Le grunge cé­lèbre son 25e an­ni­ver­saire

Summum - - SOMMAIRE - PAR CHARLES LAPLANTE –

« LA VIE N’A PAS ÉTÉ DOUCE POUR CER­TAINS CHAN­TEURS TORTURÉS DES AN­NÉES 90 »

L’AN DE GRÂCE 2019 EST À NOS PORTES ET C’EST CETTE AN­NÉE QUE LE GRUNGE FÊ­TE­RA LE 25e AN­NI­VER­SAIRE DE SA MORT. INCIDEMMENT, LE PLUS CÉ­LÈBRE AR­TISTE IS­SU DE CE MOU­VE­MENT, UN PE­TIT BLOND DONT LE NOM EST KURT COBAIN, EST AUS­SI DÉ­CÉ­DÉ LA MÊME AN­NÉE. POUR CER­TAINS, LE GRUNGE SE RÉ­SUME D’AILLEURS SEULE­MENT À NIRVANA ET PEUT-ÊTRE UN PEU AUS­SI À PEARL JAM ET À ALICE IN CHAINS. QUAND ON CREUSE UN PEU PLUS LOIN, PAR CONTRE, ON SE REND COMPTE QUE CES GROUPES ULTRAPOPULAIRES N’ÉTAIENT QUE LA POINTE DE L’ICEBERG. AUTOPSIE RA­PIDE D’UN MOU­VE­MENT ROCK DONT LES IN­FLUENCES SE RE­TROUVENT EN­CORE PAR­TOUT APRÈS UN QUART DE SIÈCLE.

LES BALBUTIEMENTS (1981-1988)

Sur pa­pier, c’est le chan­teur de Mud­ho­ney, Mark Arm, qui a uti­li­sé le terme « grunge » en pre­mier dans une au­to­cri­tique pu­bliée ser­vant à dé­crire la mu­sique de l’un de ses pre­miers groupes : Mr. Epp and The Cal­cu­la­tions. Bien que cet exer­cice d’au­to­pro­mo­tion soit un peu tom­bé dans l’oubli de­puis, les Mud­ho­ney font par­tie, avec Sound­gar­den, des pre­miers groupes si­gnés sur la mai­son de disques Sub Pop, de­ve­nue une pres­ti­gieuse en­tre­prise de­puis sa créa­tion en 1986. À Seat­tle, le son sale d’un groupe culte fon­dé en 1981 de­vien­dra la plus grande in­fluence du grunge. Ce groupe-là, c’est U-men. Ses membres ont ar­rê­té de jouer au mo­ment où le mou­ve­ment qu’ils ont fait naître était sur le point d’ex­plo­ser, en 1989. C’est cette an­née-là que Sub Pop a sor­ti le pre­mier disque de Nirvana, Bleach. Le buzz n’était pas en­core tout à fait ins­tal­lé, mais il y avait dé­jà de la dis­tor­sion par­tout dans l’état de Wa­shing­ton. Les Mel­vins à Mon­te­sa­no, les Screa­ming Trees à El­len­burg et les ados de Giant Hen­ry – qui al­laient de­ve­nir Un­wound – à Olympia, entre autres choses.

LA GRANDE EX­PLO­SION (1990-1991)

En 1990, Guns N’roses fait vendre des tonnes de ma­ga­zines même si un rock da­van­tage cras­seux et as­sai­son­né de punk et de mé­tal com­mence à se faire as­sour­dis­sant. Les types en cra­vate qui bossent pour Gef­fen Re­cords, l’éti­quette d’axl et com­pa­gnie, com­mencent à flai­rer le chan­ge­ment de garde et signent So­nic Youth, groupe de la contre-culture new-yor­kaise qui abuse de gui­tares désac­cor­dées et de dis­tor­sion. Les membres de ce qua­tuor partent en tour­née avec Nirvana et Di­no­saur Jr au dé­but de l’été 1991. Ils convainquent en­suite Gef­fen de prendre Nirvana sous son aile. La suite des évè­ne­ments a chan­gé le cours de l’his­toire de la mu­sique. Ne­ver­mind est lan­cé le 24 sep­tembre 1991 et Smells Like Teen Spi­rit joue dé­jà par­tout la se­maine sui­vante. Kurt Cobain vit dans sa voi­ture au mo­ment où son groupe dé­trône Mi­chael Jackson de la pre­mière place du Billboard. En­suite, la fo­lie ba­laie l’amé­rique. Pearl Jam, Alice in Chains et Sound­gar­den com­plètent le qua­tuor des groupes les plus en vue de Seat­tle. Dans le reste des États-unis, d’autres groupes de rock se fe­ront gar­ro­cher dans le même pa­nier que le grunge. C’est le cas des Sma­shing Pump­kins (de Chi­ca­go, Il­li­nois) et des Stone Temple Pi­lots (de San Die­go, Ca­li­for­nie).

LA CHUTE (1994)

Après quelques an­nées d’in­ten­si­té, de gloire et d’ex­cès in­con­trô­lables au sein des­quels d’in­nom­brables groupes pen­sant être les pro­chains Nirvana ont été si­gnés par les plus grandes mai­sons de disques par­tout dans le monde, le mou­ve­ment com­mence à de­ve­nir la norme. Puis, le 5 avril 1994, Kurt Cobain se sui­cide à 27 ans, lais­sant dans le deuil sa femme Court­ney Love, sa fille Frances Bean Cobain ain­si que Dave Grohl, Krist No­vo­se­lic et Pat Smear, membres sur­vi­vants de Nirvana. Vé­ri­table Jim Mor­ri­son des temps mo­dernes, on le croise en­core ré­gu­liè­re­ment sur les t-shirts de jeunes filles et gar­çons nés beau­coup plus tard. Mu­si­ca­le­ment, c’est la sombre ère post-grunge qui com­mence alors que Creed, Bush X et Sil­ver­chair do­minent les ondes ra­dio. Nou­velle en­core plus mau­vaise : cette pé­riode trouble se­rait bien­tôt sui­vie de l’avè­ne­ment du nü-me­tal.

L’HÉ­RI­TAGE (DE 1995 À AU­JOURD’HUI)

La vie n’a pas été douce pour cer­tains chan­teurs torturés des an­nées 90. De­puis la mort de Kurt, Layne Sta­ley, chan­teur d’alice in Chains, nous a quit­tés en 2002, tan­dis que Ch­ris Cor­nell, de Sound­gar­den, a mis fin à ses jours en 2016. Mal­gré la perte de ces géants, le son de Seat­tle a lais­sé une marque in­dé­lé­bile dans l’his­toire du rock et il n’est pas rare d’en en­tendre beau­coup d’in­fluences dans la mu­sique de nou­veaux ar­tistes qui gardent la flamme, l’es­prit ra­geur et le cô­té sale de ces groupes lé­gen­daires, tous pa­reils, mais sur­tout tous dif­fé­rents.

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