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Andréane Lanthier Nadeau : la beauté du ballet casse-gueule

- par David Desjardins

La trajectoir­e cycliste d’Andréane Lanthier Nadeau est météorique. Avec quelques écrasement­s au sol ici et là. Depuis la station alpestre de Zermatt, en Suisse, où elle devait reprendre du service sur le EWS (Enduro World Series), elle nous montre par vidéoconfé­rence le pansement qui recouvre son coude droit. Lors d’une sortie dans les alentours, elle a été surprise par un caillou et envoyée au sol brutalemen­t. Une chute qui fait partie du métier lorsque celui-ci consiste principale­ment à descendre des segments de sentiers le plus rapidement possible. Ce qui a aussi valu à l’athlète, originaire de Québec, désormais transplant­ée à Squamish, en Colombie-Britanniqu­e, de figurer dans un court documentai­re sur le rapport qu’entretienn­ent les cyclistes de montagne féminines avec les blessures et la douleur.

Dans le film d’Antoine Caron, Je me souviens, il suffit de constater le degré de puissance et d’agilité avec lequel la jeune femme pilote son Rocky Mountain à travers racines traîtresse­s, plaques de roches lisses et enfilade de crevasses, puis voir sa manière d’attaquer les virages en faisant gronder ses crampons, pour saisir le plaisir manifeste qu’elle prend à descendre avec le couteau entre les dents, après avoir passé des années à mettre à l’épreuve son VO2 max.

GLOIRES ET DÉCEPTIONS

Prodige junior en cross-country, celle qu’on surnomme ALN commence sa carrière en lionne avec une 10e place aux Mondiaux juniors en 2010, une 16e l’année suivante et une 2e aux Championna­ts canadiens dans la même catégorie. En 2013, elle craque le plafond du top 10 en Coupe du monde, au mont Sainte-Anne, chez les moins de 23 ans.

Mais c’est cette même année que la coupure s’effectue, alors qu’elle connaît les pires résultats de sa carrière.

«Je me suis fait prendre un tour pour la première fois de ma vie à la Coupe du monde en Afrique du Sud. Après une super bonne progressio­n, j’avais beau y mettre tous les efforts, je n’arrivais pas à obtenir des résultats à la hauteur », dit-elle.

«Je suis déménagée à Victoria pour y étudier et me rapprocher de l’équipe nationale, et c’est là que j’ai commencé à m’intéresser à l’enduro. Puis, en 2015, durant ma première année élite, toujours à la Coupe du monde au mont Sainte-Anne, je mange mes bas. Mais j’étais habituée, ça faisait une couple d’années que j’étais dans cette position-là. Et au lieu de participer à la Coupe du monde suivante, à Windham, je suis allée faire le EWS à Whistler, comme ça, à la dernière minute », raconte-t-elle.

Puis le déclic a lieu. Elle roule sur un trail bike pour la première fois de sa vie et se retrouve 4e après la première épreuve. «Je me suis étampée dans le troisième virage de l’étape suivante et j’ai dû abandonner la course, rigole-t-elle, mais j’ai vu mon potentiel.»

La discipline de l’enduro se révèle à elle comme elle-même se révèle dans l’enduro. « L’endurance que j’avais développée jouait en ma faveur. Ça m’a permis d’être performant­e dès le départ – il me restait surtout la technique à travailler. Mais je m’entraînais autant, sinon plus qu’avant, parce que, pour être en mesure de profiter totalement de mes compétence­s à négocier le terrain, il me fallait être en forme et pas toujours à bloc.» Sans parler du vélo, presque aussi lourd que celui des hommes, qu’elle doit manipuler et trimballer jusqu’en haut des côtes. « Durant l’événement, il faut survivre à deux jours d’exploratio­n du parcours sur le terrain, deux jours de courses et à cinq heures de vélo par jour. Si tu es fatiguée après une journée, tu n’es plus dans la course et tes résultats pâtissent. »

ALN garde le silence pendant un moment, puis esquisse un sourire. La blessure subie en cette étrange année ne l’inquiète pas. La santé d’abord. Les résultats de cette année n’apparaîtro­nt de toute façon dans aucun classement général. Elle profite d’un style de vie qui la rend visiblemen­t heureuse, en plus de lui rapporter un salaire. Beau boulot. Sauf peut-être de l’avis de sa mère, qui ne s’habitue pas au danger de la passion dévorante de sa fille. La vitesse. La fierté d’avoir négocié un passage périlleux. La beauté d’une série de gestes parfaiteme­nt exécutés, comme un ballet casse-gueule, pour arriver en bas avec le meilleur temps.

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ALN en action sur son nouveau Rocky Mountain Altitude
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