Consen­te­ment

Scène en bref

VOIR (Montréal) - - CONTENTS - PHO­TOS | JO­CE­LYN MI­CHEL (CONSULAT)

Les ar­tistes ont sou­vent des an­tennes bien ai­gui­sées pour cap­ter ce qui agite le so­cial. La Bri­tan­nique Ni­na Raine, éga­le­ment au­teure de l’ac­cla­mée Tri­bus, a écrit Consent quelques mois avant que n’éclatent les pre­mières dé­non­cia­tions du mou­ve­ment #Me­too. Elle igno­rait tout de ce qui se pré­pa­rait, mais per­ce­vait pro­ba­ble­ment un gron­de­ment sourd, prêt à ex­plo­ser, qu’elle s’est em­pres­sée de tra­duire dans une pièce op­po­sant vic­times et agres­seurs, dans un bal­let ju­ri­dique dé­nué de certitudes. Dans sa pos­ture de pré­cur­seure, dans le calme avant la tem­pête, elle a écrit une pièce pleine de nuances, sen­sible comme il se doit à la pa­role des vic­times, mais éga­le­ment plei­ne­ment cam­pée dans la zone grise. Voi­là qui, un an après l’écla­te­ment, nous per­met­tra une saine ré­flexion.

La co­mé­dienne Anne-éli­sa­beth Bos­sé y in­ter­prète Kit­ty, une édi­trice brillante, ma­riée à un avo­cat et en­tou­rée de ju­ristes. De ces hommes et femmes de loi par­lant une langue conta­mi­née par le jar­gon lé­ga­liste, elle dé­plore un cer­tain manque d’em­pa­thie. Jus­qu’à ce que, dans la deuxième par­tie du spec­tacle, elle em­prunte elle-même leur lan­gage pour dé­non­cer une agres­sion dont elle dit avoir été vic­time au sein même de son couple. Chaos dans la cel­lule ami­cale: l’agres­sion sexuelle n’est sou­dai­ne­ment plus cette chose loin­taine que les amis avo­cats peuvent ob­ser­ver froi­de­ment.

Et le spec­ta­teur, ex­po­sé à la com­plexi­té de la si­tua­tion et à la di­ver­si­té des forces en pré­sence, ne peut pas condam­ner sans équi­voque.

Ce scé­na­rio a d’abord trou­blé la co­mé­dienne. Comme femme et comme ac­trice, An­neé­li­sa­beth Bos­sé a été vi­ve­ment pro­pul­sée dans la ré­flexion sur le consen­te­ment en 2018, no­tam­ment en tra­vaillant sur cette pièce, mais aus­si par l’en­tre­mise de son per­son­nage dans la té­lé­sé­rie Les Si­mone. Dans le cas du viol vé­cu par Maxime dans la sé­rie écrite par Kim Li­zotte, comme dans bien d’autres cas, la zone grise n’existe pas, pense-t-elle.

«Pen­dant #Me­too, je n’avais pas beau­coup d’écoute pour les dis­cours nuan­cés au su­jet de la “zone grise”, confirme-t-elle. Je trou­vais plus im­por­tant de me mettre à l’écoute de la pa­role li­bé­rée. La pièce de Ni­na Raine m’a néan­moins ré­con­ci­liée avec la pos­ture de l’avo­cat du diable, parce qu’elle ex­pose avec beau­coup d’in­tel­li­gence la com­plexi­té de la no­tion de consen­te­ment. Il est vrai qu’à tout le moins, cette no­tion

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