Chas­ser la mo­ro­si­té de l’entre-sai­son

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La dé­prime af­flige le cy­cliste en fin de sai­son aus­si sû­re­ment qu’il neige en hi­ver. Heu­reu­se­ment, il est pos­sible au spor­tif de se pré­pa­rer à ac­cro­cher son vé­lo avec sé­ré­ni­té.

No­vembre est, à plus d’un titre, la pé­riode le plus dé­pri­mante de l’an­née. Le so­leil se couche au beau mi­lieu de l’après-mi­di, un ca­maïeu de brun-gris se dé­cline par­tout où le re­gard se pose, les abris Tempo poussent comme des cham­pi­gnons... Le mois des morts mé­rite bien son nom, quoi ! Les cy­clistes ne sont pas en reste: no­vembre, c’est la fin plus ou moins contrainte de la sai­son, le point de non-re­tour, l’ul­time bar­rière. Bref, c’est l’heure de ran­ger son vé­lo pour cause de frette et de neige im­mi­nente, qu’on le veuille ou non.

Si, comme l’au­teur de ces lignes, cette pers­pec­tive vous fout le ca­fard, soyez sans crainte: c’est tout à fait nor­mal, af­firme Amé­lie Sou­lard, pré­pa­ra­trice men­tale à l’Ins­ti­tut na­tio­nal du sport du Qué­bec (INS Qué­bec). « Le même phé­no­mène est ob­ser­vé à la fois chez les ath­lètes de haut ni­veau et les olym­piens et chez les spor­tifs ama­teurs, mais d’une am­pleur plus grande par­mi les pre­miers. Il se ca­rac­té­rise par une dé­prime et des symp­tômes dé­pres­sifs tein­tés de nos­tal­gie, voire de pen­sées noires ou de com­por­te­ments des­truc­teurs », sou­ligne la psy­cho­logue spor­tive et or­ga­ni­sa­tion­nelle.

Plu­sieurs hy­po­thèses semblent ex­pli­quer cet état com­pa­rable à la dé­pression du post-par­tum. L’une d’elles est pu­re­ment phy­sio­lo­gique : le cy­cliste ac­cro à son fix quo­ti­dien d’en­dor­phines y plonge dès lors que les doses di­mi­nuent. C’est l’état de manque. Une autre est celle de l’adap­ta­tion : l’ar­rêt de ce qui l’ani­mait jour et nuit pro­voque ni plus ni moins un cham­bou­le­ment des points de re­père iden­ti­taires. « Même s’il a une fa­mille, un tra­vail, des amis, le cy­cliste se dé­fi­nit for­cé­ment un peu par rap­port à sa pra­tique spor­tive. La fin de la sai­son le force à se re­dé­fi­nir », pré­cise l’ex­perte.

On peut ce­pen­dant se dis­po­ser à cette pé­riode de tran­si­tion post-sai­son de ma­nière à la vivre avec dé­ta­che­ment. « En temps nor­mal, chez un ama­teur, sa du­rée est de quelques jours à tout au plus quelques se­maines. À l’in­té­rieur de ce dé­lai, il n’y a pas lieu de s’in­quié­ter », in­dique Amé­lie Sou­lard. Voi­ci comment s’y prendre.

1• Du es­sen­tiel

La ques­tion n’est pas de sa­voir si la dé­prime va frap­per, mais bien quand et comment. Se­lon Amé­lie Sou­lard, ac­cep­ter qu’elle existe nd et qu’on en soit vic­time en fin de sai­son est la meilleure chose à faire pour com­men­cer à s’en ex­tir­per. « Ain­si, on ne se­ra pas sur­pris lors de sa ma­ni­fes­ta­tion. À l’in­verse, on au­ra plu­tôt ten­dance à re­la­ti­vi­ser la si­tua­tion et à main­te­nir une saine dis­tance vis-à-vis de ses émo­tions », dit-elle. Un truc : en­cer­cler la date pres­sen­tie de la fin de sa sai­son sur son ca­len­drier et aver­tir son en­tou­rage qu’on se­ra da­van­tage à cran dans les jours sui­vants.

2• Bri­ser l’iso­le­ment

Faire du vé­lo, c’est ren­con­trer d’autres cy­clistes, so­cia­li­ser avec eux et, par­fois, nouer des ami­tiés. Il ar­rive que l’ar­rêt de la pra­tique du sport du jour au len­de­main si­gni­fie l’in­ter­rup­tion de ces re­la­tions. Pour­tant, rien n’oblige à at­tendre au prin­temps pour les ra­vi­ver. « Il faut en­tre­te­nir son cercle so­cial d’amis cy­clistes même en hi­ver. Cô­toyer des gens par­ta­geant les mêmes va­leurs que soi per­met de gar­der la pas­sion bien vi­vante », as­sure Amé­lie Sou­lard. Le fatbike est une ex­cel­lente ac­ti­vi­té à réa­li­ser en gang, soit dit en pas­sant.

3• Dres­ser un bi­lan

Cette pause cy­cliste plus ou moins for­cée est un ex­cellent mo­ment pour faire le point sur sa sai­son pas­sée. Ai-je at­teint mes ob-

jec­tifs spor­tifs ? Qu’est-ce qui a été agréable et désa­gréable ? Y a-t-il des élé­ments à chan­ger, à ré­pé­ter, à sup­pri­mer ? Ce sont au­tant de ques­tions pou­vant ali­men­ter cet exer­cice in­tros­pec­tif. « Au terme de ce bi­lan, c’est l’ave­nir qui se des­sine : il se­ra plus fa­cile de se fixer des ob­jec­tifs réa­listes en vue de la pro­chaine sai­son. Par le fait même, on se pro­jette dans le fu­tur, dans ce qui est à ve­nir, plu­tôt que dans ce qui n’est plus et sur quoi on n’a plus au­cun contrôle », nuance-t-elle.

4• Mo­bi­li­ser l’es­prit

Si l’entre-sai­son est sy­no­nyme de re­pos, ce­la ne si­gni­fie tou­te­fois pas de mettre son cer­veau au neutre, bien au contraire. Il vaut mieux pro­fi­ter de son sur­croît d’éner­gie et de temps afin de l’in­ves­tir dans des pro­jets qui gardent l’es­prit en­ga­gé dans sa pra­tique spor­tive. « Cette lec­ture cy­cliste que vous re­por­tez sans cesse, c’est le mo­ment ou ja­mais de la faire. Même chose pour cette pla­ni­fi­ca­tion fas­ti­dieuse de camp d’en­traî­ne­ment ou de voyage à vé­lo : ce n’est pas quand la pro­chaine sai­son se met en branle qu’il faut y pen­ser, c’est main­te­nant », lance Amé­lie Sou­lard.

5• Res­ter (un peu) ac­tif

Tous les bons ma­nuels d’en­traî­ne­ment le clai­ronnent : les cy­clistes doivent se re­po­ser à la fin de leur sai­son. Le but : re­char­ger les piles en vue de la pro­chaine. At­ten­tion par ailleurs de ne pas ap­pli­quer la no­tion de coupure au pied de la lettre : ce­la pour­rait me­ner au sous-en­traî­ne­ment... et à la mo­ro­si­té. « Plu­sieurs autres sports pro­curent des sen­sa­tions d’eu­pho­rie sem­blables à celles du vé­lo. On ne se prive donc pas de les pra­ti­quer tout en pre­nant bien soin de ra­len­tir la ca­dence », conclut la spé­cia­liste. C’est qu’en­dor­phines pour en­dor­phines, votre cer­veau ne fait pas la dif­fé­rence…

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