Fat­bikes élec­triques S’amu­ser sans trop d’ef­fort

Tout le monde le dit : la vague des vé­los élec­triques s’ap­prête à frap­per, que ce soit sur route, en mon­tagne et, pour­quoi pas ?, dans le cré­neau des vé­los à gros pneus. Eh oui, l’as­sis­tance élec­trique a éga­le­ment sa place dans le mar­ché du vé­lo d’hi­ver,

Vélo Mag - - Reportage - PAR GILLES MOR­NEAU

La plu­part des vé­los élec­triques pro­curent, en ma­tière de ni­veaux d’as­sis­tance, une gra­da­tion qui res­semble à ce­ci : • Mode Eco : as­sis­tance mi­ni­male, à peine suf­fi­sante pour ou­blier le poids ex­tra­va­gant du pa­chy­derme rou­lant, donc plai­sir mi­ni­mum. On garde l’im­pres­sion d’un vé­lo lourd et pous­sif . • Mode Trail : wow! On se sent des jambes bio­niques comme Fa­bian Can­cel­la­ra qui largue au train Tom Boo­nen dans le mur de Gram­mont. Comme doivent le res­sen­tir les do­pés de ce monde, il s’en­suit un sen­ti­ment de su­pé­rio­ri­té, mais aus­si de culpa­bi­li­té: quand l’ef­fort ne vient pas des jambes, quand on ne peut pas dire à celles-ci: « Bra­vo, jambes ! », ce n’est pas gra­ti­fiant. C’est 100 % plai­sir, 0 % exer­cice phy­sique. • Mode Boost : c’est juste trop puis­sant, trop dé­bile. On n’a plus l’im­pres­sion de pro­pul­ser le vé­lo avec ses jambes, mais plu­tôt nd d’ap­puyer sur un ac­cé­lé­ra­teur. Cet ex­cès de puis­sance donne, bien sûr, des sen­sa­tions fortes, mais il tue celle de pé­da­ler.

Au vo­lant d’un vé­lo do­du élec­trique, on dé­couvre de nou­velles sen­sa­tions, dif­fi­ciles à ima­gi­ner pour un adepte de vé­lo tra­di­tion­nel, comme grim­per un faux plat en fai­sant dé­ra­per la roue ar­rière dans la neige, évi­ter à la der­nière mi­nute les arbres qui dé­filent à vi­tesse folle. On a cette im­pres­sion de flot­ter sans ef­fort au-des­sus des pires sen­tiers in­for­mels, dans des condi­tions de neige où tout autre vé­lo n’avan­ce­rait tout sim­ple­ment pas.

Le prin­ci­pal in­té­rêt du vé­lo d’hi­ver as­sis­té est donc d’élar­gir les li­mites du do­maine cy­clable, de vous ame­ner à l’aven­ture au-de­là des sen­tiers bien ba­li­sés, dans des pistes peu fré­quen­tées où le pneu de l’hu­main n’a ja­mais mis le ca­ou­tchouc. L’as­sis­tance donne la chance de sor­tir après une chute de neige, alors que les cy­clistes or­di­naires passent leur tour. Chaque sor­tie vous fe­ra voir au moins le double de la dis­tance ha­bi­tuelle. Ce sont dès lors des di­zaines de nou­veaux ki­lo­mètres qui s’offrent à l’ex­plo­ra­tion, sans fa­tigue même après de longues heures en selle.

Con­trai­re­ment au vé­lo d’hi­ver cou­rant, la fourche à sus­pen­sion est in­con­tour­nable sur un E- fatbike. Le vé­lo est tel­le­ment lourd qu’il est im­pos­sible de sou­le­ver la roue avant au contact de bosses ou de planches à la­ver; il faut en consé­quence com­pen­ser par une sus­pen­sion.

Quant à l’éthique des sen­tiers, les pour­fen­deurs du mo­teur élec­trique clament que ce­lui-ci ac­cen­tue l’usure des sen­tiers à cause de sa grande puis­sance, qui fe­rait par exemple sur­vi­rer en mon­tée abrupte, cau­sant l’éro­sion pré­ma­tu­rée de la ca­lotte nei­geuse. La si­tua­tion peut être per­çue sous un angle dif­fé­rent: si l’as­sis­tance per­met au vé­lo de main­te­nir sa vi­tesse et de rou­ler ai­sé­ment dans une neige molle là où le vé­lo tra­di­tion­nel s’en­fonce, il y a for­cé­ment moins de fric­tion ap­pli­quée à la croûte lorsque le fat élec­trique fran­chit les obs­tacles.

Ce­la dit, les fat­teux à bat­te­ries res­te­ront tou­jours mal per­çus par cer­tains; ils sont même dé­jà ban­nis de cer­tains centres. Ils de­vront adop­ter un com­por­te­ment ir­ré­pro­chable s’ils dé­si­rent conser­ver leur droit de pra­tique dans leurs sites pré­fé­rés.

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