THIER­RY DE­LAU­NAY

Vi­gne­ron li­gé­rien avant-gar­diste

Vins et Vignobles - - Sommaire - Par Ja­nine Saine

Vi­gne­ron li­gé­rien avant-gar­diste

Jeune et pas­sion­né, Thier­ry De­lau­nay ra­conte com­ment il re­pré­sente la cin­quième génération de vi­gne­ron du do­maine fa­mi­lial créé par son père Joël en 1970 et por­tant le nom de ce der­nier. Son pre­mier mil­lé­sime re­monte à 1992 et de­puis 2003, il as­sume l’en­tière di­rec­tion du Do­maine Joël De­lau­nay. Si­tuée en Tou­raine dans la val­lée du Cher, il ex­plique que la pro­prié­té de 34 ha s’avère un en­droit idéal pour la culture du sau­vi­gnon blanc.

V&V - Vous vous êtes as­so­cié avec votre père dès 1998. Quel genre de re­la­tion, avez-vous dé­ve­lop­pé en­semble ?

TD – Tout en me trans­met­tant son sa­voir-faire, mon père m'a tou­jours lais­sé al­ler de l'avant. Ce qui a contri­bué à l'évo­lu­tion des choses tant au ni­veau tech­nique que de la connais­sance. Dans le do­maine vi­ni­cole, il est im­por­tant de faire place à la nou­veau­té dans le but d'amé­lio­rer les choses. Au­jourd'hui je gère le do­maine, et bien que mon père soit à la re­traite, il de­meure tou­jours pré­sent.

V&V - Quelle fut votre plus au­da­cieuse réa­li­sa­tion?

TD – L'adop­tion de la cap­sule à vis en 2004 a été une dé­ci­sion té­mé­raire, car je fus le pre­mier à l'ap­pli­quer dans ma ré­gion, tan­dis que per­sonne n'en avait fait l'ex­pé­rience et que la plu­part étaient scep­tiques quant à son ef­fi­ca­ci­té. Au­jourd'hui, les ré­sul­tats donnent plus de sa­tis­fac­tion que le contraire.

V&V – D’ou vient la fi­nesse de vos vins ?

TD –Tout d'abord, il faut sou­li­gner que nous avons un ter­roir ex­cep­tion­nel à base d'ar­gile et de si­lex, ex­cellent pour la culture du sau­vi­gnon blanc. Vient en­suite le coup de patte du vi­gne­ron. Nous uti­li­sons la fer­men­ta­tion à froid et des cuves ther­mo-ré­gu­lées. En re­cher­chant la fraîcheur, nous avons éga­le­ment tra­vaillé le gras et la ron­deur du vin, mais sans trop d'in­ter­ven­tions.

V&V – Com­ment ex­pli­quez-vous la réus­site com­mer­ciale de votre vin Le Grand Bal­lon?

TD – En 2009, je me suis per­mis d'al­ler plus loin en créant ce vin is­su de jeunes vignes et dont l'éla­bo­ra­tion est axée sur le fruit. Le nom est facile à re­te­nir, et l'éti­quette évoque les mont­gol­fières qui flottent au-des­sus de nos vignes à la belle sai­son. Comme c'est un vin de vo­lume, nous ache­tons éga­le­ment des rai­sins ou du moût à des pro­duc­teurs avec les­quels nous avons des en­tentes et dont nous su­per­vi­sons le tra­vail à la vigne et à la cave.

V&V – Qu’en est-il de votre vin blanc La Voûte ?

TD – Ce vin est pro­duit à 100 % avec du sau­vi­gnon blanc du do­maine. Il fait par­tie de la der­nière ap­pel­la­tion créée dans le Val de Loire, soit l'AOC Tou­raine-Che­non­ceaux, qui s'étend sur une su­per­fi­cie de 130 ha et qui re­groupe les meilleurs ter­roirs. Pen­dant 20 ans, nous avons tra­vaillé pour l'ob­ten­tion de cette ap­pel­la­tion. Notre but ul­time est main­te­nant d'ob­te­nir l'ap­pel­la­tion avec la dé­si­gna­tion Che­non­ceau uni­que­ment. C'est un vin à base de sau­vi­gnon blanc mais dif­fé­rent du Grand Bal­lon, car il est plus struc­tu­ré puis­qu'il a su­bi une ma­cé­ra­tion pel­li­cu­laire à 100 %. Éga­le­ment, il est éle­vé sur lies sur une très longue pé­riode et il su­bit un bâ­ton­nage. Le cahier des charges de l'ap­pel­la­tion est très strict, et voi­là pour­quoi le ni­veau de qua­li­té doit être va­li­dé par des dé­gus­ta­teurs avant chaque mise en bou­teille.

V&V – Par­lez-nous de votre der­nière ac­qui­si­tion ?

TD – En 2010, nous avons eu l'op­por­tu­ni­té de ra­che­ter le Do­maine La Bros­sette avec ses trois hec­tares culti­vés en bio­lo­gique et ad­ja­cents à nos vignobles. Avec ma femme Ma­rie, bor­de­laise d'ori­gine et fille de vi­gne­ron, nous conti­nuons cette culture bio­lo­gique spé­ci­fique en pro­dui­sant une cu­vée où l'on se fait plai­sir à base de ca­ber­net franc et de ga­may. Les rai­sins sont is­sus d'un ren­de­ment très bas (30 hec­tos/ha). C'est vrai­ment un vin de niche, car nous ne pro­dui­sons an­nuel­le­ment que 7000 bou­teilles.

V&V – Avez-vous d’autres vins à votre ré­per­toire ?

TD – Nous pro­dui­sons des mous­seux blancs et ro­sés avec les cé­pages char­don­nay et ar­bois (à ne pas confondre avec le vi­gnoble et le vin d'Ar­bois, dans le Ju­ra ; il s'agit ici du me­nu pi­neau ap­pe­lé aus­si or­boué en pa­tois lo­cal), se­lon la mé­thode tra­di­tion­nelle et avec un sé­jour de 36 mois sur lattes.

V&V – Quelle est la prin­ci­pale ca­rac­té­ris­tique de votre si­gna­ture ?

TD – Nous n'uti­li­sons au­cun bois dans nos vins, car nous vou­lons vrai­ment ex­pri­mer le cé­page et le ter­roir. Avec nos types de sol, de cé­pages et de cli­mat, nous pou­vons pro­duire des vins qui sont en sym­biose avec ces trois élé­ments et qui nous per­mettent de vivre avec ce que la na­ture nous offre et de l'ex­pri­mer à tra­vers nos vins.

À la belle sai­son, les mont­gol­fières flottent au-des­sus des vignes du Do­maine Joël De­lau­nay

«On ne crée pas une ap­pel­la­tion, elle est plu­tôt une re­con­nais­sance, une fa­çon de mettre en va­leur nos ter­roirs.»

- Thier­ry De­lau­nay

À la belle sai­son, les mont­gol­fières flottent au-des­sus des vignes du Do­maine Joël De­lau­nay

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