Sans fard au­cun

VOIR (Montréal) - - CHONIQUES - PAR CA­THE­RINE GE­NEST

Je suis de celles qui re­viennent à Sex and the Ci­ty comme au lat­té à la ci­trouille épi­cée lorsque le taux d’en­so­leille­ment vient à bais­ser. Un soup­çon de ré­con­fort su­cré dans l’hi­ver qui s’ins­talle tran­quille­ment, le goût de vivre à tra­vers d’autres tan­dis que le froid et la fa­tigue me me­nottent à la mol­lesse de mon di­van. Écrire que j’at­ten­dais une sé­rie comme M’en­tends-tu? depuis long­temps se­rait, à ce stade, un gros eu­phé­misme.

Elles sont trois: Ada, Fa­bio­la, Ca­ro. On fait vite de s’at­ta­cher à ces filles qui pré­fèrent clai­re­ment la La­batt 50 aux cos­mo­po­li­tains, à ces belles im­par­faites qui parlent la bouche pleine, cal­feutrent leurs failles avec du pa­pier col­lant. Elles sont vraies, dé­coif­fées. Elles ont un peu de sauce au coin de la bouche en man­geant leurs bur­ri­tos.

Elles nous res­semblent.

Flo­rence Long­pré (Ga­by Gra­vel dans Like-moi!), Mé­lis­sa Bé­dard (Star Aca­dé­mie) et Ève Lan­dry (Jeanne dans Uni­té 9) cassent le moule au­quel elles au­raient pu res­ter confi­nées, bous­cu­lant al­lè­gre­ment les si stricts codes du cas­ting. Elles in­ter­prètent des rôles in­fi­ni­ment plus com­plexes et riches que ce qu’il nous est ha­bi­tuel­le­ment don­né de voir à la té­lé­vi­sion. M’en­tends-tu?, c’est l’his­toire de celles qu’on ne ra­conte ja­mais, de ces vies fau­chées d’avance. Ac­ca­blées sous le poids de leurs noms de fa­mille et des er­reurs des autres, elles sont de­ve­nues, l’une pour l’autre, la soeur et la mère qu’elles n’au­ront ja­mais pu avoir. Elles se sont choi­sies. Flo­rence Long­pré, im­pro­vi­sa­trice no­toire, scé­na­riste en plus du reste, signe ici une vi­brante fable sur l’ami­tié. Ni­co­las Mi­chon et Pas­cale Re­naud-hé­bert l’ont épau­lée dans l’écri­ture, co­si­gnant avec elle une tra­gi-co­mé­die fé­mi­niste qui laisse en­fin une place de choix à des ac­teurs ra­ci­sés, ha­bi­tuel­le­ment bor­nés aux cli­chés.

C’est une oeuvre dé­gou­li­nante d’hu­ma­ni­té et fraîche, en os­mose avec notre temps.

Et puis, au fi­nal, qu’on boive de la bière ta­blette ou de la vod­ka chère, nos ro­mances fi­nissent tou­jours par nous saou­ler. On ne naît pas égales, c’est vrai, mais l’amour et ses peines nous rat­trapent toutes, au­tant que nous sommes. Sur les ondes de Té­lé­qué­bec et en ligne dès le 15 dé­cembre.

Coq au vin

La voix de Ki­rouac ré­sonne dé­jà al­lè­gre­ment sur les pistes de danse de la Belle Pro­vince, cap­tant au pas­sage l’at­ten­tion des fo­reurs du rap québ. La der­nière pé­pite en date? C’est lui. Paul Pro­ven­cher, dit Pou­let

(un so­bri­quet hé­ri­té de ses an­nées comme mas­cotte à Bré­beuf), s’as­so­cie au fai­seur de rythmes Ko­dak­lu­do pour créer des pièces nap­pées de ré­fé­rences aviaires et autres co­co­ri­cos re­ten­tis­sants.

Tan­dis que d’autres fa­çonnent leur street cred d’anec­dotes de pa­co­tille, le MC des beaux quar­tiers joue la carte de l’hu­mour ani­ma­lier, de la gour­man­dise (il adore les ba­gels) et de l’éco­res­pon­sa­bi­li­té – genre. Ki­rouac, au­tre­ment dit, c’est pas mal l’an­ti­thèse du gang­sta rap. Plu­tôt que de fri­mer en voi­ture, Paul pé­dale fiè­re­ment sur son Bixi dans le vi­déo­clip de l’hymne ho­mo­nyme.

J’roule sur Parc mais j’ai pas mes cartes Mais j’ai pas mon per­mis

J’vais être le der­nier à pas­ser mes cours de conduite

Mais j’ai mon Bixi faque don’t give On est à Mon­tréal

À l’aube de 2019, Ki­rouac et Ko­dak­lu­do mettent le cap sur d’autres ho­ri­zons et s’ap­prêtent à le­ver le voile sur leur se­cond EP réa­li­sé en tan­dem. Le­dit maxi sor­ti­ra en jan­vier et s’in­ti­tule Amos, en hom­mage à la sa­ga de Bryan Per­ro, au dé­nom­mé Daragon. Une of­frande mu­si­cale di­vi­sée en quatre pistes pour au­tant d’élé­ments, une contrainte qui sied bien au champ lexi­cal lu­dique de ce pin­ce­sans-rire aux am­bi­tions fes­tives.

Des ef­fu­sions de joie et un goût de la bringue qui at­teignent leur pa­roxysme sur Eau, une nou­velle chan­son des plus fun­ky qui porte l’em­preinte du gui­ta­riste Will Mur­phy, un hé­ri­tier de Nile Rod­gers. Paul Pou­let y ose un as­sem­blage de mots sé­dui­sants et même lu­briques, dans la plus pure tra­di­tion dis­co. Une plon­gée en eaux douces sur des rythmes dignes de Chic ou d’earth, Wind & Fire.

Beau­coup sont ap­pe­lés, l’étau se res­serre sur les re­crues du hip hop lo­cal qui se bous­culent au por­tillon, mais Ki­rouac im­pose son style à la bonne fran­quette et fait tran­quille­ment sa marque. Nul doute qu’une mai­son de disques sau­ra mettre le grap­pin sur lui dans un fu­tur proche.

Hi­ver scan­di­nave

On la connaît d’abord pour ses Moo­mins (fran­ci­sé: Mou­mines), créa­tures fan­tasques aux al­lures d’our­sons et d’hip­po­po­tames, d’étranges hy­brides, de mi­gnons per­son­nages qui ver­ront gran­dir moult gé­né­ra­tions d’en­fants depuis leur ve­nue au monde dans les an­nées 1940. Tove Jans­son est une illus­tra­trice lé­gen­daire, une icône de la lit­té­ra­ture jeu­nesse.

Or, son oeuvre ne s’y li­mite vrai­ment pas.

Son uni­vers, si mo­rose et mys­tique à la fois, au­ra été for­gé d’ex­pé­riences di­verses, de ses études aux Beaux-arts, mais aus­si de la Se­conde Guerre mon­diale. La co­mète qui fi­lait au-des­sus de Moo­min­land n’était, en fait, pas moins qu’une mé­ta­phore pour évo­quer les dé­sastres d’hi­ro­shi­ma et de Na­ga­sa­ki. Il y avait ce cô­té grave et sombre chez elle, dans tout ce qu’elle tou­chait. Au cours de sa pro­di­gieuse car­rière, la Fin­lan­daise don­ne­ra dans la ca­ri­ca­ture po­li­ti­sée et an­ti­fas­ciste, les fresques d’ins­pi­ra­tion Art dé­co et les ro­mans pour grandes per­sonnes. Des pans de sa vie qui res­te­ront tris­te­ment re­lé­gués au se­cond plan.

La Peu­plade ré­édite ces jours-ci l’un de ses der­niers ou­vrages, un livre ori­gi­nel­le­ment pa­ru en sué­dois en 1989. À tra­vers les pages de Fair-play, Ma­dame Jans­son dé­peint le quo­ti­dien de deux ar­tistes, glo­ri­fiant les pe­tites ma­nies qui les lient, le confort de la rou­tine.

C’est un ré­cit tendre qui donne à rê­ver d’amour et de len­teur. On y suit deux femmes im­pré­gnées de leurs pro­jets, de mi­nu­tieuses ar­ti­sanes, deux re­cluses qui par­tagent leur vie tout en veillant à pré­ser­ver leur si fer­tile so­li­tude, leur jar­din se­cret. Une his­toire toute simple, d’une dou­ceur ex­quise, à lire au coin d’un feu dès le 29 jan­vier.

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