LE SUC­CÈS DU MON­DIAL DES PINOTS, EN SUISSE

Vins et Vignobles - - Sommaire - Par Jacques ORHON Membre de l’Aca­dé­mie In­ter­na­tio­nale du Vin

Pi­not noir et pi­not gris, et dans une moindre me­sure, le pi­not blanc, font par­tie des cé­pages en de­mande. Le pre­mier est à la base des grands vins rouges de Bour­gogne et de nom­breuses cu­vées de cham­pagne, et le se­cond est trop sou­vent de­ve­nu vic­time de sa po­pu­la­ri­té, don­nant de pâles et dé­so­lantes ver­sions de ce qu'il est ca­pable de pro­duire, no­tam­ment en Al­sace.

Comme je l'ex­plique dans mon der­nier livre*, je tombe ré­gu­liè­re­ment sur un vin de pi­not gri­gio, no­tam­ment de Ca­li­for­nie ou d'Ita­lie, su­crailleux, dés­équi­li­bré, mou, pâ­teux, en­nuyant au pos­sible, et ma foi bien cher pour ce que c'est. Et c'est dans ce même livre, dans le cha­pitre Le poids des mots, que je fais ré­fé­rence au cha­ra­bia de cer­taines contre-éti­quettes et à des com­men­taires de dé­gus­ta­tion, dont voi­ci deux exemples à pro­pos du pi­not noir, qui font plus dans la di­va­ga­tion oe­no­lo­gique que dans la pré­ci­sion de l'ana­lyse : «Ce pi­not noir ré­vèle un char­mant bou­quet de la­vande, de ce­rise, d'épices et de ca­ra­mel an­glais. Com­plexe, éta­gé et long, il est le dé­li­cieux re­flet d'un ter­roir in­grat qui mène la vie dure à la vigne.» Et l'autre : «Un pi­not noir éner­gique aux nuances in­vi­tantes de prune rouge et de coing, de can­ne­berge, de cèdre, de fruits sé­chés et de mo­ka, por­tées par une struc­ture aé­rienne. L'aci­di­té écla­tante re­lève de deux oc­taves la bouche aux char­mantes sa­veurs de fruits rouges.»

Rien de tout ce­la je vous ras­sure au Mon­dial des Pinots que VINEA, as­so­cia­tion mul­ti­dis­ci­pli­naire spé­cia­li­sée dans l'or­ga­ni­sa­tion de dif­fé­rents concours et la pro­mo­tion des vins suisses, qui en se­ra à sa 19e édi­tion cette an­née, et où tout est dans la re­te­nue. Pla­cé sous le pa­tro­nage de l'Or­ga­ni­sa­tion In­ter­na­tio­nale de la Vigne et du Vin (OIV), de l'Union In­ter­na­tio­nale des OE­no­logues et de l'Union Suisse des OE­no­logues, cet évé­ne­ment, qui se tient chaque an­née au mois d'août, est de­ve­nu au fil des ans une vé­ri­table vi­trine in­ter­na­tio­nale pour la re­con­nais­sance de la qua­li­té des vins is­sus du pi­not, prin­ci­pa­le­ment du pi­not noir.

C'est d'ailleurs à l'oc­ca­sion de ce Mon­dial que j'ai ren­con­tré Jean-Mi­chel Bour­si­quot, émi­nent cher­cheur et pro­fes­seur à Mont­pel­lier. Il fait par­tie, avec son équipe, de ceux qui ont fait avan­cer la gé­né­tique en am­pé­lo­gra­phie et nous ont ap­pris, grâce à l'ADN, la pa­ren­té de nom­breuses va­rié­tés. Il est tou­jours à l'af­fût des vieux cé­pages dans plu­sieurs pays, et nous avons pu échan­ger en­semble sur la si­tua­tion de cer­tains d'entre eux, tout en l'écou­tant nous par­ler avec un grand pro­fes­sion­na­lisme et beau­coup de sim­pli­ci­té, sans ja­mais en ra­jou­ter.

Quant à la qua­li­té de l'or­ga­ni­sa­tion, je peux en at­tes­ter puisque je fais par­tie du ju­ry de­puis quelques an­nées. La ri­gueur est certes au ren­dez-vous, et les dé­gus­ta­tions sont di­ri­gées par des pros de l'oe­no­lo­gie sa­chant en gé­né­ral al­ler droit au but, sans s'en­com­brer de su­per­la­tifs pour dis­tin­guer les vins qui se dé­marquent. C'est la rai­son pour la­quelle de nom­breux pro­duc­teurs ins­crivent des échan­tillons à ce concours ré­glé avec un souci de pré­ci­sion et de clar­té, mais aus­si de neu­tra­li­té, qui ca­rac­té­rise le peuple suisse. Rien n'est lais­sé au ha­sard. En 2015, ce sont 1172 échan­tillons pro­ve­nant de 24 pays et 434 pro­duc­teurs qui ont été sou­mis à Sierre, au coeur du Va­lais, à un ju­ry com­po­sé de 58 dé­gus­ta­teurs aguer­ris, ve­nus de Suisse et de l'étran­ger.

S'ap­puyant sur une ana­lyse sen­so­rielle et un poin­tage in­di­vi­duel, les membres du ju­ry, contrai­re­ment à d'autres concours, dé­li­bèrent sur une base consen­suelle. Trois Mé­dailles Grand Or, 94 Mé­dailles d'Or et 242 Mé­dailles d'Ar­gent seule­ment ont été at­tri­buées en 2015.

Et c'est dans le cadre du Sa­lon VINEA des vins suisses qui a eu lieu trois se­maines plus tard, que j'ai pu dé­gus­ter une grande par­tie des vins mé­daillés. Ren­dez-vous gourmand et fes­tif s'il en est, cet évé­ne­ment bien ins­tal­lé dans le centre de Sierre, comme une grande oe­no­thèque en plein air, per­met à la po­pu­la­tion et aux ama­teurs ve­nus de tout le pays, de ren­con­trer des pro­duc­teurs, de goû­ter les vins lau­réats et de nom­breux autres ve­nus de toute la Suisse, de se ré­ga­ler de ra­clette, sans ma­nière et très joyeu­se­ment, et ce­la en après-mi­di et en soi­rée. Nous en avons pro­fi­té pour as­sis­ter à dif­fé­rents ate­liers, dont un, très ori­gi­nal, qui por­tait sur l'ana­lyse ol­fac­tive avec Ri­chard Pfis­ter, un oe­no­par­fu­meur, et l'autre sur des ac­cords su­crés-sa­lés avec de grands vins de Suisse et d'ailleurs. Le len­de­main, la ville tou­ris­tique de Crans-Mon­ta­na éveillait nos sens au res­tau­rant L'In­di­go, avant de se rendre au Châ­teau de Vaas à Flan­they, dé­cou­vrir les se­crets du cé­page cor­na­lin et as­sis­ter à une pas­sion­nante dé­gus­ta­tion vins et cho­co­lat. En quatre mots : tout pour être heu­reux !

* VINEA, as­so­cia­tion di­ri­gée par Éli­sa­beth Pas­quier et pré­si­dée par Fran­çois Mu­ri­sier, grand spé­cia­liste de la vigne, or­ga­nise éga­le­ment le Mon­dial du Mer­lot & As­sem­blages, ain­si que le Grand Prix du Vin Suisse. Le pro­chain Mon­dial des Pinots au­ra lieu du 7 au 9 août 2016, tou­jours à Sierre.

** Le vin snob, aux Édi­tions de l'Homme, Prix de l'OIV 2016, ca­té­go­rie Lit­té­ra­ture.

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