ni Xe­na, ni sa trop res­sem­blante soeur ju­melle Dia­na n’ont été mal­trai­tées du­rant le tour­nage » ou « La re­la­tion entre Xe­na et Ga­brielle a été mal­trai­tée du­rant le tour­nage ».

À l’époque, la re­la­tion entre Ga­brielle et Xe­na a tou­jours été am­bi­guë… pour à peu près per­sonne. Les deux com­plices par­ta­geaient un peu plus que leur amour de l’aven­ture. L’ex­pres­sion « en criant ci­seaux » étant ici plu­tôt ap­pro­priée (dans le sens de…). Qui plus est, les dia­logues rem­plis de sous-en­ten­dus au su­jet de leur re­la­tion ne lais­saient pla­ner au­cun doute et étaient vo­lon­tai­re­ment écrits en ce sens. La sé­rie est de­ve­nue culte au sein de la com­mu­nau­té les­bienne.

Par­lant de Ga­brielle, la pe­tite blonde a vrai­ment ré­orien­té sa car­rière de ma­nière in­at­ten­due quand on y pense, pas­sant de fer­mière ché­tive à re­dou­table guer­rière ama­zone. Si ce n’est pas un vi­rage à 180 de­grés ça, je me de­mande bien ce que c’est.

Xe­na n’a ja­mais af­fron­té Chuck Nor­ris, heu­reu­se­ment pour elle et

ses ad­mi­ra­teurs, parce que la sé­rie au­rait eu une fin abrupte.

Par­lant de ses adeptes, plu­sieurs cé­lé­bri­tés hol­ly­woo­diennes étaient en pâ­moi­son de­vant cette sé­rie, no­tam­ment Quen­tin Ta­ran­ti­no.

La sé­rie est ar­ri­vée au mo­ment où In­ter­net se pro­pa­geait dans les chau­mières, de­ve­nant du même coup une des pre­mières sé­ries à avoir une base d’ama­teurs vir­tuels qui échan­geaient conti­nuel­le­ment entre eux. Plu­sieurs pages web sont alors nées sur le su­jet.

La ma­jo­ri­té des cas­cades réa­li­sées par le per­son­nage de Ga­brielle étaient l’oeuvre de l’ac­trice Re­nee O’con­nor elle-même, comme quoi la pe­tite blonde vul­né­rable avait au­tant d’at­tri­buts phy­siques que de ta­lents ca­chés…

Le cos­tume de Xe­na est ex­po­sé en per­ma­nence par le Smith­so­nian de­puis 2006.

Les yeux de Lu­cy Law­less sont ab­so­lu­ment su­blimes. Ici, c’est un com­men­taire to­ta­le­ment gra­tuit, mais fal­lait le dire.

Le per­son­nage de He­las n’existe pas et n’a ja­mais fi­gu­ré dans au­cun scé­na­rio, mais c’est tout comme. Car c’est dans la sai­son 6, la der­nière de la sé­rie, que les pre­mières scènes de nu­di­té sont ap­pa­rues. Hé­las.

Les pro­duc­teurs ont ten­té en vain de tour­ner un épi­sode où Xe­na et Won­der Wo­man sont en ve­dette. Les né­go­cia­tions n’ont ja­mais abou­ti vers un ré­sul­tat concret.

Lu­cy Law­less avait été pres­sen­tie pour jouer un rôle dans une nou­velle ver­sion de la sé­rie, mais pas ce­lui de Xe­na. Le pro­jet avait été an­non­cé par NBC, mais, fi­na­le­ment, il n’a ja­mais vu le jour.

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